The Wooden Wolf :: Winter Variations Op. 6

Heureux soit celui qui découvre The Wooden Wolf avec Winter Variations Op. 6, son nouvel opus, car il a tout un univers artistique dans lequel se plonger à corps perdu. Un univers que le temps n’abîme pas, qu’il ne rend que plus beau, juste et poignant. En une poignée d’années et de disques, Alex Keiling aka The Wooden Wolf, a construit ce que beaucoup peinent à faire en une carrière : une œuvre authentique.
Winter Variations Op. 6 n’est pas un tournant, ni même une réelle surprise pour les habitués, non. Alex Keiling n’en est pas encore à faire un album avec une fanfare ou que sais-je. Comme son titre pourrait le laisser entendre, ou pas, cet album, comme tous les albums de The Wooden Wolf jusqu’à présent, apparaît plus telle une variation qui s’inscrit dans un ensemble plus large. Un peu comme une vague suivie d’une autre. Ce ne sont pas une seule et même vague mais il est aisé de les imaginer découlant l’une de l’autre, car après tout, elles prennent leur source dans la même eau. Mais si la ressemblance saute aux yeux, les subtilités qui se cachent dans les détails font bien la différence.
Dès les premières notes de ‘Busybeingborn’, on apprécie retrouver cette lumineuse mélancolie, si caractéristique de la musique de The Wooden Wolf, qui en un instant, nous saisit jusqu’à la dernière note du disque. C’est avec un même plaisir également que l’on se laisse une fois encore porter par le violoncelle de Marie Langenfeld qui accompagne toujours aussi délicatement notre folkeux émérite. A leurs côtés Cédric Lemaire (batterie), Adam Lanfrey (basse et chant) et Ben Schmoll (violon) contribuent, avec habilité et une classe indéniable, à parfaire l’ensemble. Alex Keiling sait apparemment aussi bien s’entourer qu’un certain Jason Molina avant lui.
L’atmosphère générale du disque a cette fois-ci quelque chose de plus sudiste, ou américain, peut être tout simplement quelque chose de plus americana que du coutume, tant dans le piano façon Willard Grant Conspiracy sur ‘Broken night’ et ses chœurs ensorcelants, que dans le solo de guitare très blues de Winter ou encore une autre petite envolée guitaristique sur ‘A mouthful of sky’ qui rappellerait presque Lynyrd Skynyrd, pour ne citer que ces exemples là. N’allez pas non plus chercher un disque de cowboy ici, ça n’est pas ce dont il est question. The Wooden Wolf ne fait pas encore dans le rock sudiste mais les influences d’une certaine Amérique profonde sont plus que jamais présentes. Quant au violon, il laisse entendre qu’un Warren Ellis saurait trouver sa place au sein d’une telle formation, mais cela est-ce étonnant ? Preuve d’une classe certaine ? A bon entendeur.
Outre la musique, le disque est superbement habillé d’un artwork mélangeant paroles et dessins, typiquement le genre d’artwork capable de donner sens à l’objet.
Il ne reste plus qu’à espérer que la récente signature de The Wooden Wolf avec le label Deaf Rock lui permette de sortir d’une confidentialité parfois contraignante et toucher ainsi une audience plus large. Il est dommage de voir évoluer dans l’ombre un artiste de cette trempe, bien que, l’ombre a toujours abrité nombre de talents. Pour conclure, une citation de Bukowski qui n’est pas étranger à cette nouvelle pépite de The Wooden Wolf et qui sied parfaitement à l’artiste : « what matters most is how well you walk through the fire ». En la matière The Wooden Wolf sait brillamment y faire.

Jocelyn H.