The Execute :: The Antagonistic Shadow

Ça va forcément te filer un coup de vieux, mais tu ne pourras rien y faire : The Antagonistic Shadow est sorti pile poil il y a trente ans. A l’heure où tu jouais encore avec tes GI Joe, ce bon vieux Lemmy (à ne pas confondre avec la défunte bedaine à pustules) s’affairait en effet à écrire, dans une confidentialité toute insulaire, l’une des pages les plus passionnantes de l’Histoire du punk japonais.

Les débuts sont viscéralement punk.
1983, the year Japcore broke.
Kuro, Nurse, Masturbation.
The Stalin sortait un troisième album de feu.
G.I.S.M. donnait naissance à son monument Detestation.
J’en passe et des sueurs (froides).
The Execute emmanche une poignée de EPs bordéliques sur DOA Records ou Hit Parade (sans en atteindre son sommet) puis tape dans l’œil de Pushead pour un mémorable split avec Inferno sur son mythique Pusmort.
Côté line-up, les membres vont et viennent : Chelsea gratouille dans le groupe à partir de 1986 (on reconnaît le souffle épique de son riffing sur The Omen Of Fear) avant d’aller violenter le monde avec Death Side et Paintbox, des gaziers de Laughin’ Nose ou Gastunk complètent les rangs. Si la stabilité fait défaut, la rage est, elle, bien présente. Car il existe bien deux Execute très différents l’un de l’autre. Un cas d’école fait schisme, en somme.

Avec le temps, les influences goth et death rock se font de plus en plus sentir. Christian Death et New Model Army sont clairement passés par la sono de notre célèbre homonyme. Un an auparavant, les Swankys ralentissaient le tempo et balançaient leur poétique Never Can Eat Swank Dinner sur l’Archipel (merde, même la légende du punk mosellan, Yves Béchon – qui officie actuellement à la Fnac de Nancy, tu pourras lui parler de ce disque – en est tombée amoureuse). 1988 voit donc The Antagonistic Shadow exploser à la face d’un monde qui n’a pas encore vu les murs s’écrouler et les chars s’immobiliser. Et bordel, que le choc est grand…

De ses années de cavalcade effrénée, The Execute semble avoir fait table rase. Entre des 7′ de 12 minutes et cet unique album de 53 minutes, peu ou prou le même nombre de morceaux. Des chansons qui s’étirent et se teintent d’un noir couleur corbeau, un rythme qui ne s’excite qu’en de rares occasions (‘Mental Play’), une basse qui se fait discrète tout en restant solidement présente (non mais sérieusement, t’as déjà rencontré unE mauvaisE bassiste au Japon ?), se mettant au service de riffs tout bonnement ébouriffants. Un peu le coeur de la composition du groupe, l’essence de The Execute. Aux côtés de Chatara (tout bonnement fascinant dans son rôle de leader aux vocaux tourmentés), Lemmy sort ce qu’il a de plus sombre et romantique en lui, et fait cohabiter arpèges héroïques, attaques punk salvatrices et arrangements d’une simplicité fulgurante (la guitare acoustique d’ ‘Escape’ tient du génie pur). Si elles rappelleront (en vrac) Southern Death Cult, The Mission, Killing Joke et les Sisters Of Mercy, il faudra malgré tout se rendre à l’évidence : chaque chanson est un putain de tube en puissance. De la riffaille tourbillonnante de ‘Dead Can Dance’ aux chorus tragiques de ‘Kyoto Lover’ en passant par les vertus pop très T.S.O.L. de ‘A Thousand Passion’ et la folie d’un titre tel que ‘The Human Of The Ghoul ‘ (les morceaux étaient jusqu’à présent bien trop correctement anglophones pour être honnêtes, fallait évidemment tout foutre en l’air avec une syntaxe complètement merdique), y’a clairement rien à jeter dans ce joyau noir qu’est The Antagonistic Shadow.

Le groupe splittera ensuite dans l’indifférence générale. Chatara ira poursuivre son travail de sape gothique dans Geizz tandis que Lemmy disparaîtra purement et simplement de la circulation pour réapparaître à la fin des années 2000 avec Darkcell. Qui a dit « talent gâché » ?

Florian