Blackmail :: Une Hallucination Française

© Thomas Lemoine

Il n’y a pas à dire, à partir des années 1970, le rock en France ne fut plus le même. Il repousse les limites sonores en attendant que le synthé-punk, la new-wave et l’électronique prennent le relais. L’émergence de Metal Urbain, Taxi Girl, Charles De Goal ou Warum Joe vont avoir de sacrées conséquences et leurs rejetons s’appelleront, Programme, Ventre de Biche, Bruit Noir et… Blackmail.

Dans une vie antérieure, une partie du trio se nommait Bosco ou Prototypes et inscrivait de bien belles plages de l’électro française. Une Hallucination Française est déjà le troisième album de Blackmail. En dix titres, Stéphane Bodin, François Marché explorent une forme synthétique minimaliste tandis que Sylvain Coatleven pose ses textes avec une froide tranquillité. Peu d’expérimentations ou de samples, ici ce sont des boucles mélodiques issues de matériels vintage, comprenez analogiques, qui mènent la danse. Des sons électroniques nous ramènent invariablement à A Guy Called Gerald, Orbital ou vers le proto-électro. L’hypnotique Guinée-Bissau glisse sur une voie lactée acid ou le narrateur « a tout niqué » pour un reboost salvateur quand les nappes synthétiques à la Juan Atkins soutiennent une description matinale rêveuse dans ce Zoo mystérieux qui accueillerait les clubbers en down trip. Alors que J’envisage, véritable ode à la TR 808, légendaire boîte à rythmes de Roland, remet le questionnement de soi en pleine pandémie, Lorsque tout s’inverse et Infrastructure sont des perles rythmiques proto-électro, dont les textes scandés laissent place à la désillusion. Une relecture de La Marseillaise, plus proche des Residents que de la version de Gainsbourg sur Une Hallucination Française, vient interpeler celui ou celle qui préfère le confort de son fauteuil à l’action, pendant que Tu flippes ta race, un bel uppercut musical, nous rappelle que tout peut basculer dans le non-contrôle.

doniste sûrement, brillant sans doute, Blackmail offre un polaroid musical passionnant d’une époque magnifiant la lumière noire.

Mathieu M

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