Livre-toi :: Jérôme Didelot du groupe Orwell

© Damien Raymond

En ces temps confinés où l’on pense que l’essentiel est ailleurs, la culture souffre sans avoir vraiment les armes pour lutter.
On ferme les salles de concerts, les disquaires, les librairies sous prétexte qu’ils délivrent des « produits » dispensables à la vie de tous les jours.
Electrophone est évidemment convaincu du contraire et ne peut exister sans musique et sans livres.
On aimerait profiter de ces instants troublés pour demander à quelques artistes et acteurs de la vie musicale quels rapports ils entretiennent avec la littérature.
Le premier d’entre eux qui est venu à l’esprit est le fidèle Jérôme Didelot du groupe Orwell. Pour deux raisons simples, dont une est plus qu’évidente. En effet, le nancéien a choisi comme nom de scène celui d’un des plus grands écrivains du XXe siècle et dont le 1984 raisonne tout particulièrement aujourd’hui.
La seconde raison vient du dernier album d’Orwell, Parcelle Brillante (Hot Puma Records), dans lequel Jérôme Didelot fait plusieurs fois allusion à  l’ écrivain américain de science-fiction Theodore Sturgeon.

Votre livre préféré et pourquoi ?

Il va m’être difficile de répondre autre chose que 1984 d’Orwell, et pas seulement parce que j’ai donné ce nom ce pseudonyme plus exactement puisque l’écrivain s’appelait en fait Eric Blair à mon groupe. Il existe plusieurs autres bonnes raisons pour que je le choisisse, même si ce n’est pas le livre qui me définit le plus. Déjà, j’ai découvert 1984 au collège, grâce à une excellente professeure de français, Mme Schneider, il est bon de le rappeler par les temps qui courent. Je ne lisais alors que des bandes dessinées, en premier lieu la revue Strange, et il y avait assez peu de livres à la maison. C’est donc l’école qui m’a intéressé à la littérature. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à faire des virées à la Fnac avec mes copains de classe, pour acheter principalement des livres de SF ou de fantastique. 1984 a été une sorte de détonateur car c’est un livre puissant, même pour un pré adolescent. Plus tard, lorsque j’ai lu d’autres livres d’Orwell, j’ai eu l’impression qu’ils étaient tous une sorte de travail préparatoire à cette ultime œuvre. Il y a chez cet auteur une volonté de lier le destin individuel au destin collectif qui fait ressortir une grande compréhension des mécanismes humains.

Votre auteur préféré et pourquoi ?

Celui dont j’attends systématiquement les nouvelles productions, c’est Jonathan Coe. En plus, j’ai eu la chance de le rencontrer grâce à la musique. C’est une personne très attentionnée, discrète et parfois sarcastique, qui est fan de musiciens que j’apprécie énormément également, comme Stackridge, The High Llamas ou Louis Philippe. J’étais déjà un grand amateur de ses livres quand j’ai appris qu’il avait aimé un de nos disques, je n’étais pas peu fier. Les livres de Jonathan Coe contiennent tout ce qui nous fait à la fois adorer et détester l’Angleterre, l’humour et l’arrogance, la dérision et la nonchalance, la loyauté et le cynisme…

©T.Guerigen

L’écrivain que vous auriez aimé être ?

Voilà le genre de question qui risque de me faire passer pour un prétentieux… À une époque, j’aurais certainement répondu Nick Hornby, ayant enchaîné Haute fidélité et Carton jaune qui évoquent un peu mes deux obsessions, la musique et le foot. Mais si j’avais eu ce talent, je pense que j’aurais aimé tendre vers ce que peut faire Michel Houellebecq, disons avec de meilleures dents. Je n’ai pas lu ses derniers livres, mais La possibilité d’une île, par exemple, m’avait fait forte impression.

Roman, biographie, science-fiction, BD… ? Quel genre préférez-vous ?

Je garde une affection pour les genres qui m’ont fait aimer la littérature, le fantastique et la science-fiction. J’ai essayé de rattraper mes (énormes) lacunes en littérature générale par la suite, mais je reviens régulièrement aux classiques de ces genres.

Le premier livre que vous avez acheté ou reçu en cadeau ?

Je n’en suis plus très sûr, mais je dirais un Jules Verne, Le tour du monde en 80 jours ou Deux ans de vacances.

Vous est-il déjà arrivé qu’un livre provoque chez vous l’envie de composer une musique ou d’écrire un texte ?

Ceux qui connaissent un peu la discographie d’Orwell savent qu’il y a deux albums sous influence d’écrivains. Le premier est Continental, sorti en 2011, chanté en anglais et co-écrit avec mon ami Julien Lonchamp. Je venais de lire, dans le cadre de mes « séances de rattrapage », Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez. Les personnages de ce livre inclassable m’ont pas mal trotté dans la tête à l’époque et le fait qu’il soit question d’une famille en même temps que d’un pays m’a intéressé. Plus récemment, j’ai travaillé sur une publication autour de l’auteur de fantastique et de SF, Theodore Sturgeon, l’un de ceux qui m’ont le plus marqué dans l’adolescence. Le fait de replonger dans ses histoires m’a inspiré pour écrire quelques chansons du dernier album, comme Les mains de Bianca ou Parcelle brillante.

Quel est votre environnement idéal pour lire ?

Je m’en veux car je ne m’aménage pas assez de moments privilégiés pour lire en journée. Alors évidemment le soir avant de m’endormir, mais le sommeil vient bien souvent trop vite…

Quel livre pourriez-vous offrir à chaque fois et pourquoi ?

Je pense que Cristal qui songe de Theodore Sturgeon est le livre que j’ai le plus offert. C’est un choc d’adolescence pour moi. Je trouve par ailleurs que cet auteur, majeur jusqu’aux années 80, a un peu disparu des radars, principalement parce qu’il n’a jamais eu droit à une grande adaptation au cinéma. Alors j’essaie de travailler à son rayonnement à ma petite échelle.

Quel livre offririez-vous à votre pire ennemi et pourquoi ?

Mais je lui offrirais également Cristal qui songe, avec le secret espoir d’en faire un ami un jour, car Theodore Sturgeon est le plus bienveillant des écrivains que je connaisse.

Le dernier livre acheté ? Que raconte-il ?

Il s’agit de L’Arbre-monde de Richard Powers. J’ai d’abord lu une passionnante interview de cet écrivain dans la revue America. Sa réflexion autour des arbres est très intéressante. Quand on y pense sérieusement, on se demande pourquoi les humains se sont escrimés à inventer des dieux hypothétiques alors qu’ils avaient sous leurs yeux la plus vénérable des créations : l’arbre, qui nous fait respirer, qui nous protège, qui nous nourrit… Le livre est une succession d’histoires de personnages dont le destin est lié aux arbres, directement ou indirectement.

Propos recueillis par Damien

Parcelle Brillante Hot Puma Records 

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