Wax Tailor :: By Any Beats Necessary

waxtailor-2016-web Avec son cinquième album imaginé lors de sa tournée US, Wax Tailor va puiser dans la musique afro américaine pour nous emmener en road trip le long d’un itinéraire qui ressemblerait étrangement à celui de la mythique Route 66 vers le sud-ouest des États-Unis, entre Chicago et Santa Monica… Tout en invoquant l’esprit de Jack Kerouac et son formidable désir d’évasion, By Any Beats Necessary s’habille aussi d’un artwork riche de symbolique, à commencer par cette frontière que notre beatmaker dépasse allègrement en laissant derrière lui les barbelés que certains s’évertueraient à dresser… Au volant de son bolide musical, le pilote Wax fait vrombir le moteur, affûte la radio (Hit the Road) et nous invite à nous installer confortablement pour profiter du paysage où vont se croiser invités d’hier et d’aujourd’hui, entre samples à la mémoire précieuse, featurings de haut vol, partitions originales, rythmes endiablés et contemplation des grands espaces.

Le voyage démarre en trombe avec le retentissant ‘I Had a Woman’ dont les cuivres façon big band revisitent ‘Decoration Day’, titre du virtuose de l’harmonica John Lee « Sonny Boy » Williamson (*) : Un bel hommage au blues et au rythm’n blues en préambule, évident et nécessaire, comme pour rappeler qu’ils sont à l’origine de tout ce qui va suivre : soul, funk, rock, hip-hop, trip-hop… Au final, beaucoup de coups de coeur sur ce disque, comme ‘The Road Is Ruff’ feat. Lee Fields qui nous offre une performance digne de la Motown, mais aussi la révélation Idil, nouvelle interprète féminine, dont la voix sensuelle associée à des textures trip-hop lancinantes et une guitare tantôt blues (‘For the Worst’), tantôt western spaghetti à la manière d’Enio Morricone (‘Buckwild’), vaut à elle seule le détour… Sans oublier bien sûr le hip-hop, délirant d’aisance sur ‘Back On Wax’ (feat. A-F-R-O, R.A. The Rugged Man, Token) ou version Far West avec ‘The Chase’ (feat. Mattic & Raashan Ahmad), jusqu’à faire l’unanimité avec un Ghosface Killah en très grande forme (‘Worlwide’). Sont également au rendez-vous les fidèles Sara Genn (‘My Burn’) et Charlotte Savary, dont le duo avec Tricky, ‘Bleed Away’, plein de potentiel, laisse cependant comme un goût de trop peu… Côté instrumental, que ce soit sur ‘Diggin’ Saloon’, ‘Ecstasy’ ou ‘Clock Tick’, Wax Tailor s’amuse, brouille les pistes et réveille les fantômes d’une époque où les jazzmen gravaient du microsillon légendaire à la même cadence qu’ils descendaient l’alcool de contrebande.

Arrivé en fin de périple, on se surprend à imaginer le Pacifique au bout du chemin (‘The Phonograph’)… avant de jeter un dernier coup d’oeil dans le rétroviseur de By Any Beats Necessary en fredonnant ce classique de la culture américaine qu’est devenu Route 66 :

« If you ever plan to motor west,
Travel my way, take the highway that’s best.
Get your kicks on Route sixty-six.
It winds from Chicago to LA,
More than two thousand miles all the way.
Get your kicks on Route sixty-six.
Now you go through Saint Louis
Joplin, Missouri,
And Oklahoma City is mighty pretty.
You’ll see Amarillo,
Gallup, New Mexico,
Flagstaff, Arizona.
Don’t forget Winona,
Kingman, Barstow, San Bernandino.
Won’t you get hip to this timely tip:
When you make that California trip
Get your kicks on Route sixty-six.
Won’t you get hip to this timely tip:
When you make that California trip
Get your kicks on Route sixty-six. »

(*) NB : ne pas oublier de remercier mon paternel pour m’avoir prêté son Dictionnaire du Jazz (Hugues Panassié & Madeleine Gautier), préfacé par Louis Armstrong, Edition 1971, fort utile pour différencier les deux Sonny Boy Williamson…

PS : et on n’oublie pas de visionner le tout récent documentaire de Wax Tailor qui nous fait faire le tour de quelques disquaires indépendants aux États-Unis ; bagout, vinyles et bonne musique sont au menu de IN WAX WE TRUST

Carine