V/A ERR REC Library Vol​.​1 Espaces Urbains

Dans son livre Poétique de la ville (1973), le sociologue Pierre Sansot dit « Le véritable lieu urbain est celui qui nous modifie, nous ne serons plus en le quittant celui que nous étions en y pénétrant. » Il en sera de même si vous vous perdez dans le dédale de musiques que proposent ces Espaces Urbains,  premier volume de library music concocté par le label Parisien ERR REC.

Comme son nom l’indique, le thème de cette compilation est le milieu urbain. Thématique imposée à plusieurs défenseurs de la cause synthétique et autres obsédés du clavier analogique. Vous ne reconnaîtrez aucun des citadins qui ont bien voulu participer à la compilation car comme le veut la tradition des compositeurs de Library Music, tous ont choisi un pseudo histoire de brouiller les pistes. Seul Bernold Delgoda a gardé son vrai nom. Mais si l’on suit un peu le label ERR REC et toute la scène française amoureuse des vielles soundtracks et des sons cosmiques, on imagine aisément derrière ces pseudos des personnes comme Stéphane Laporte de Domotic, Emile Sornin de Forever Pavot, ou encore Gilles Maté, l’une des deux têtes pensantes du label. L’autre moitié et partie féminine du label, Bolanile, s’est occupé de la partie graphique de ce beau projet.

ERR REC Library Vol​.​1 Espaces Urbains propose une visite non commentée de lieux modernes  à l’aide de sons rétro futuriste. Korg Ms10, Roland Juno 6, Roland TR-808, Farfisa Synthorchestra, pour ne citer que quelques-uns des instruments employés, sont ici convoqués pour relire plusieurs décennies d’histoire de la musique électronique. On pense obligatoirement aux travaux de Delia Derbyshire dans l’atelier de création sonore BBC Radiophonic Workshop, mais aussi, par qui tout le monde jure en ce moment, à savoir, l’omniprésent François de Roubaix.

Hall’ nous fait entrer dans la compilation et nous met dans la peau de ce groupe de touristes américaines découvrant un Paris futuriste dans Playtime de Jacques Tati. On groove sur ‘Criterium’, on se prend à danser sur le kraftwerkien ‘Pressure Drop’. Les ‘Réseaux Atmosphériques’ de Fortin et Hermann nous procurent des rêves de tangerine.

Il fait bon vivre dans ces ‘Espaces Urbains’ dépourvus de toute pollution. On n’y aurait pas cru. Pierre Sansot avait raison. Le label ERR REC aussi.

Damien