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Londres Novembre 2018. Près de King’s Cross, le pub Water Rats accueille une soirée dédiée à Adam Ant. Dans le public, d’anciens musiciens côtoient des membres de l’Ant-Army. Les Perfecto tagués et ventres bedonnants ont depuis longtemps remplacé les vestes Lafayette et les maquillages outranciers. Evidemment, nulle trace du king Adam. La vénération des fans suscite bien des questionnements. Marc Dufaud y répond à travers un ouvrage consacré au chanteur Britannique. L’auteur, qui connait actuellement une belle actualité avec son long métrage sur la vie de Daniel Darc Pièces Of My Life – et dont un nouvel ouvrage consacré à Elvis Presley est annoncé -, s’est pris d’affection pour ce personnage original de la musique britannique des années 80. Dans son livre Adam Ants : The Last Punk Rocker (Camion Blanc), Dufaud retrace avec élégance, le parcours de ce jeune homme qui sort très vite du lot quotidien d’une jeunesse anglaise quelque peu désemparée dans ces années 70. Adam se prend très vite d’affection pour David Bowie et le glam rock tout en ayant une foi inébranlable pour le rock & roll. Le punk le rattrape vite, question de génération. Il fréquente l’entourage des Sex Pistols et leur manager Malcom Mc Laren, pour le meilleur et le pire. Encouragé et managé par Jordan qui bosse dans la boutique Sex tenue par la styliste Viviene Westwood, il se forge un look original au croisement d’un look 18 ème siècle au maquillage Sioux qui plait aux nouveaux romantiques. Il croise le chemin du guitariste Marco Pironi, déjà vu avec Siouxsie and the Banshees. Sur scène l’attitude est provocatrice même si la musique chemine entre guitares rockabilly et rythmes tribaux. C’est toute l’originalité d’Adam & The Ants : emprunter les tambours du Burundi et les coller au rock. Le succès est fulgurant, Adam devient une icône rock au même titre que Billy Idol en se rendant disponible dans les médias pour teenagers et en sur jouant de son sex-appeal. Il provoque ainsi l’ire de ses anciens compagnons et de journalistes influents. Enfin pas pour tout le monde car Mc Laren profite des tergiversations et débauche la section rythmique des Ants et créé Bow Wow Wow véritable ersatz du groupe d’Adam. Pas rancunier, Adam continuera à fréquenter et à respecter le félon manager. Et puis sa carrière connaîtra un succès de moins en moins fréquent, navigant entre trouble de la personnalité, dépressions, disparitions et retour toujours flamboyant. Les années 2000 marqueront une réformation qui connaîtra un vrai succès en Angleterre et aux US où il est quasi vénéré par toute une génération qui fait perdurer la Ant-Army. La bio, très bien écrite reste évidemment bienveillante et se concentre sur sa carrière de musicien. Par contre l’écoute des disques d’Adam & The Ants s’avère être pénible. Ce qui n’est absolument pas le cas de Jeffrey Lee Pierce. Marc Sastre se penche sur le parcours haut en couleur du chanteur du Gun Club, véritable légende du punk du bayou américain et se focalise sur les influences blues de la formation de Los Angeles. Parti pris réaliste, car Pierce terminera sa carrière en reprenant et en jouant du blues écorché, mais qui fait l’impasse sur l’importance du punk, du mouvement gothique ou new wave sur le Gun Club et leur public. Chaque album est décortiqué, la vie d’errance de Jeffrey y est suggérée et se le livre se termine sur la disparition prématurée du musicien américain en 1991, physiquement au bout du rouleau. Soit tout l’inverse de la vie de Johnny Marr, guitariste des The Smiths, groupe qui se démarquera au milieu des années 80 par une pop à la ligne claire et mené par le désormais sulfureux chanteur Morrissey. A travers cette biographie, Set The Boy Free (Le Serpent A Plume), le lecteur plonge dans l’Angleterre d’après guerre, ou le jeune Marr rêve de guitares, écoute des groupes sixties motown et soul. La partie la plus intéressante est sa rencontre avec le futur chanteur et la vision en commun de ce que devra être The Smiths. Le gars est sympa avec tout le monde, même avec les ex membres du groupe avec qui il était en procès et positive malgré la séparation du groupe mancunien en 1988. J.Marr se penche sur les groupes d’après : Electronic avec B.Sumner de New Order et Neil Tenant des Pet Shop Boys, ses très nombreuses et fructueuses collaborations – fin 80’s le must était d’avoir Marr sur un titre- et enfin son intégration, à la surprise générale, dans le groupe Indé américain Modest Mouse. Hygiène de vie au top, végétarien, Marr parcoure la planète avec sa formation perso, joue des titres de The Smiths, rêve secrètement d’une reformation. Un brave gars sympa comme le rock anglais ne doit pas rencontrer souvent et qui ne sait faire qu’une chose : jouer de la guitare. Tout comme Robin Guthrie des Cocteau Twins. Jean Christophe Manuceau leur consacre une biographie Des Punks Célestes (Camion Blanc). Formation culte s’il en est, le trio originaire de Grangemouth en Ecosse, révolutionne la new wave ou le post punk en inventant un style qui mélange des sons new wave avec la dream pop. Le chant exceptionnel d’Elizabeth Fraser survole la concurrence et envoi l’auditeur directement dans un cosmos sonore ou les rêves en couleur côtoient les ombres inquiétantes et rassurantes à la fois. Dès leur rencontre, le couple aura une approche atypique renforcée par leur signature sur le label anglais 4AD, avec qui il partage les mêmes goûts graphiques et sonores. D’albums en albums, Cocteau Twins devient un des fers de lance du mouvement batcave. Mais a la grande différence de ses contemporains – qui adaptent souvent un glam rock à l’imagerie gothique-, ils créent un univers onirique ou l’évasion est facilité par les vocalises soprano de Fraser. Pas à l’ abri d’excès, le groupe vivra mal le succès de This Mortal Coil, super collectif réunissant quelques musiciens de l’écurie 4AD et son boss Ivo, auteur d’un album somptueux dont un titre interprété par Robin Guthrie et Fraser se classera dans le top. L’auteur décrit avec tact la relation compliquée de la chanteuse avec ses textes que la presse et les détracteurs/concurrents ne tarderont pas à qualifier d’incompréhensibles. La séparation du groupe au milieu des 90’s confortera Guthrie dans son rôle de producteur respecté (Gun Club, Lush) et il s’installera en France. Fraser collaborera avec succès avec Massive Attack. En 2015, elle annulera au dernier moment la reformation tant attendue au festival américain Coachella, laissant un goût amer à ses acolytes et au public, confirmant sa fragilité face à la pression. Fraser a beau être une des voix les plus caractéristiques des années 80, elle ne figure pas dans l’ouvrage Girls Rocks (Nil Edition) de Sophie Rosemont consacré aux femmes dans la musique rock. La destinée de 124 artistes est passée au crible, afin de bien faire comprendre qu’elles se sont faites toute seules et uniquement grâce à leurs talents. Adoptant une approche volontairement féministe, la journaliste s’étend sur leurs biographies et invite certaines artistes contemporaines (Fishbar, Calypso Valois..) à donner leurs avis. Selon les cas, l’auteure s’épanchera plus ou moins longuement (Blondie, Janis Joplin, Courtney Love, Tina Turner) ou passera rapidement sur leurs biographies (Corinne Mariennau, Suzanne Vega, Beth Dildo) tout en faisant l’impasse sur les djs (Chloé, Sextoy). La revue Trax ne les a pas oubliée, dans le livre consacré au 20 ans de Musique Electronique (Hachette édition). Témoignages et portraits se télescopent tout au long de ce bel ouvrage, qui revient sur les relations très compliquées entre organisateurs de raves avec le législateur. Des technologies au graphisme, une préface signée Jack Lang, photos, des focus sur Garnier, Miss Kittin, The Hacker, Winter ou Gilb’r entre autre, les clubs cultes (L’Enfer, Le Pulp, Rex Club..), pochettes de disques, Trax fait un tour complet de bien belle manière de la galaxie musicale électronique qui a débuté avec le vinyle maxi.
Justement Trente-trois Tours (Mediapop Editions) regroupe les pochettes de disques revisitées par un couple de rockeurs alsaciens. C’est le défi qu’Elio et Joelle Falcone aidés par leurs enfants ont relevé en se photographiant en parodiant les pochettes de vinyles de leur choix. Agrémenté de textes revenant sur certaines de leur aventures rock & roll, l’ensemble est touchant et ne souffre d’aucune comparaison. Un volume consacré aux 45 t est annoncé.

Mathieu M