TENTENKO x SHINICHI ATOBE x EVISBEATS

TENTENKO Cutie LP (Toothpaste)

La bête s’est faite tellement attendre qu’on a l’étrange impression qu’elle s’est tapée le voyage depuis les années 80 pour enfin arriver jusqu’à nous. Enfin oui mais non, pas totalement. La petite Tentenko, probablement née à l’orée des 90’s, s’est en fait beaucoup plus nourrie d’une esthétique (cf la VHS de Good Bye Good Girl ainsi que la pochette du single sorti chez Narisu en 2017) que d’une musique typique pratiquée à l’époque de la Bulle Economique. Tout du moins, sa synthpop se réclame en vérité moins de la domestique city music en vogue dans les boîtes de Roppongi que d’une forme exacerbée de new wave viscéralement tricolore. En résulte alors un disque intéressant et fun, n’hésitant jamais à poser son cul entre deux chaises et quelques singles déjà connus (Robot, Good Bye Good Girl).
La patine kitsch française est là, c’est un fait (un Hoshi No Densha très Vladimir Cosma ou ce Kiken No Highway qui fait la nique à Edith Nylon). Elle hante le disque de fond en comble. Fort heureusement, Tentenko sait aussi nous pondre des tubes étranges et décalés comme seul le Japon peut en produire (l’incroyable Jiro composé par Jintana, Hokago Sympathy et ses allures d’opening déglingué, le dynamique Kuruma-Joshi Seki School). Très cool. Juste dommage que le son ne soit pas à la hauteur des morceaux (c’est beaucoup trop agressif pour un album intitulé Cutie), j’aurais aimé quelque chose de plus rond et profond. Un détail. Et en tout état de cause, je souhaite une vie très longue à Toothpaste, Phil et Johnny !

SHINICHI ATOBE Heat 2LP (DDS)

C’est l’histoire d’un DJ de Saitama qui ne veut pas qu’on le contacte. Il sort un premier maxi en 2001 sur Chain Reaction puis disparaît de la circulation. Des types se lancent à sa recherche sans trop de succès, puis finissent par le retrouver au bout de 13 ans. Depuis, c’est la profusion d’enregistrements. L’ermite est sorti de sa grotte, plus rien ne pourra l’arrêter. Heat est son nouvel album. Shinichi Atobe est son nom. Et c’est pas un teubé, non non non. Son disque est arrivé au label par la Poste, sans un mot. Le type s’en fout complètement, ça force le respect. Sa techno fortement teintée de deep house joue des coudes avec celle de Skee Mask, Sotofett ou Convextion. Elle fait danser mais pas trop. C’est tour à tour physique et mental, ça souffle le chaud puis le froid. C’est intensément répétitif, mélodiquement beaucoup plus riche que la moyenne (du peu que je connais dans le genre, s’entend) et ça passe tellement rapidement qu’on revient vite à la première face comme si on ne l’avait jamais écouté.

EVISBEATS Hitotsu Ni Naru Toki 2LP (Amida)

Les rythmes d’Ebisu sont à l’image du quartier qui inspire les morceaux composés par Akira Yoshimura : tran-quille! Pas surprenant qu’il ait choisi ce patronyme en l’anglicisant (« evis » se prononce « ebisu »en japonais). Le MC/DJ fête aujourd’hui dix ans de carrière avec un nouvel album (on en reparlera plus tard) tout en repressant son classique de 2012 dont le titre signifie quelque chose comme « devenir numéro 1 ». Bon, étant donné la concurrence féroce dans le genre à l’heure actuelle, j’ai quelques doutes quant à la réalisation de cette prophétie. En revanche, si tu aimes le hip-hop sympa, à l’aise dans ses baskets, qui te donne envie de chanter avec les bras en l’air comme si les années 90 c’était encore tout juste hier, cet Hitotsu Ni Naru Toki est fait pour toi. Parfait mélange de reggae light, de soul chamarrée, de funk ensoleillée et de boom bap à la cool, doté de samples accrocheurs puisant leurs sonorités aux quatre coins du monde, mis en voix par notre capo mais aussi Dengaryu (le gangster à la peau mat de Stillichimiya) et Chiyori, ce second opus aux tubes nostalgiques est un disque tout ce qu’il y a de plus japonais.

Florian