VIN(YLE) :: Jean Derrien et The Soft Pink Truth

Mine Derrien Mine de crayon

Aujourd’hui, j’ai décidé d’ouvrir une (énième) bouteille de ma cave et mon choix s’est posé sur « Filature » de Jean Derrien (Mine de Rien) qui oeuvre du côté de Berrie, pas loin de Saumur.

Ça remonte au premier week-end de février 2020 au cours duquel je filais dans l’Anjou pour le « marathon annuel du vin naturel » (que je surnomme le Mondial du Vin Nature) assister à différents salons dédiés aux vins dans lesquels on retrouve très peu résidus de produits issus de l’industrie chimique.

Nouvelle étape pour moi ce coup-ci, Tour de Fruit auquel j’avais été convié par un de mes vigneron-partenaire (Stéphane Cyran à Mont-le-Vignoble dans le 54) et pour lequel je me faisais un plaisir de retrouver.

Départ de Metz dimanche de bon matin (tardif), arrivée à Saumur pour prendre les clés de ma chambre (d’enfant) Airbnb et direction (à pince) le lieu de festivité que j’atteindrai au bout de 3km dans les rues désertes de la banlieue saumuroise.

A bon port, je découvre une cave troglodyte aménagée pour accueillir public et vignerons et producteurs de cidre (le petit plus de ce salon « off ») et je décide de me faufiler parmi tous ces inconnus baraguouinant en français , anglais , vocables nordiques et autres.

Je rejoins mon acolyte facteur de vins toulois fièrement installé (et endimanché) à son stand avec son comparse alsacien (Lambert Spielmann, 1ère et pas dernière fois que je le verrai celui-là), blablabla glouglouglou je goûte leurs jus respectifs.

Le temps de faire un tour du sous-terrain afin de me délecter de nectars inconnus et je reviens à la case départ me retrouvant nez-à-nez avec une table, 5 bouteilles sans étiquettes et un gros QR code imprimé sur une feuille A4. Je demande aux mecs à qui est cette table et me répondent en choeur :

« Ben c’est la table à Jeannot ! »

« Mais il est où Jeannot ? » de m’interroger

« Attends un peu et il va arriver, mais vas-y, faut qu’tu goûtes… » en guise de réponse


Le type arrive, moustache mal taillée, accoutré d’une veste de la SCREG ou d’une autre boîte d’entretien d’autoroute, d’un froc bouffant et de rangers lui arrivant aux genoux.

« Hey salut ! C’est à toi ces vins ? »

« Ouais ! Tu veux goûter ? Je bosse dans la même cave que Francois St Lô mais je ne fais pas les mêmes vins que lui. » Forte l’intro, comme un vinyl auquel tu ferais un rewind (les selectors sauront)

Jean me fait tout déguster au fur et à mesure, à l’aveugle (ça tombe bien sans étiquettes) et me fournit en informations vin par vin.

Un blanc, un «  rosé », deux rouge et un rouge « muté » comme un Porto ou un Banyuls. On échange sur ses « produits », tous étonnants , remplis d’énergie , de surprise et d’un quelque chose qui fait que c’est juste, sans déviance, atypiques et délicieux.

« Mais tu les vends tes vins ? » je lui demande

« Ben c’est que mon frère est aux States et qu’il devait me faire les étiquettes et qu’il n’est toujours pas rentré. Donc je les ai pas, mais je peux t’en vendre comme ça si tu veux ? »

« A fond ! Mais c’est que là je suis à pied , bon ben je vais me démerder … »

Je lui prend 4 bouteilles, m’acquitte (à l’euro près) de ma dette (il y en avait pour 51€ et j’avais la pièce pour faire le bon compte … en espérant être ami) et me demande comment je vais les ramener jusqu’à mon lieu de répit.

Lambert (Spielmann) me propose alors de les prendre dans une caisse dans son camion et me les déposer à l’occasion dans le Toulois ou si je passe le voir en Alsace, je dis BANCO !

S’en suis un folle soirée entre vignerons, importateurs, bouteilles, plats mijotés et zigzag pour rentrer ronfler sous ma couette…

Impossible de ne pas reparler du bonhomme le lendemain en rejoignant mes comparses de la veille. Mes vins sont en bonne place dans le camtar tombé en rade, en attente de dépannage et on improvise une dégustation des vins de Raphael Beyssang dans une brasserie du centre de Saumur (ayant déserté le big salon blindé de bobos la gueule de bois trainant le sol et la sur-fréquentation du lieu).

Je récupère mon graal juste avant le confinement numéro 1 au cours d’un passage dans le Toulois et le laisse se reposer dans ma cave depuis.

Des litres se sont écoulés depuis, déconfinement, été où il fait soif, reconfinement, fêtes de fin d’année. L’occasion se faisant rare d’ouvrir ce genre de canon, je décide d’inaugurer la première lors d’un passage lundi dernier à Mont-le-Vignoble et c’est sur le blanc (du Chenin, un de mes cépages fav) que mon dévolu sera jeté. Plaisir, ampleur, aromatique sont de mise et un très gros souvenir de ce bon week-end entre « copains » me revient.

Je dois l’avouer, nous vivons une époque « mémorable » (à défaut d’être formidable) et parfois un peu de réconfort est le bienvenu, et ce soir j’avais envie une nouvelle fois de me rassurer dans un moment agréable passé entre personnes de bonne compagnie (ou au moins en chair et en os) et j’ai donc décidé de taper dans mon stock de quilles du Jeannot afin de voir si la magie était toujours là.

D’un choix cartésien et chromatique dans la progression, j’opterai pour le « rosé », c’est « Filature » (je viens de découvrir le nom de la cuvée) que je débouchonnerai !

Assemblage de raisins blancs (chenin) et rouges (cabernet franc et gamay) en pressurage direct (il n’y a donc pas de macération pour les raisins rouges, tous les raisins sont pressés une fois cueillis, comme pour faire du blanc ou du rosé), d’une belle couleur rose orangée , un poil trouble, je suis tout de suite pris par la fraîcheur du vin, s’en suivant des arôme de fruits rouges, légèrement herbacé et surtout de la tension, de la minéralisé et une pointe de salinité sur la langue qui te dit « Viens on se resserre un verre ! » Il y a du pep, de l’énergie dans ce jus, je sens qu’on va bien s’entendre lui et moi.


À vin rose, disque rose !

Ça tombe bien je m’écouterais bien The Soft Pink Truth, le maxi vinyle est rose et pochettes et macarons sont une déclinaison de rose et jaune aussi.

C’est le projet solo de Drew Daniel, un des membres de Matmos, un groupe de musique électronique autant inspiré par la musique concrète que par l’IDM ou la techno. Ils ont remixé / bossé pour Björk et aiment se donner des contraintes techniques dans la réalisation (appareillage autour du monde hospitalier, enregistrements de live de vieux instruments).

The Soft Pink Truth rend plutôt hommage à la scène disco et funk des 90’s avec un petit côté Prince. Tous les titres sont produits à base de samples (chinés dans un shop à San Francisco à base de vinyles ayant appartenu à la communauté homosexuelle, si mes souvenirs sont bons). Je commence par jouer « Acting Crazy » le maxi rose, sorti en 2003 sur le label de Matthew Herbert (Soundslike) sur lequel s’alternent titres originaux et remixes.  C’est léger, fun, beaucoup de voix sirupeuses (laissant comprendre quelques sous-entendus), funky, insouciant comme ces premières gorgées de ce pinard rosé qui donnerait presque envie de danser (en solo). Très jolie réinterprétation du titre « Saie » par Matthew Herbert accompagné de Dani Siciliano calmant le rythme du maxi en une ballade click-n-cut apaisante (laissant libre court à ta dégustation plus analytique du vin) et envoûtante.

La bouteille à peine entamée, je continue en jouant l’album « Do You Party? » et sa première track « Promofunk »  qui me propulse en 2003 en 3 secondes.

J’ai passé une bonne soirée, redécouvert un vin et un disque, les deux m’ayant procuré du plaisir,

J’ai envie de dire « Merci Jean ! » et qu’il me réponde « De rien ! » (Jean Derrien hein !)

À plus pour de nouvelles dégustations en musique

Max.


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