Toshio Matsuura Group ‎:: Loveplaydance

Fondateur du cultissime United Future Organization, mettant en pause sa carrière de DJ sous pseudonyme Fantasista, Toshio Matsuura revient aujourd’hui avec un nouveau projet excitant, ajoutant pour l’occasion un « Group » à la fin de son si peu connu patronyme. Pionnier du mouvement acid jazz au Japon, collaborant régulièrement avec Galliano, Monday Michiru ou Skip McDonald, Toshio se retrouve aujourd’hui à la tête d’un groupe qu’il dirige et produit avec maestria ainsi qu’un goût certain pour la prise de risques. Toujours parrainé par le grand manitou Gilles Peterson (Acid Jazz, Talkin’ Loud, Brownswood Records), le Japonais mobilise une équipe de choc pour donner corps à ses fantasmes musicaux : les deux Tom à la section rythmique (Herbert à la basse, Skinner à la batterie), Mansur Brown de Triforce à la guitare, Dan Leavers (Danalogue) aux synthés, Nubya Garcia et Yazz Ahmed aux cuivres.

Ne comptant qu’un morceau original et cinq reprises (sept pour la version CD), ce Loveplaydance suit exactement le fil conducteur de son titre. Démarrant par une réinterprétation toute en sensualité progressive du ‘Change’ de Bugge Wesseltoft (pianiste norvégien tête chercheuse du mouvement future jazz), le all-star band passe à la vitesse supérieure dès sa cover du ‘At Les’ de Carl Craig. Énergie haute et hédonisme orgiaque, cette première tuerie est emmenée par la guitare complètement en apesanteur de Mansur Brown, celle-ci répondant constamment aux appels cuivrés de Garcia et Ahmed. Le jeu au centre de la discussion, un tour de force stylistique qui adapte le style typique de Detroit sans le dénaturer. Où l’on se prend à rêver d’un disque complet de reprises de Derrick May ou Juan Atkins.

S’en suit une baisse de régime orientale sur le High Noon de Kruder & Dorfmeister, mais c’était un peu à prévoir. Manque d’inspiration, matériau de base peu intéressant : c’est probablement la chanson le moins intéressante du disque (insulte suprême : ça a rappelé à Jennie de sinistres souvenirs de concerts à l’Arsenal, le jazz moderne, tout ça). Heureusement, L.M. II, seule composition originale, relève sacrément le niveau après cette petite purge et envoie le groupe dans des sphères futuristes seulement fréquentées par des monstres du type Mouse On The Keys ou St Germain. Une bonne préparation pour cette fin absolument dantesque constituée du ‘Brown Paper Bag’ de Roni Size (le kit de batterie est, pour la peine, repris par Yussef Dayes) et du ‘Do The Astral Plane’ de Flying Lotus. D’un côté, une véritable tornade jungle pop qui rappelle que Lamb a été un bon groupe sur au moins un disque (Fear Of Fours), de l’autre un véritable hymne lounge dansant P-funk en diable que le big band se réapproprie de la plus japonaise des façons (ce break, bon sang), et dont le motif mélodique rappelle étrangement le Benzie Box de Dangerdoom.

Espérons que notre esthète japonais n’en restera pas là et qu’il transformera avec succès l’essai que constitue cet inaugurale tentative de te faire mentalement danser.

Florian