Wilfried* « Matrice »

Wilfried Matrice

De nos jours, on dit d’un plat qu’il est gourmand, d’un disque un peu ambitieux qu’il est difficile à apprivoiser. Stop. Un plat ne se mange pas lui-même. Un disque n’est pas un animal sauvage. Et en même temps, c’est bien pratique, ces barbarismes à la con. Surtout dans un pays où l’on se gargarise de plus en plus d’avoir des artistes de dimension internationale qui chantent en anglais. Trop facile. Wilfried*, lui, n’a pas choisi la facilité. C’est le moins qu’on puisse dire. Il chante et psalmodie en Français. Et il construit avec Matrice, album à la pochette en effet séminale, une œuvre forte et dense.

S’il faut coller une étiquette, chacun aura ensuite tout loisir de l’enlever ou de la changer, on se rend vite compte qu’elle n’existe pas encore. Elle est à inventer. Alors on réfléchit. Et on trouve : Matrice est un disque de krautpop amniotique. On y entend des battements de cœur. Et quelque chose nous dit en effet assez vite, que ces battements de cœur sont ceux d’un enfant dans le ventre de sa mère. Puis l’on écoute les paroles et l’on se dit que cet enfant, c’est le possible amour naissant entre deux êtres. Quel que soit leur sexe. Car oui, Matrice parle d’amour. À son étrange manière. Celle d’une soirée un peu trop arrosée qui se terminerait dans le lit d’un ou d’une inconnue. La promesse d’une belle histoire est une autre histoire.

Voilà pour le concept. La musique, évidemment, ne succombe pas aux sirènes de l’immédiateté. À la première écoute, Matrice ne sonne pas comme une évidence. Même si le morceau titre embarque assez aisément l’auditeur, grâce à un groove hypnotique et subtil, parfaitement dosé, une mélodie travaillée, presque arabisante, et des arrangements remarquables. C’est d’ailleurs par là qu’il faudra peut-être, exceptionnellement, commencer. Car sinon, soyons clairs, l’album ne va jamais là où on l’attend. Par exemple, juste après Matrice si l’on suit le tracklisting à la lettre et au chiffre, une chanson comme « Le Yoyo« , comptine pop sixties aux accents caribéens, paraît en effet, tout d’abord, déplacée. Que dire de « Dexterine« , co-composée et interprétée avec Chloé Delaume, plume fantasque et morbide de la littérature française ? Que c’est peut-être la première et la dernière fois, dans toute votre vie, que vous aurez envie de fredonner le mot « anthropophagie« .

Entre, par ailleurs, une relecture originale d’ « Au clair de la Lune » et « Le tonnerre, intellect parfait« , mise en musique de onze minutes d’un texte gnostique, on tient là sans hésiter l’une des plus belles surprises du paysage musical français depuis longtemps. Si tant est que vous achetiez le disque, en vinyle ou en CD, il vous sera de plus délivré avec le code de téléchargement mp3 de Patrice, second disque bonus de folk acoustique, élégant et minimaliste (en anglais pour la peine et disponible individuellement en téléchargement seul).

Quoiqu’il en soit, voilà ENFIN un album français original, moderne, culotté, passionnant et, assez miraculeusement, jamais chiant.

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Arnaud

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