Tenderlonious :: The Shakedown

Depuis quelques temps, le jazz connait un regain d’intérêt. Mais le plus important c’est qu’il connait un renouveau notamment grâce à quelques musiciens de talent venus tout droit de la Perfide Albion. Parmi eux, on retrouve Shabaka Hutchings (Your Queen Is A Reptile -Impulse! ), Joe Armon-Jones (Starting Today – Brownswood Recordings), Yazz Ahmed (La Saboteuse – Naim Records), Kamaal Williams (The Return – Black Focus) et celui qui nous intéresse ici Ed « Tenderlonious » Cawthorne.

Ed « Tenderlonious » Cawthorne est un autodidacte qui commence dans la musique en apprenant le saxophone simplement parce qu’il aime la photo d’un album de Yuseef Lateef. Tout comme son influence majeure, il se tourne très vite vers la flûte traversière et c’est avec cet instrument qu’il est en train d’écrire une nouvelle page du jazz anglais.
Pour son premier album, Tenderlonious s’est entouré du groupe 22archestra – la référence à Sun Ra ne surprendra pas les habitués du genre – le groupe maison de son propre label 22a dans lequel jouent le claviériste Hamish Balfour, le bassiste Fergus Ireland et l’ancien collaborateur de Kamaal Williams, le batteur Yussef Dayes.
Sa musique est un jazz hybride dans lequel on retrouve aussi bien du hip hop, de la musique africaine et des sons brésiliens.
Les cinquante-cinq minutes de The Shakedown ont été enregistrées en seulement huit heures dans les studios d’Abbey Road. Cette information place d’emblée le disque dans le même cadre de référence que les grands disques de jazz, enregistrés dans des circonstances similaires au cours des années soixantes et au début des années soixante-dix. Cela montre aussi qu’un groupe sous pression peut faire des miracles comme cet ‘Expansions’ qui ouvre The Shakedown tout comme l’album du même nom de  Lonnie Liston Smith & The Cosmic Echoes. Un hasard ? Pas vraiment lorsque l’on sait que toute cette nouvelle scène redécouvre les maîtres incontestés du jazz funk et du cosmic disco. ‘Togo’, avec ses rythmes africains proches de ceux de Fela Kuti, est un des sommets de l’album. ‘Maria’ permet à la bande de Tenderlonious de s’offrir une petite virée sur les plages de Copacabana.The Shakedown’ aurait très bien pu figurer dans Bitches Brew de qui vous savez. ‘SV Interlude’ et ‘SV Disco’ sont des hommages au groupe Slum Village.
Réduire The Shakedown à une somme de références permet tout juste de se rendre compte de la maîtrise que l’anglais a à composer des morceaux passionnants en compagnie de sa bande de franc-tireur.
The Shakedown couvre donc un large spectre musical. Certains musiciens pourraient se perdre à prouver leur talent en montrant tout ce qu’ils savent faire. Ce n’est pas le cas de Tenderlonious qui nous épate et éclabousse de son génie à chaque écoute de son premier enregistrement plus que réussi.

Damien