Yo La Tengo :: There’s A Riot Going On

« You Are Here ». Dés les quarante cinq premières secondes instrumentales et atmosphériques, nous savons déjà chez qui nous sommes. Successeur de l’excellent disque de reprises Stuff Like That There paru en 2015, et premier album original depuis 2013, There’s a riot Going On, référence à  Sly And The Family Stone, ce quinzième  disque du trio d’Hoboken (NJ) n’a de commun, avec celui du clan familial californien, que le titre de l’album paru en 1971 ; peut-être aussi une certaine façon de canaliser l’âme sombre qui s’en dégageait.
Ce n’est pas la première fois que le groupe exsude cette sorte de résistance pacifiste à une époque d’anxiété sociale généralisée. Quand le monde se crispe , Yo La Tengo s’étire et prend sa respiration. Il ne faut pas attendre longtemps pour s’en convaincre avec la voix de Georgia Hubley sur « Shades of Blue », et les mots d’Ira Kaplan sur le magnifique « For You too ».

Quand il y a du mal / Et les choses sont incertaines / Peut-être que je pourrais être ce mec / je voudrais essayer.

On entre, à mi-parcours, dans une séance d’anesthésie bienfaitrice. On se dirige vers un printemps homéopathique – les guitares rudes et lourdes sont totalement absentes – en passant par une invitation au voyage avec le surprenant  « Polynesia #1″.
Les popistes noisy nostalgiques d’ « I Can Hear the heart beating as one » en seront ici pour leur frais. YLT a plus que mérité ce changement d’armure – même si l’uniformité du disque et la qualité de certains titres peuvent être discutées  (« Ashes« , « Dream Dream Away« , « Shortwave » ) constituant  le ventre mou de ce qui pourrait fort ressembler à un tournant dans leur discographie irréprochable.
Les murmures de Kaplan (« Let’s do it wrong »), l’incorporation de sonorités Jazz et Ambient (« What Chance Have I got » / « Forever » / « Here you are« ) relancent (enfin) le disque, non sans rappeler le virage fondateur pris par Mark Hollis et ses accolytes avec « Spirit of Eden ».  « Polynesia #1 » nous avait surpris, le très Bossa « Esportes Casual » est le dernier candidat au voyage, beau et réconfortant.
Il devrait y avoir des émeutes, un peu plus souvent.

Hervé