THE KIZAKI ONDO PRESERVATION SOCIETY / CLARK NAITO, SUNDAYS & CYBELE, KIKAGAKU MOYO

THE KIZAKI ONDO PRESERVATION SOCIETY / CLARK NAITO Kizaki Ondo LP (Em)

Troisième volume des Japanese Folk Series d’Em Records (après les incantations de Shigeo Tanaka et le tribalisme du Sakai Ishinage Odori), le Kizaki Ondo célèbre un chant traditionnel originaire de Niigata et transmis aussi bien par des entertainers et travailleurs souterrains que par des prostituées. On le retrouve ici dans une merveilleuse version enregistrée en 1980 (chantée + instrumentale) puis retravaillé en face B par le MC Clark Naito sauce trap light minimaliste. Un concept intéressant qui s’apprécie d’autant plus lorsque la lecture des passionnantes liner notes (on y apprend l’histoire du Kizaki Ondo, sa transmission, sa persistance dans le temps, ses influences et sa compréhension par les jeunes générations) est mise en parallèle de l’écoute. Ces textes, que l’on doit à Takehito Sato et Tokumi Saito (du duo Riyo Mountains), donnent à envisager la musique traditionnelle et folklorique japonaise comme un genre à part entière, doté d’une histoire aussi vaste et passionnante que le métal. Merci EM, je me sens quand même vachement moins con qu’il y a vingt minutes.

SUNDAYS & CYBELE On The Grass LP (GuruGuru Brain)

En parlant de transmission et d’héritage dans la musique moderne, on peut dire que mes loulous psychotiques de SUNDAYS & CYBELE ont bien intégré les préceptes musicaux du Floyd de Dark Side Of The Moon avec leur nouvel album. Intitulé On The Grass, ce dernier fait bien plus que de rendre hommage à un groupe mythique : il le pompe carrément et sans vergogne. Mais là où le rock critic hurlerait au scandale jusqu’à s’étrangler (un exemple à suivre pour nombre d’entre eux), le mélomane curieux tend l’oreille et écoute. Même s’il connaît par coeur le matériau de base, il aime ce qu’il entend. Le culot bigger than life. La maîtrise humble d’un univers codifié. Les quelques touches personnelles apportées à l’affaire (le chant débonnaire – et dans sa langue natale – de Kazuo Tsubouchi, les inversions de guitare et de clavier).
Le message derrière ce disque ? Tout se répète inlassablement. Indéfiniment. Pourquoi essayer d’y échapper ? Les Japonais savent qu’ils ne feront jamais mieux que le plus célèbre disque de rock de tous les temps, alors ils modèlent leur musique à son image. Et c’est beau. C’est intemporel (The End Of Summer). Ca sonne comme un classique jamais sorti et entendu pour la première fois. L’artwork ne trompe d’ailleurs pas. On est bien en présence d’une oeuvre d’art.
C’est cool, les gars.
Vous pouvez continuer à prendre de la drogue.

KIKAGAKU MOYO Masana Temples LP (GuruGuru Brain)

En parlant de drogue…
Bon ça va, je vais pas enchaîner toutes mes chroniques de la même manière. Suffit juste de mater la pochette réalisée par Phannapast Taychamaythakool pour capter la vibe. Suffit de se laisser guider par la production spatiale des Portugais Bruno Pernadas et Tiago De Sousa pour toucher du doigt le sublime. En oubliant de se répéter, Kikagaku Moyo réitère la surprise provoquée par House In The Tall Grass, s’éloigne d’influences parfois trop évidentes (Jade Warrior, West Coast Pop Art Experimental Band) tout en embrassant un « modernisme » assumé (des touches de Dead Meadow, Connan Mockassin et Deerhunter entendues çà et là), et finit par remettre le temple au milieu du jardin bouddhiste.
L’art de la synthèse, ce don qu’ont les Japonais pour le mimétisme, encore !,jusqu’à surpasser les modèles qu’ils imitent. Et sur Masana Temples, ce n’est plus même un groupe mais bien toute une école révérée dont les préceptes sont recopiés (via le titre/clin d’oeil Fluffy Kosmisch). Régurgités sur un lit de soie sonique. C’est doux. C’est space. C’est motorik. C’est mélodique. Ca aurait pu (dû !) être allemand, mais non putain. C’est JA-PO-NAIS.
C’est à se demander comment les types ont fait pour perdre la guerre…

Florian