The Velvet Underground :: 69, année chaotique

© Michael Ochs Archives/Getty Images

1969 est une année charnière pour VU. C’est l’année où le groupe glisse vers une nouvelle identité et un nouveau son. Tout d’abord, le line up change fin 1968, peu de temps avant l’enregistrement du troisième album. Influencé par son nouveau manager, Steve Sesnick, Lou Reed vire John Cale du groupe qui est remplacé par un tout jeune guitariste de Boston fan du groupe, Doug Yule.  La caution arty et expérimentale qu’insufflait John Cale dans la formation disparait. Doug Yule est plus effacé. Et même s’ il apporte quelques touches majeures à certains nouveaux morceaux (Jesus, Candy Says…), il ne fait qu’appliquer ce que Lou Reed lui demande de faire. En plus de cela, il a du mal à s’intégrer dans le groupe. Moe Tucker ne l’apprécie guère et Sterling Morrison regrette amèrement le départ forcé de Cale. Il a du mal à trouver sa place à côté d’un Lou  Reed de plus en plus pris par les drogues dures.
C’est dans ce contexte que le Velvet Underground part loin de New-York pour enregistrer son nouvel album. Il profite d’une tournée à travers les États-Unis pour débuter les sessions d’enregistrements au studio TTG de Los Angeles. Ici-même où une partie de l’album avec Nico a été enregistré. Contre toute attente, tout se passe à merveille. Les guerres intestines qui ponctuaient les relations entre Cale et Reed sont finies. L’ambiance au sein du groupe est plus sereine et calme. Cela s’en ressent directement sur l’atmosphère de l’album. Lou Reed n’a plus vraiment d’adversaire au sein du Velvet Underground et impose sa nouvelle vision des choses. C’est le Lou Reed délicat et fragile d’I’ll  Be Your Mirror qui est à l’honneur. Finies les envolées expérimentales remplies de distorsions. Place au ton introspectif fait d’arpèges clairs. Seul le titre The Murder Mystery rappellera le Velvet Underground d’avant 1969. Dorénavant, Lou Reed connait la lumière (Beginning To See The Light, Jesus), se sent libre (I’m Set Free) et se sent prêt à raconter sa vie (That’s The Story Of My Life) et son amour de toujours Shelley Albin (Pale Blue Eyes). Néanmoins, Lou Reed n’abandonne pas pour autant ses idées sombres en traitant de thèmes aussi durs que le suicide (Afterhours), la perte de la raison (What Goes On), les multiples formes d’amours (Some Kinda Love) et la transsexualité (Candy Says).
Comme pour annoncer un nouveau départ, la formation New-Yorkaise intitule sobrement son nouvel album The Velvet Underground. Moins arty et plus ‘grand public’, de grands espoirs sont placés sur ce troisième album. Et pourtant, les choses ne se passent pas comme prévu. Le troisième disque est reçu comme une incompréhension ‘Les gens qui auraient aimé le troisième album ne l’ont pas acheté à cause des deux premiers, et les gens qui ont acheté le troisième album parce qu’ils avaient aimé les deux premiers ont eu l’impression de s’être fait avoir ‘ (Sterling Morrison). La presse n’en parle pratiquement pas. À cela s’ajoute une distribution mal gérée par MGM. Il est impossible de trouver l’album dans les villes où le groupe joue.
Pour clôturer le tout, The Velvet Underground est blacklisté à NYC à cause de son manque de prise de position politique. L’époque est aux formations psychédéliques contestataires comme Jefferson Airplane, Grateful Dead, Country Joe and The Fish…. Cela fait tâche d’être apolitique à une époque où la lutte politique est omniprésente dans la musique. De ce fait, VU est obligé de jouer ailleurs qu’à NYC. Le groupe passe pratiquement toute l’année 1969 sur les routes. C’est à cette période que The Velvet Underground  est au meilleur de sa forme scénique. L’album live officiel 1969, sorti en 1974, en est le meilleur témoignage. Le groupe profite des jours off pour enregistrer de nouveaux titres car Lou Reed connait une période créatrice comme il n’en a jamais connue auparavant. C’est à cette période qu’il compose Foggy Notion, Coney Island, Andy’s Chest, She’s My Best Friend, Ocean, I Can’t Stand It… des classiques qui ne verront le jour discographique que sur les premiers albums solo de Lou Reed ou bien plus tard sur les albums remplis d’inédits VU (1984) et Another View (1986).

Tous les ingrédients étaient là pour que le groupe devienne ce qu’il est aujourd’hui, à savoir l’une des formations les plus respectées. Mais à cette époque, personne ou très peu de personnes connaissent et parlent du Velvet Underground. On ne pense pas à eux lorsqu’il s’agit de monter les affiches des grands festivals de 1969 (Woodstock, Île de Wight…). Devant ce manque de reconnaissance, et aussi en raison de l’augmentation de consommation de drogues de Lou Reed, MGM lâche le Velvet Underground. Steve Sesnick en profite pour rompre le contrat avec la firme américaine et ‘oublie’ de payer Moe, Lou, Sterling et Doug. Il n’en faut pas plus pour que les tensions refassent surface entre les membres du groupe. Lou Reed déprime et s’isole de plus en plus, malgré les multiples concerts qui s’enchainent. La fin de l’année 1969 voit un Velvet Underground toujours inconnu, pauvre, sans label et dépourvu d’espoirs artistiques. Heureusement pour le Velvet Underground, une ère nouvelle (New Age) arrive très vite en 1970 avec l’album Loaded.

Damien

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