The Fresh & Onlys « Long Slow Dance » / Wymond Miles « Under The Pale Moon »

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En 2010, The Fresh & Onlys, groupe de rock psychédélique de San Francisco, sortait
sur le label new-yorkais le fantastique EP Secret
Walls.
Ce n’est pas tant que l’on n’avait pas remarqué les qualités du
quatuor dirigé par Tim Cohen sur son disque précédent, Play It Strange, mais disons que sur la foi de cet album, on avait
pris le groupe pour un nème représentant d’une vague de nostalgiques
du garage et du rock psychédélique américain et si certaines de leurs chansons
sortaient de l’ordinaire – le sublime single « Waterfall », par
exemple – on trouvait le groupe plus habile dans sa façon de faire sonner ses
guitares et de créer des ambiances que pour la qualité de son songwriting. Secret Walls, en revanche, était une
autre paire de manches. Les cinq chansons présentes sur ce disque semblant tout
droit sorties d’un disque de pop brumeux des années 80 – The Evening Visits and Stays For Years de The Apartments ou Pacific Street des Pale Fountains, par
exemple – plutôt que d’un bête groupe hédoniste américain comme il en débarque
des dizaines par an, laissait présager une profondeur rarement entendue depuis
les deux premiers disques de The Shins. Deux explications à cette incroyable
évolution de la part des Fresh & Onlys : d’une part, un songwriting
plus raffiné qu’auparavant et, d’autre part, une production plus intéressante
que ce qu’on entendait habituellement chez les new-gazers, adeptes du noyage
sous des tonnes de reverbs de sons un peu bruts, avec voix enfouies et tout le
barnum. De là, on pouvait imaginer deux évolutions possibles pour le
groupe : soit un raffinement dans l’écriture encore plus accentué, soit une
direction plus expérimentale, s’orientant vers des ambiances brumeuses et des
chansons plus sombres. Ces évolutions, en réalité, on les retrouve aujourd’hui
simultanément, mais dans deux disques différents, l’un signé par les Fresh
& Onlys eux-mêmes et l’autre sorti un peu plus tôt cette année par leur
guitariste Wymond Miles.

Commençons donc par évoquer Under The Pale Moon, l’album de ce dernier. Wymond Miles, qui ne
participe pas à l’écriture des morceaux de The Fresh & Onlys, dominés
principalement par la plume de Tim Cohen, est pourtant celui qui avait produit
leur EP chez Sacred Bones et ce n’est peut-être pas un hasard si c’est sur ce
même label qu’il sort désormais ses œuvres en solo. On avait écouté il y a
quelques mois un premier EP, Earth As
Doors
, et sans pouvoir affirmer avoir été déçu, on croyait que ce format
court composé de morceaux acoustiques dérivatifs annoncerait un disque
difficile et hautement expérimental. Que nenni ! Under The Pale Moon, en réalité, est plutôt un disque simultanément
sombre et épique dont le son n’a rien de vraiment américain mais rappelle
plutôt les grandes heures d’Echo and The Bunnymen à l’époque d’Ocean Rain. Certes, Miles n’a pas la
profondeur de la voix de Ian McCulloch, mais il sait néanmoins habiter ses
chansons avec puissance et sincérité. Le résultat est un disque tendu et un peu
gothique, dominé par des guitares arpégées et des ambiances sépulcrales dont
émergent quelques titres magnifiques, notamment « Pale Moon » et
« Run Like The Hunted ». On sent que le songwriting du guitariste se
fait au plus près de l’os et que ces chansons intimistes expriment le moi
profond de leur géniteur. C’est beau, très beau même, et si plusieurs écoutes
sont nécessaires avant de totalement intégrer des textures sonores  parfois alambiquées, le disque devient avec
le temps d’une rare évidence.

Si Wymond Miles fait des merveilles en solo, il n’est
pourtant pas en reste sur Long Slow Dance,
le nouvel album des Fresh & Onlys. À l’inverse des ambiances brumeuses de Secret Walls, Tim Cohen et sa bande ont
décidé d’explorer la facette la plus pop de leur répertoire en insistant sur
des mélodies lumineuses et sur des guitares claires ou demi-claires, sonnant
d’une manière claquante et optimiste dans la veine d’un Peter Buck ou d’un
Johnny Marr. Ça claque dès le départ avec le très accrocheur « 20 Days and
20 Nights » qu’on aurait pu imaginer sur un disque des Smiths, si
Morrissey n’avait pas été cet éternel adolescent revêche et dépressif. Plus
loin, avec le morceau-titre, le groupe propose une ballade imparable dont la
mélodie reste longtemps ancrée dans la tête. Si vous vous êtes déjà demandé à
quoi ressemblerait un titre de R.E.M. interprété par Calexico,
« Executioner’s Song », qui ouvre la face B, vous fournira un début
de réponse. Vers la fin du disque, sur « Foolish Person », Tim Cohen
livre une pop song un brin tordue avant de lancer son groupe dans des
cavalcades noisy dignes de Ride. Long
Slow Dance
, s’il n’a peut-être pas le feu sacré de l' EP précédent, est
néanmoins un grand disque de pop et un vrai sans-faute du point de vue
mélodique. La production, plus raffinée, laisse enfin entendre le baryton de
Tim Cohen dans toute sa clarté et le disque gagne ainsi en puissance comme en
émotion ce qu’il perd en caractère bricolo et artisanal.

            Le résultat est qu’avec ces deux
sorties, les membres des Fresh & Onlys nous permettent de couvrir une
palette émotionnelle et musicale riche : folk gothique et veine intimiste
pour le très beau Under The Pale Moon,
pop efficace et mélodies lumineuses pour le tout aussi réussi Long Slow Dance. On espère que cette
saine émulation/complémentarité entre le groupe et son guitariste saura se
poursuivre pendant encore quelques temps.

Yann Giraud

The Fresh & Onlys / Wymond Miles