« The Book I Read »

La France et Johnny Thunders, une histoire d’amour qui a duré une bonne dizaine d’année. C’est que le guitariste des New York Dolls et des Heartbreakers a trouvé refuge à Paris quand New York et Londres  lui tournaient  le dos à la fin des années 70. Thierry Saltet a regroupé les  témoignages de  managers, boss de label, organisateurs de concerts et de musiciens l’ayant côtoyé. Il revient  sur la première apparition des New York Dolls à l’Olympia en 1973 et nous décrit le fameux  concert des Heartbreakers au Bataclan en 1977.  Arrive la période solo ou Johnny T. s’entoure  de musiciens issus de la scène Punk-Rock parisienne comme Henry-Paul, Octavio, Freddy Lynxx, des ex Asphalt Jungle ou encore Marco bassiste d’Oberkampf. Le Gibus deviendra son terrain de jeu, il lui arrivera de faire patienter son  public des plombes avant de se présenter sur la petite scène. Évidemment jouer avec un musicien qui aime la poudre n’a rien d’une sinécure et le guitariste New Yorkais pouvait se comporter autant de manière erratique que bienveillante. Mais en tant que professionnel, il honorait tous ses concerts, quelque soit son état et tous s’accordent à dire quel guitariste exceptionnel il était. L’ouvrage croustille d’anecdotes et comporte un superbe cahier photos. L’histoire se terminera de manière tragique en 1991, John Anthony Genzale Jr sera retrouvé sans vie dans un hôtel de La Nouvelle Orleans.  Vu son état de santé,  on peut supposer qu’il n’aurait pas fait long feu. Dans la famille des toxicomanes, je demande Nico, qui comparée à Johnny T. , n’avait rien de flamboyant. C’est ce que rapporte James Young, jeune pianiste étudiant la philosophie à Oxford, dans son témoignage intitulé Nico The End. Recruté par l’ex chanteuse du Velvet Underground et le manager Alan Wise, il passera six années à l’accompagner sur les petites scènes Européenne et participera à l’enregistrement de l’album Camera Obscura. Des moments glorieux , il n’y en aura pas beaucoup. Et c’est  une lente descende en enfer pour tous ceux qui s’en approcheront. Tournées foireuses avec  un public qui venait pour les trois titres qu’elle chantait sur le premier album du Velvet Underground. Le groupe était complètement fauché et survivait  à Manchester ou Brighton, l’héroïne menait la danse macabre. La description  est sans pitié et malgré quelques pointes d’humour noir, la lecture met mal à l’aise. James Young concédera  que Nico n’était touchante que  lorsque elle se trouvait  seule sur scène avec son harmonium. Le temps de quelques  chansons, sa voix glaciale  irradiait  l’espace confiné des clubs. Alors que visiblement Nico allait  mieux, elle décédera de façon inattendue à Ibiza en 1988. Justement cette île sulfureuse, Helen Donlon lui consacre un bel ouvrage dans La Face Cachée D’Ibiza, de Nico aux clubs Techno. Elle revient sur l’histoire underground d’Ibiza, démarrant par la scène Jazz, puis Beatnik pour terminer avec la scène Rave et House.  Les premières soirées de musiques électroniques au Ku et au Pacha y sont bien décrites et se prolongent  dans les plus grands clubs de l’ile du Space  à l’ Amnesia avec ses Djs stars : Erick Morillo, Carl Cox  ou encore David Guetta. Elle n’oublie pas ces petits bars ou clubs intimes où poètes, beatniks, artistes, rockeurs et clubbers refont le monde autour d’un verre et quelques pilules. Un beau plongeon dans les méandres de fêtes démesurées dans des clubs devenus de véritables industries à cash  et  des  fêtes privées dans des  villas situées dans l’arrière-pays. Les gens raffinés y côtoient les mafias familiales qui se livrent une guerre sans merci pour le contrôle de la nuit. Helen D  cite la ville de  San Antonio,  soeur trisomique d’Ibiza, ou les drapeaux à l’effigie des villes anglaises s’affichent aux balcons durant l’été. Plus populaire et directement connectée  à la House anglaise, proche de l’esprit  Hacienda de Manchester, les ambiances y sont plus sauvages surtout à l’Es ParadiseTerrenal, discothèque à la forme pyramidale. Toujours à San Antonio, le Café Del Mar assure les warm up sur des rythmes House Tropicale toujours avant-gardiste. Le plus important reste la musique, quand bien même  le meilleur côtoie  le pire. Un peu comme  dans la biographie de David Keenan consacrée à trois formations déviantes britanniques: Coil, Current 93 et Nurse WithWound. Intellectualisant trop le propos, il dépeint  la philosophie qui anime ces musiciens. Soit un ésotérisme proche du Thee Temple OvPsychickYouth (Topy) pensé par Genesis P Porridge (Throbbing Gristle, Psychic Tv). Les noms d’Alisteir Crowley, de l’Église de Satan  mais aussi de William S. Burroughs reviennent souvent et l’auteur insiste sur l’épanouissement de l’individu grâce à la magie dans la réalisation de leurs fantasmes et son accès à une liberté totale dont la sexualité se doit d’être innocente et sans limite. Le bouquin s’adresse avant tout aux fans hardcore avertis. La discographie y est pléthorique et un non initié aura du mal à s’y retrouver. Mais qu’importe, l’histoire à la fois passionnante et terrible, est opportune dans une époque où les artistes aussi anticonformistes ne sont plus légions. Original, Lucas Trouble l’était assurément. A la tête du Kaiser Studio situé en Bourgogne  profonde, ce chaman du son Garage – Psyché a enregistré un nombre incroyable de groupes. SynedTonetta nous parle de sa carrière d’organiste dans des formations New Wave comme Tango Luger, pop garage ou Neo sixties avec les Vietnam Veterans. Ces derniers furent sans doute le projet le plus abouti de Jean-Luc Taccard – son vrai nom- mais n’a pas connu le succès en France alors que la scène Garage Sixties connaissait un beau succès en France durant les 80’s à travers notamment des groupes du coin comme les Snipers et Calamités. Franc du collier et borderline, il suscitera l’admiration de toute une scène et gardera des rancunes tenaces contre certains groupes dont il estimera n’avoir pas eu le retour de pièce comme Dionysos. Jusqu’à sa disparition le 1 avril 2016, il sera fidèle au son analogique et au vin de Bourgogne. Grosbert-Le-Malfrat c’est plus tôt  la Kro. Initiateur du fanzine Strasbourgeois Fraction Waw Limited  (1982-1983), il était aussi le guitariste d’un des plus grand groupe que l’Alsace ait enfanté, les terribles A Bomb , responsable d’un 33t de Hooligan Punk Rock « From Memphis to Detroit » dont Jeffrey Lee Pierce du  Gun Club, Patrick Eudeline ou Jello Biafra des Dead Kennedy’s étaient de fervents admirateurs. On y retrouve des bandes dessinées  retraçant l’actualité de la scène rock locale, des  annonces de concerts et chroniques de disques du début des années 80. Et une interview absolument jouissive de Grosbert rassemblant ses souvenirs avec A Bomb , qui  est  au punk rock ce que la jambe de bois est au Cambodge : incontournable. Une partie est aussi consacrée à Aurillac et sa scène Punk. On y croise donc les activistes dont faisaient partis JB Ossang (écrivain et cinéaste Punk) et son groupe MKB Fraction Provisoire. On se marre en parcourant cette réédition de Fraction Waw Un-Limited augmentée d’interviews, poster  et photos. Avec un seul mot dans la bouche : distroooooy.

Mathieu M.