Chevalrex « Catapulte »

Ce qui fait de moi un chroniqueur de disque légitime c’est que je ne suis pas un musicien raté. Je suis accompli dans ce que je fais, je n’ai pas de regrets ou d’espérances déçues. Je n’ai pas d’amertume ou d’aigreur par rapport à ce que j’aurais pu être. Ce qui fait de moi un être humain encore perfectible c’est qu’il peut m’arriver de mentir, plus ou moins souvent, à moi comme aux autres. J’ai donné cette semaine une interview pour une radio Chinoise diffusée à Monaco, si si. Et j’ai menti. Quand on m’a demandé quel groupe ou artiste trouvait grâce à mes yeux en 2014, je suis parti dans ma vieille rengaine du c’était mieux avant 1980, balayant d’un revers de guitare des trucs qui me font vraiment vibrer ou qui m’ont vraiment rendu amer et jaloux. Ça n’arrive pas souvent, mais ça arrive encore de temps à autre depuis 1980. J’ai acheté le disque de Chevalrex pour les mauvaises raisons, puis je l’ai aimé pour les bonnes. Pour les mauvaises raisons, puisque c’est ma passion dévorante et bornée de collectionneur de vinyles qui m’y a poussé. J’ai vu passer un article sur le fait que ce disque était pressé à 200 copies, sur vinyle bleu avec pochette faite main et visuel en 3D. Il ne m’en a pas fallu plus pour foncer le commander et recevoir la copie N°67. Ensuite par acquis de conscience j’ai posé la rondelle bleue sur la platine. Je pourrai en parler sur des lignes et des lignes, mais on n’explique pas vraiment au fond pourquoi un disque nous touche, c’est tellement personnel. Disons pour faire simple que Rémi, le gars derrière Chevalrex, balaie effrontément et sans avoir l’air d’y toucher 50 ans d’histoire de la musique Pop Française. Rémi tisse une toile d’araignée entre Troy Von Balthazar et Nino Ferrer, entre Michel Magne et un Gainsbourg qui auraient arrêté de picoler. À la première écoute, ça déconcerte un peu, puis on se rend compte très vite que tout reste en tête, donc que c’est efficace. Vraiment je déteste faire du name dropping dans mes chroniques, mais là c’est vraiment comme si François de Roubaix s’était mis à chanter, du fond de sa noyade, du fond des océans. Chevalrex chevauche l’impertinence de sa jeunesse en la cravachant avec la candeur de son génie mélodique.

Jean Elliot Senior

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