Yazid Manou, Jimi et Nancy

Yazid Manou Hendrix Nancy interview

© Damien Boyer

Considéré comme LA référence Française sur le sujet, Yazid Manou voue une véritable passion à Jimi Hendrix.
Tombé dedans alors qu’il n’est encore qu’un enfant, le fan est devenu aujourd’hui un conférencier connu et reconnu sur le sujet.
Rencontré voilà quelques mois dans un vieux cinéma désaffecté Mussipontain, nous avons jugé bon de vous faire partager aujourd’hui l’entretien qu’on avait eu ensemble.
On y parle de Jimi, de sexe, de Graal et de Nancy. Ce jour là, je crois que par procuration,nous avons presque réussi à approcher l’icône disparue il y a 45 ans jour pour jour.

Electrophone : Comment est née cette passion pour Hendrix ?
Yazid Manou : Tout a commencé avec l’émission rock Point Chaud présentée par Albert Raisner. Nous sommes en Janvier 1977, j’ai alors 12 ans, et les deux émissions à venir sont consacrées aux guitaristes extraordinaires. Naturellement Hendrix est au programme avec un extrait de son concert à Berkeley. Pour tout avouer, l’extrait ne m’a pas forcement impressionné et c’est plus la façon dont le présentateur parlait de Jimi qui m’a fait penser qu’il devait y avoir quelques choses d’extraordinaire avec cet artiste.

J’ai alors commencé à saouler à mon entourage avec Hendrix et c’est sans aucun doute pour cette raison que quelques mois plus tard, pour mon anniversaire, je me suis vu offrir l’album Electric Ladyland, découvrant Voodoo Child, le titre qui m’a fait basculer.

E : Et aujourd’hui tu es un véritable expert en la matière…
YM : Au départ, seuls mes parents et quelques potes étaient au courant de cette passion. Tout c’est accéléré en 1990. Cette année-là, j’ai organisé le plus grand évènement pour le vingtième anniversaire de la mort de Jimi.
Ça a duré une semaine avec des expos dans les Fnac Parisienne, des projections, un concert au New Morning et surtout, le 15 septembre 1990, quatre heures d’hommage avec 13 artistes dont Noel Redding mais aussi Louis Bertignac, Axel Bauer et Paul Personne.
Ça m’a permis d’avoir mon ¼ d’heure de gloire Warholien qui finalement dure toujours et aujourd’hui il n’y a pas une manifestation en France autour d’Hendrix dans laquelle je ne suis pas impliqué.

electric LadylandE : Fan d’Hendrix et pourtant tu ne joues pas de guitare ?
YM : Effectivement, ma mère voulait que son premier enfant joue du piano et c’est tombé sur moi.
Mais pour tout avouer, ça m’arrange plutôt bien, ça évite qu’on ne me refile une Fender à chaque fois qu’on m’invite dans une émission de radio pour savoir si je sais jouer comme Jimi.
Par contre, je compte bien être guitariste dans une deuxième vie.

E : Malgré une carrière plutôt courte, il y a eu plusieurs Hendrix, lequel préfères-tu ?
YM : A dire vrai, je n’ai pas de préférence. Tout est au feeling et ça dépend de mon état d’esprit du moment. On me demande souvent qu’elle est mon morceau ou mon album préféré de Jimy, je réponds simplement que ça dépend des jours. Parfois je vais écouter le Band of Gypsys pendant des heures et le jour d’après l’Experience.

E : Dans les extrait que tu montres durant ta conférence, on se rend compte également qu’il y avait quelque chose de super sexy dans le jeu d’Hendrix 
YM : C’est peut-être l’icône qui personnifie le plus l’esprit Sex, Drugs and Rock’n’roll. C’est également vrai qu’il est indissociable du sexe quand on le voie jouer avec sa langue, avec sa guitare entre les jambes ou encore quand il baise ses amplis comme lors de son concert à l’Albert Hall.

C’était un artiste qui était très conscient de son aura sexuel et qui a très vite compris que sa façon de bouger excitait les filles, et pas que les filles d’ailleurs. Il existe une quantité d’anecdotes de groupies là-dessus. C’était un artiste pour lequel les filles faisaient la queue pour s’assoir à sa table. Et puis une des plus belles anecdotes reste certainement sa rencontre avec Marianne Faithfull dans un club à Londres. Ce soir là, Jimi tentera tout pour ramener Marianne dans son lit allant même jusqu’à traiter son petit ami de l’époque, qui n’est autre que Mick Jagger, de trou du cul.

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E : Selon toi, quel est l’apport de Jimi sur la musique d’aujourd’hui ?
YM : Il est indéniable, évident. Jimi, avec d’autres, est un des précurseurs du Hard Rock et son apport se fait entendre tous les jours. Hendrix est partout. D’ailleurs son apport n’est pas uniquement chez les guitaristes. Tu prends un mec comme Flea des Red Hot, il a le tatouage d’Hendrix sur l’épaule gauche. Hendrix est dans la pop, le blues, le funk… il est chez Clinton, chez Prince…. il est partout et sa musique n’a pas pris une ride. Tous les jours, des gens reprennent Hendrix, il est dans la mode, dans la pub, finalement, on a même du mal à s’imaginer qu’il est mort voilà maintenant 45 ans.

E : Existe-t-il encore aujourd’hui des morceaux qui ne seraient jamais sortis ?
YM : La source se raréfie de plus en plus et on commence à tourner en rond au niveau des sorties.
En 2010, on a sorti « Valleys of Neptune » avec un vrai morceau pratiquement abouti, mais sincèrement des morceaux en entier qui ne sont pas des jam, il n’y en a quasiment plus. D’ailleurs la sœur adoptive de Jimi, qui gère aujourd’hui tout le patrimoine du guitariste, a annoncé qu’il n’y aura plus d’album studio. Ce qu’il va sortir désormais, ce sont des lives ou des vidéos.

jimi hendrix valleys of netptuneE : Que est le St Graal pour les fans d’Hendrix  ?
YM : C’est le concert à l’Albert Hall !
Et d’ailleurs, c’est assez paradoxal car c’est le concert le plus piraté d’Hendrix et on le connait tous par cœur. Mais ce qu’on attend surtout, c’est que ce dernier sorte en version officiel.

E : Pour quelles raisons ?
YM : Jimi est en grande forme, c’est un des derniers concerts de l’Experience. On y retrouve la meilleure version de Stone Free, de Little Wing, de Room Fulls of Mirror. C’est également dans ce concert là que Jimi éclate sa gratte sur Smashing of Amps, bref c’est un concert d’anthologie et il n’y a pas d’équivalent !

E : La ville de Nancy et Hendrix sont étroitement lié je crois…
YM : La première photo de l’Expérience a été faite à Nancy lors de leur concert au Rio. J’ai d’ailleurs le tirage original qui m’a été offert par Mr Mayer. Il y en a peut-être d’autre mais on en connait pas et puis dans la chronologie du groupe ça colle.

J’ai d’ailleurs une anecdote fabuleuse à propos d’Hendrix et Nancy. Un jour une dame me contact et me demande combien couterait un 45 tour de Johnny avec un autographe d’Hendrix dessus. Intrigué, je demande un scanne du disque et là j’hallucine au dos de la pochette il y a les autographes de Jimi, de Noel Redding, de Mitch Mitchell, Chas Chandler (Le manager d’Hendrix) et de Mick Jones et Long Chris, bref une pièce inestimable.

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L’histoire est que la mère de cette dame, fan de Johnny, était allée au concert au Rio avec son 45 tours dans le but de se le faire dédicacer et finalement, elle a rencontré tous les artistes sauf son idole sans doute trop convoité et déjà inapprochable à l’époque.

Quarante-cinq après, on a réussi à faire venir cette dame dans un Taratata consacrée à Johnny afin qu’il y appose enfin sa signature.

E: En plus de la première photo de l’Expérience faite à Nancy, il y aussi cette fameuse vidéo des « Ronds de fumée ». A-t-elle vraiment été tournée à Nancy ?
YM: Cette vidéo a été retrouvée par hasard, en 1993, lors de recherches pour les 50 ans de Johnny Hallyday.
J’ai fait toutes les recherches possibles à propos de cette vidéo. J’ai demandé à Long Chris qui avait fait la première partie de cette soirée, mais il ne s’en souvient plus. J’ai réussi à contacter le réalisateur, Claude Goretta, qui à l’époque suivait Johnny pour le documentaire Un Roi Triste et il m’a certifié que ces images ont bien été filmées à Nancy au restaurant Foy, Place Stanislas, dans la nuit du 14 au 15 octobre 1966. Et ils ne fument pas un joint.

Merci à Yazid Manou.

Propos recueillis par Olivier et Damien

Photos Yazid Manou : Damien – Dessin Jofa.