Mia Joy :: Spirit Tramer


Il y’a des disques qu’on écoute au fond de son lit, une couette et un verre de vin rouge à portés de main. On se laisse doucement glisser, annihilé par la douceur et les boucles sonores qui agissent comme somnifères de plaisirs. Bedroom-pop ou dream-pop, faites votre choix. C’est ainsi que l’on peut définir le premier album de Mia Joy, une américaine qui compose seule dans sa chambre, accompagnée de sa guitare et d’effets bien sentis. Elle avoue « J’ai acheté ma pédale de boucle parce que c’est la même pédale de boucle qu’avait Liz Harris de Grouper. » et c’est peu de dire que le projet de Liz Harris l’ait influencée. Mia Joy a signé un pacte avec la réverbération et autres delays, des sons familiers qui ramènent aux Cocteau Twins, à Di Marco ou plus récemment à la française Good Morning TV version slow-core.
Des douze titres présents sur Spirit Tramer, le beau Ye Old Man se démarque aisément. Il met en lumière le jeu stratosphérique de la jeune chanteuse qui en profite pour distiller un air attachant, rempli de bonheur solitaire. Sa voix éthérée épouse les contours du style avec dévotion qu’un rythme minimaliste ne parvient pas à perturber. Le single Haha se montre tout aussi entraînant, quelques arrangements – des babioles aux claviers – viennent pimenter le fond du lit. Heaven Forbid et Across Water sont de lentes plongées en apnée. Le chant puise ses ressources dans des draps cotonneux, la tête dans les étoiles et le corps dans le linceul. La pochette du premier single renforce cette impression : « L’épée et mon corps ne sont qu’un bouclier de protection. Spirit Tamer et l’épée sont une métaphore complète pour vous protéger des forces extérieures » dit-elle. Les textes abstraits s’y prêtent et cherchent, par pudeur (?) à détourner l’attention. Aidée en cela par une passion consacrée aux mondes parallèles, Mia Joy confie qu’elle est une fervente praticienne de l’astrologie au point d’intituler son premier EP Gemini Moon. L’album s’éteint par une reprise : « Le dernier morceau de Spirit Tamer est une reprise de « Our Last Night Together » d’Arthur Russell, un hymne au piano qui accompagne merveilleusement les fins de soirées ». Un voyage musicale vaporeux qui colle parfaitement aux ambiances troubles et floues d’un certain David Hamilton.

Mathieu M

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