What to listen to ? #3 :: Thomas Schoeffler Jr.

Qu’est-ce que What to listen to ? Aujourd’hui on peut écouter de la musique pratiquement partout et quasiment quand on veut. Mais imaginons que l’on puisse vraiment écouter de la musique comme on veut, quand on veut, comme par magie si nécessaire. Dans ce cas-là, je suis sûr que l’on peut trouver quelque chose de bon à écouter dans n’importe quelle situation qui puisse se passer dans notre vie. L’idée de What to listen to, c’est de confronter des personnes qui aiment la musique à des situations, et de se faire conseiller de bonnes choses à écouter. C’est aussi simple que ça. Les situations, par contre, sont parfois un poil absurdes. Mais la vie est absurde, non ?

Thomas Schoeffler Jr. est un peu le Hank Williams alsacien. Armé de sa guitare, de son harmonica, de sa barbe et d’une chemise à carreau, il s’est taillé une solide réputation de redneck des villes qui nous fait rêver des grands espaces.

1. J’ai décidé de me faire un petit roadtrip dans les Vosges, en mode sac sur le dos et guitare à la main. Comme dans l’autre film là, comment c’est déjà… Ah oui, Into the welt. J’ai enfilé mon slip le plus tout-terrain et glissé dans mes pompes de baroudeur premier prix. J’ai bien pensé à prendre un saucisson, mon opinel et ma carte du club vosgien datant de 1967. Maintenant que je suis sur le bord de la route en attendant qu’on me prenne en stop, j’écouterais bien un truc pour me mettre en jambes mais quoi ?

Canned Heat : ‘Going Up The Country‘. Tout est dans le titre ! Je ne connais pas de meilleur morceau quand il s’agit de prendre la route.

2. Une bonne âme m’a prise en stop. La bagnole est vieille, le pilote prénommé Seppi aussi et les passagers assez hallucinés tirent tous sur un pétard. Y a tellement de fumée dans c’te cahote qu’il est impossible de deviner la route. Seppi tient à me faire savoir que ça ne le dérange pas car il a de toute façon un œil qui dit merde à l’autre, comprenez que sa conduite est naturellement abstraite. Les passagers c’est ses petits-fils qu’il ramène dans les Vosges. Je suis complètement déchiré et je jurerais avoir entendu parler l’un d’eux d’une bête des Vosges, ou en tout cas de quelque chose qui me ferait ma fête en un rien de temps. Je dois délirer je crois. Déchiré comme je suis, je m’écouterais bien un truc pour passer le temps et essayer de faire abstraction de ces douteux personnages. Qu’est-ce que j’écoute ?

Led Zeppelin : ‘Dazed and Confused‘. Il y a sans doutes des chansons bien plus psychédéliques que celle-là, mais j’ai passé tellement de temps à triper sur celle-ci que je n’en vois pas de mieux !

3. J’ai dû m’endormir. Je me suis réveillé seul, voiture à l’arrêt, dans la forêt, à côté d’une maison qui faisait plus grande ferme auberge décrépit et possiblement hantée que nid douillet et rassurant. Au même moment le fameux Seppi toqua à ma fenêtre, une casquette John Deer vissée sur la tête et un sourire qui laissa apparaître une pénurie dentaire évidente. Au sortir du véhicule il m’indiqua qu’il n’avait pas voulu me déranger dans mon sommeil et m’invita à boire un p’tit schnaps. Je ne pouvais refuser, il n’était pas question de froisser les locaux. L’ivresse me gagnant, la nuit tombant et après un débat houleux impliquant la fratrie qui se divisait sur la question du munster plutôt blanc ou plutôt fait, Seppi insista pour que je joue un morceau sur ma guitare qui calmerait peut-être ses neveux éméchés. Qu’est-ce que je peux bien leur jouer ? Un morceau que j’ai l’habitude d’écouter ?

Neil Young, ‘Helpless‘. C’est simple, c’est beau, ça donne envie de pleurer tout en souriant

4. La soirée fut longue et les débats vains et houleux. Le schnaps coula à flot et j’ai oublié le moment précis où tout dégénéra. Encore une histoire de munster je crois bien, ou pour être précis, de cumin sur le munster. La dernière chose dont je me souviens, plus ou moins, c’est d’avoir pris un coup de manche de cognée dans la tronche. Je me suis réveillé saoul et sonné dans l’obscurité. Ça sentait la merde animale, et globalement, ça sentait surtout mauvais pour ma pomme. En tentant de me lever mon pied glissa sur une matière douteuse, mon corps bascula en avant et mon crâne fit office de bélier dans la planche de bois qui servait apparemment de porte. Avec l’impression que ma tête allait exploser, je me décidais à courir sans m’arrêter. J’écouterai bien quelque chose pour courir à fond mais quoi ?

The Bad Brains, ‘Sailin’ On‘. Si t’arrives à courir aussi vite qu’ils jouent, t’es l’roi du sprint !


5. Dans ma course effrénée je suis arrivé à une route et me suis fait renverser par un véhicule au même moment. Je repris mes esprits, dans une nouvelle pièce de prime abord peu accueillante, ligoté à une chaise. La tête me tourne et mon corps me fait plus mal qu’un lendemain de cuite. Face à moi un homme. Celui-ci me met des claques généreuses en m’appelant Jacqueline. En bougeant péniblement ma tête je réalise que je suis habillé en femme. Que s’est-il passé pour que je me retrouve dans cette situation ? Je n’en sais foutrement rien. J’essaye de penser à autre chose. Pourquoi pas aux femmes justement ? J’écouterais bien quelque chose qui me laisse rêveur mais quoi ?

Flamin’ Groovies, ‘Whiskey Women’. J’aurais rêvé d’écrire cette chanson ! Il y a tout là-dedans : des larmes, du sang, du rock, de la ballade acoustique, du whiskey et le solo de fin est génial !

6. Nouveau réveil brutal mais en pleine forêt cette fois-ci, allongé sur le sol, souillé de tout mon long. Deux moustachus en tenue de camouflage, fusil à l’épaule, sont penchés au-dessus de moi et me demande « Madame, enfin Monsieur, ça va ? ». L’un d’eux se baisse en s’appuyant sur son fusil et avant même qu’il ait posé genou à terre, il glisse et appuie par erreur sur la gâchette de son fusil. Bam ! Sélection naturelle ! Le mec se met une balle dans le crane et j’en prends plein la tronche. Instinct de survie, en deux temps trois mouvements, je me saisis de son fusil et je mets une balle dans la tête de son acolyte. On ne sait jamais ! Depuis peu les rencontres fortuites ne me réussissent pas vraiment. Je pique les fringues d’un des chasseurs, je prends un fusil et bien décidé à m’en sortir, quitte à tous leurs faire leur fête, je fais chemin à travers bois. Pour bien me motiver, genre vous allez prendre la raclée de votre vie, qu’est-ce que je pourrais écouter ?

Rage Against The Machine, ‘Bombtrack‘. Pas très original comme réponse, mais en même temps on n’a pas fait beaucoup mieux dans l’genre…!

7. Je finis par me retrouver à une station service. J’aperçois un van un peu hippie et je me dis que ce sera peut-être mon échappatoire. J’accours vers le van et le chauffeur sort la tête par la fenêtre et me réserve un accueil un poil irritant : « Chasseur à la con ! Casse-toi ! T’as pas honte de faire ça à la planète ! ». Ni une, ni deux, je lui colle une balle dans le crane pour éviter le débat de trop. Je le dégage de son van et je prends sa place. Tout juste assis que j’aperçois dans le rétro un gars à l’arrière du van, paniqué, avec de longues dreads. Le temps que je me retourne celui-ci essaye de m’étrangler avec l’une de ses dreads ! Bordel, je me dis ça a quand même changé les hippies ! Ou pas tant que ça en fait. Je choppe la fiole d’huile essentielle que j’ai repéré sur le tableau de bord et je lui balance dans les yeux ! Il lâche prise et se met à hurler à la mort. Je m’empresse de le dégager du van. Je détale aussi vite que possible avec le véhicule. Traversant la nuit qui tombe, complètement flippé, je m’écouterai bien un truc pour calmer les nerfs mais quoi ?

Nick Cave, ‘Into my Arms‘. Il ne fait bien sûr pas que des chansons tranquilles, je suis aussi très fan de son côté plus rock mais il y a quelque chose d’incroyablement apaisant dans ses ballades


8. En plein élan, roulant vers la liberté, je percute un truc et le véhicule se retrouve immobilisé. Au bord de la crise de nerfs, je descends du van, et me dirige vers les phares avant pour regarder si quelque chose se trouve sur la route. Un sanglier ! Un foutu sanglier ! Voilà ce que j’ai percuté. Je commence à rire nerveusement en repensant à cette histoire débile de bête des Vosges. C’est alors que j’entends un hurlement bestial derrière moi qui me glace le sang, un genre de Garou qui s’époumonerait avec du verre pilé dans la gorge. Résigné à mon triste sort, je me dis que j’écouterai bien un dernier morceau avant de mourir, mais lequel ?

Hank Williams, ‘I’ll Never Get Out Of This World Alive‘. J’ai toujours ressenti la musique country comme quelque chose de crépusculaire, comme la dernière musique avant le tomber de rideau…!


Jocelyn H.