The Besnard Lakes :: The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings

Le monde s’embrase, il se consume à vos pieds. Les flammes gagnent du terrain. Vous êtes cerné. Condamné. Que faites-vous du temps qu’il vous reste ? Vous vous mettez à genoux et implorez je ne sais quel Dieu pour expier vos pêchés ? Vous écrivez une dernière lettre que probablement personne ne pourra jamais lire ? Les options ne manquent pas. Cessez donc de vous torturer le cerveau. Je vous en propose une, faites-en ce que vous voulez. Prenez-vous un petit buvard, ouvrez votre bouteille de mezcal dans laquelle baigne un scorpion, mettez-vous The Besnard Lakes en guise de bande-son et admirez le spectacle.

Il y a environ 13 ou 14 ans, je découvrais les canadiens de The Besnard Lakes avec la sortie de The Besnard Lakes Are The Dark Horse, leur deuxième album, paru alors chez Jagjaguwar. Coup de cœur instantané. J’y retrouvai mes ingrédients favoris du rock psychédélique. C’était spatial, stellaire, complètement tripant, beau comme une nébuleuse. The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings, sixième album du groupe qui vient de sortir chez Full Time Hobby, confirme qu’ils sont devenus des maitres en la matière.

« Ambitieux » est certainement le terme le plus adapté pour parler de ce nouveau disque de The Besnard Lakes. A l’heure où on calibre les chansons dans des formats courts, adaptées au zapping intempestif notamment promu par la consommation façon Spotify, nos canadiens ne font absolument pas le choix de la compromission. Avec 9 titres pour un total de 71 minutes, il n’est pas permis de zapper. Pour apprécier toutes les qualités de The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings, l’auditeur de doit d’être patient, attentif et pleinement impliqué dans son écoute. Alors que le monde vit dans l’urgence, dans la précipitation, The Besnard Lakes fait l’éloge de la lenteur. Ils nous offrent un disque inadapté à le vie frénétique mais parfaitement adapté au temps présent, celui ralenti par la crise liée au Covid. Le message est clair, il est temps de ralentir, il est temps de prendre le temps.

Le fil conducteur de cet album c’est la mort. Jace Lasek, leader du groupe, qui a perdu son père en 2019 décide ici de faire, en quelque sorte, son deuil. Des hommages plus spécifiques y sont disséminés. Si le titre ‘Christmas Can Wait’ fait directement référence à son père, s’inspirant des visions de celui-ci alors mourant et sous morphine, ‘Raindrops’ rend lui hommage à Mark Hollis, chanteur de Talk Talk, et ‘The Fathers of Time Wakes Up’ à Prince.

The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings est traversé de multiples couleurs et influences. Pop baroque, rock progressif, shoegaze, dream pop, nappes électroniques, drone et plus encore. Un mélange divinement orchestré. Les influences, assumées et assimilées, sont-elles aussi nombreuses. Vous n’aurez pas de mal à entendre du Pink Floyd, du Spiritualized, du Brian Wilson ou même du Bee Gees, en tendant encore un peu plus l’oreille vous y décèlerez également du MGMT, du Neil Young ou du Low (notamment dans les harmonies vocales, mais pas que).

On serait tenté de dire qu’un tel disque ne peut venir que du cosmos, on a envie de se l’imaginer tomber des étoiles, mais Jace Lasek est clair sur le sujet : « Notre musique vient du cœur et de nulle part ailleurs. » Soit. Ce qui est indéniable c’est qu’à l’écoute de The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings c’est ailleurs que l’on est transporté. Un beau et lent voyage cosmique.

Jocelyn H.

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