Vorski “Mais qui ça peut bien être ?…”

Vorski est la dernière signature du label Specific Recordings. Derrière cette identité se cache un artiste bien connu du microcosme musical messin. Mais celui-ci ne désire en aucun cas que l’on dévoile sa vraie identité. Il préfère que l’on juge sa musique par elle-même, et non en faisant des comparaisons avec les multiples formations auxquelles il a participé tout au long de sa carrière. On ne pourra donc pas dire « Vorski, c’est le groupe de… ».
Peu importe à vrai dire. Sa musique se suffit à elle-même et lui créée une vraie personnalité. Avant le son, il y a les titres qui parlent pour lui. ‘Barnard 33′, nom de la nébuleuse Tête de Cheval, dévoile un personnage aimant avoir la tête dans les étoiles avec des rêves de Tangerine pleins la tête. ‘NH7881 ANA Flight’, nom d’un vol Munich Osaka, révèle un certain amour pour le pays du soleil levant. Véritable sommet tout en ondulation, ce titre est un passeport béni pour un voyage sans attestation obligatoire à plus d’un kilomètre autour de chez soi. ‘The Verbos Gift’ divulgue, comme son nom l’indique, un penchant de l’artiste pour les synthés modulaires. Voilà ce que l’on peut facilement déceler chez Vorski. Mais reste quatre Prophecies qui, si on n’a pas les clés pour les interpréter, restent muettes à toutes révélations.
La curiosité nous a piqué au vif. On a voulu en savoir plus sur ce comte qui prédit des prophéties mystérieuses et énigmatiques. On lui a posé quelques questions. Voici ses réponses.

D’où vient le nom Vorski ? Et pourquoi as-tu choisi ce nom ?
Le comte Alexis Vorski, héritier de rois de Pologne !
Ce sinistre personnage vaniteux, mythomane, possessif, jaloux, machiavélique, fou dangereux, apparait dans le roman de Maurice Leblanc “L’Île aux Trente Cercueils” adapté en feuilleton pour la TV française en 1979.
J’étais fasciné par cette série quand j’étais gamin et je le suis encore actuellement, malgré le côté très théâtral et la lenteur du jeu des acteurs. Il est l’un des personnages principaux de cette histoire bien mystérieuse qui se déroule sur une île bretonne après la 1ere guerre mondiale.
J’avais ce nom en tête depuis bien longtemps dans le but de baptiser un futur groupe, sans imaginer que je m’en servirai un jour pour un projet personnel. Il est réapparu comme une évidence au moment où j’ai commencé à composer mes morceaux. Je trouve qu’il claque, ce nom ! Il dégage quelque chose de fort et d’effrayant.

Tu m’as dit que tu préférais que je ne divulgue pas le nom de ton groupe et ton identité. Pourquoi veux tu garder l’anonymat ?
Un peu par jeu. Ca m’amuse d’imaginer les gens se dire “mais qui ça peut bien être ?…“, même si je doute qu’ils soient nombreux (rires). Les gens s’en foutent. Il y a tellement de groupes et d’artistes qui sortent des albums que mon projet se retrouve perdu tel une goutte d’eau dans l’océan.
Et puis aussi, est-ce que ma musique peut plaire aux gens autrement que si je l’avais annoncé sous ma vraie identité sur les réseaux sociaux ? C’est ça qui m’intéresse.
Il aurait peut-être été plus judicieux de dire “je suis machin du groupe bidule et j’ai fait un album solo !“, mais bon, c’est comme ça… Je divulguerai peut-être mon identité plus tard mais ce n’est pas très important.
Le plus important, c’est que ces morceaux existent et qu’ils ont été gravé pour la postérité. C’est la musique qui doit primer.

Pourquoi avoir voulu tenter une aventure solo ?
J’avais ces mélodies, ces boucles qui trainaient sur mon dictaphone depuis quelque temps mais je n’arrivais pas à les imaginer dans mon groupe. Je savais qu’un jour, je tenterai l’aventure solo.
Je voulais me prouver que j’étais capable de m’en sortir sans le soutien de mes camarades de jeu, et pour garder le maximum de contrôle et d’éviter les compromis.
Et puis c’est un projet très personnel que je n’avais pas envie de partager, même si j’ai demandé l’aide de Mr Bios pour composer les rythmes sur certains morceaux.
Il a fait un super boulot, même au niveau du mix et du mastering, et il n’est pas impossible qu’on retravaille ensemble dans le futur…
Cet album finalisé n’est donc pas le fruit d’un travail à 100% solo.

Le fait d’être seul au commande de l’écriture, est-ce que ça a été plus difficile pour toi de composer ?  T’es tu senti plus libre ?
Difficile ? Pas le moindre du monde ! Ceci dit, je ne suis jamais arrivé devant mes synthés en ayant un morceau écrit de A à Z. Comme je le disais, j’avais ces boucles qui trainaient, des idées dans ma tête. Il suffisait de les jouer, de les enregistrer et de les réécouter pour que d’autres idées jaillissent : mélodies, accords, autres boucles, parties de basses…
Il n’y a que pour les rythmes où ça coinçait un peu, d’où mon appel à l’aide.
Il y a effectivement une certaine liberté car j’ai pris mon temps, sans pression, sans que personne ne m’attende. Très peu de gens étaient au courant. Les morceaux ont été enregistrés entre février et novembre 2019, avec une longue pause estivale.

Certains titres de l’album parlent beaucoup de toi comme ‘Barnard 33′, ‘The Verbos Gift’, ‘NH7881 ANA Flight’, mais les autres restent assez énigmatiques. Peux-tu nous dire ce qu’ils révèlent de toi ?
Que je suis vaniteux, mythomane, possessif, jaloux, machiavélique, fou dangereux. Haha !
Non, plus sérieusement, il est vrai que le nom de certains titres révèlent un petit trait de ma personnalité (je te laisse deviner lesquels, c’est assez simple) – je voulais d’abord utiliser mes plus vilains défauts comme titres de chansons – ou ma phobie de mourir d’une crise cardiaque du jour au lendemain, sans prévenir (‘Collapsus’). Collapsus, c’est aussi le fait de s’écrouler, de s’effondrer, tel notre monde, notre société actuelle. Je ne me reconnais plus dans celle-ci, et ça ne va pas aller en s’arrangeant.
La noirceur que dégage ce titre a été sublimement mis en image par Bertrand Ricciuti dans un petit clip qu’il a réalisé. Il n’a gardé que 4 minutes sur les 7 originales, mais l’essentiel est là !
Dans ‘Barnard 33′, je propose un petit voyage intergalactique vers la nébuleuse de la Tête de Cheval (Barnard 33, son vrai nom), la plus belle à mes yeux. Quand j’ai composé ce morceau, je me suis replongé dans mes souvenirs d’ado, lorsque je passais mon temps à feuilleter des bouquins sur l’astronomie en écoutant en boucle ‘Let The Power Fall’ de Robert Fripp.

Peux-tu nous parler des influences de ce disque ?
Le type qui m’a clairement donné envie de me lancer en solo, c’est Steve Moore du groupe Zombi. Il a une discographie impressionnante, il est super productif ! Je suis fan de la majorité des trucs qu’il a composé (sauf peut-être de ses OST de films de série B).
Bien sûr, parler de Kraftwerk, de John Carpenter, c’est un peu inévitable. Mais je peux aussi citer des types comme Majeure, Jonas Reinhardt ou Harald Grosskopf.
Mais j’espère avoir apporté une touche toute personnelle…

Dans l’amour des claviers analogiques, je te sens proche d’un autre artiste de Specific Recordings à savoir G.Lolli. Est-ce aussi le cas pour toi ? Et peux-tu me dire ce qui vous rapproche et à l’inverse ce qui vous sépare musicalement ?
G.Lolli ? Il est italien ? Je ne vois pas qui c’est… (rires)
Je connais un peu Geoffrey mais je ne l’ai pas beaucoup côtoyé, peut-être deux ou trois fois. De brefs mots échangés et des saluts de loin
Par contre je connais son travail ! Le type est très doué et hyper productif, et son triptyque est un chef-d’œuvre.
C’est un amoureux de la synthèse modulaire, univers que je ne connais pas vraiment… vu que mes synthés sont déjà tous câblés (rires).
Tu sais, même si j’adore les claviers analogiques, je suis loin d’y connaitre un grand rayon. Si j’avais la thune (et la place), je me ferais une superbe collection de pièces vintage indispensables, mais pour le moment je me contente de mes 3-4 claviers.
Ce qui nous rapproche ? Des références musicales communes et peut-être la même façon de travailler, à savoir créer un univers sonore à partir d’une séquence qui va tourner en boucle, et laisser parler le reste.
Ce qui nous sépare musicalement ? Pas grand chose j’ai l’impression… à part un passé de métalleux je crois ? Je déteste !
Mais lui est un vrai doué alors que moi, je ne suis qu’un imposteur.
Ah j’oubliais ! La boucle principale au modulaire dans ‘The Verbos Gift’ est de lui. Il a eu vent de mon projet et m’a gracieusement offert cette piste. J’ai brodé autour et j’ai baptisé le morceau comme ça car il l’a composé sur son Verbos.
Mais je vais arrêter de parler de ce mec que je connais à peine en plus…

Sortir ton premier album chez Specific Recordings était-il une évidence ?
Difficile de répondre puisque c’est Flo qui m’a parlé d’un projet de sorties K7 pour son label, en me demandant si je voulais en faire partie en tant qu’artiste solo. C’est ce qui m’a motivé pour enfin me lancer. Je savais qu’il y aurait une chance d’être soutenu par Specific.
Si j’avais anticipé mon projet, en dehors du projet K7 de Specific, je ne sais pas si j’aurais osé en parler à Jennie et Flo… Je me serais certainement dit que l’esthétique musicale ne leur correspondrait pas.
Au final, je suis ravi que l’album soit sorti chez eux, même si c’est une production ultra limitée dans un format qui n’est plus destiné au grand public, mais aux aficionados de la K7. Ceci dit, il est dispo en numérique sur Bandcamp. Le visuel de Jennie est extraordinaire !
Sam de Chez.Kito.Kat était grandement intéressé pour sortit l’album aussi. Mais j’avais déjà dealé l’affaire avec Flo. On aurait pu envisager une collaboration mais ça ne s’est pas fait. Peut-être dans le futur ?…

Tu as intitulé ton premier album Prophecies. Pourquoi ? Te sens-tu comme un prophète qui  aurait eu un message à communiquer ? Plus sérieusement, quel message voudrais-tu que l’on retienne à l’écoute de ton premier album ?
La prophétie de l’île de Sarek, l’île aux Trente Cercueils, tu ne connais pas ? Vorski a voulu faire parler la prophétie, et moi j’ai voulu faire parler mon Prophet-6. Triste jeu de mot, n’est-ce pas ?
Sérieusement, aucun message à faire passer, si ce n’est des sons et des ambiances qui j’espère trouveront des oreilles intéressées.

Considères-tu Prophecies comme un one-shot ou aurons-nous la chance de découvrir une suite ?
Dès la fin de l’enregistrement de Prophecies, j’ai tout de suite eu envie de composer d’autres morceaux, vu que j’ai encore de la matière. Bizarrement je n’ai rien fait depuis un an… même pendant le premier confinement. Mais je compte bien m’y remettre !
J’ai envie de recréer une ambiance sonore autour de L’île aux Trente Cercueils, il y a de quoi faire. J’ai les titres, c’est déjà pas mal !

Propos recueillis par Damien

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.