Télémaque en interview

La Haine ordianaire
Première signature rap du label messin Kito Kat Records, Télémaque s’apprête à sortir son second EP La Haine Ordinaire. Bien plus qu’une simple confirmation de ce que l’on était en droit d’attendre de lui depuis l’inaugural Groupie, Télémaque s’émancipe et se forge un style propre. Brassant la musique électronique, la pop et le hip hop classique, La Haine Ordinaire échappe à toutes les règles à grand renfort de textes percutants.

En prémices d’une release party, en compagnie de La Caution qui s’annonce déjà pleine de surprises le 9 juin aux Trinitaires de Metz (et pour laquelle on vous fait gagner des places), Télémaque s’est prêté au jeu des questions/réponses et revient sur la genèse de La Haine Ordinaire, ses différentes rencontres et sa manière d’écrire.

Concours : Pour gagner des places pour cette soirée à ne pas manquer, il vous suffit juste d’envoyez un mail avec vos nom et prénom à l’adresse groundcontrol@orange.fr. Les gagnants seront tirés au sort et prévenus vendredi 8 juin par mail.

Ton premier EP, tu l’as écrit dans un laps de temps très court. Comment s’est passée l’écriture de La Haine Ordinaire ?

 Ça s’est passé progressivement. Quand j’ai commencé a travailler les live avec Cadillac, on se voyait une fois par semaine pour répéter. Et c’est d’abord dans ce cadre la qu’on a commencé a faire des nouveaux morceaux. On avait besoin d’étoffer le set. Au bout de 3 mois, on s’est rendu compte que dans ce qu’on avait bossé, on avait 3 ou 4 morceaux assez cohérents qui pouvaient servir de base a un projet sur disque. Contrairement au 1er EP, les textes n’ont pas été écrit dans l’urgence, et abordent différents thèmes la ou Groupie ne tournait qu’autour d’un seul. On a aussi joué les titres en concert avant de les enregistrer, chose que je n’avais pas pu faire sur le précèdent disque, et ça nous a permis de voir les choses qui fonctionnaient bien et de nous concentrer dessus.

 
Sur Groupie, tu avais demandé à plusieurs de tes connaissances de faire la musique. Aujourd’hui, c’est Cadillac qui met en son tes textes ? Comment s’est effectuée votre rencontre ?

 Cadillac faisait des sons pour un pote à moi qui avais un projet qui s’appelait Radio 22. Et ce pote me dit un jour qu’il lui a fait une prod qui serait parfaite pour moi. Je l’ai écoutée, elle m’a plu, je suis allé chez Cadillac pour enregistrer le truc et ça a donné L’Ambition, qui est le 1er titre sur lequel nous avons collaboré. Il venait de s’acheter une MPD et il passait son temps a taper des beat comme un gamin. De la, je lui ai proposé de m’accompagner sur scène pour jouer les titres live. Pour ne pas avoir simplement un DJ qui passe les disques derrière moi. Çà a un bien fonctionné et on est parti la dessus. On a bien aimé composer ensemble et si c’est lui qui produit tous les sons de ce disque, c’est parce qu’on a passé beaucoup de temps a préparer les premières parties que l’on a eu l’occasion de faire cette année. C’est arrivé naturellement.

Télémaque
Une des principales critiques de ton premier Ep, c’était ta voix qui n’était pas assez mise en avant. Sur quoi s’est portée ton attention lors de l’enregistrement de La Haine Ordinaire ?

 Déjà les conditions d’enregistrements ont été radicalement différentes. Plus de temps, plus de moyens, plus de matériels. Avoir fait des concerts m’a aussi permis d’assumer un peu plus ce que je fais, ce qui n’étais pas forcement le cas avant, et de m’affirmer. Sur Groupie, personne n’attendait quoi que ce soit, j’avais l’esprit tranquille. La je savais qu’il fallait qu’on sorte un truc bien propre. Je voulais surtout que la production mette en valeur les chansons. On a tout fait nous même, de la composition a l’enregistrement jusqu’au mixage et au mastering. Et je trouve que Cadillac a fait un super boulot. Il a su tenir compte de mes envies tout en ajoutant sa touche personnelle. Je pense qu’on est très complémentaire.

Sur La Haine Ordinaire, on retrouve plusieurs featuring. Un avec Spitch avec lequel tu as déjà joué sur Groupie, et un autre  avec le groupe folk The Yokel. Comment en es-tu arrivé à jouer avec eux ?

Spitch est un vieux copain de lycée. On avait un groupe ensemble, Champloo, dans lequel il y avait aussi Capsule aux platines. Même si on a plus rien fait en tant que groupe depuis quelques années, je continue a faire de la musique avec lui régulièrement et c’est lui qui m’accompagne sur scène. C’est un rappeur excellent, avec un style unique, et il serait temps qu’il se bouge un peu pour faire un truc rien qu’à lui.

Pour The Yokel, c’est un peu la même histoire. Je connais Tibo, le chanteur, depuis un moment. Quand il a commencé The Yokel avec Lulu, ils enregistraient également chez Cadillac. L’envie de faire un morceau ensemble est venue du fait que j’aimais beaucoup ce qu’ils faisaient, et apparemment, c’était réciproque. Le morceau présent sur l’EP a été réalisé en une seule soirée, l’été dernier. Entre temps ils nous ont accompagnés lorsque l’on a fait une date entièrement acoustique et je ne serais pas surpris que d’autres titres avec eux voient le jour dans le futur.

 

Le format pop c’est quelque chose vers lequel tu pourrais un jour te diriger ?

Je ne sais pas trop. Si je juge qu’une chanson est bonne, le format m’importe peu. Je suis capable de m’extasier de la même façon en écoutant  In death’s embrace de Dimmu Borgir et Teenage dream de Katy Perry.
L’important, c’est de prendre du plaisir a faire la chanson et de ne se fixer aucune barrières. Sur Confettis, on n’est pas parti en se disant que ça ferait cool d’avoir une ballade un peu pop. On voulait surtout s’éclater a faire un morceau ensemble pour voir ce que ça pouvait donner de confronter nos univers respectifs.

Télémaque Cadillac
Dans tes textes et surtout dans Al W Need, tu parles d’histoires qui peuvent arriver à tout le monde. Quel est la part autobiographique dans tes textes ?

Une grande part. Mais j’essaie toujours d’en parler sans vraiment en parler. Je ne veux pas raconter ce qui m’arrive directement. Déjà par pudeur et aussi pour les personnes qui sont impliquées dans mes histoires. Alors je romance un peu. Je trouve une idée, un concept. C’était déjà le cas sur Groupie, ou j’ai tenté de faire passer ce que je ressentais a travers la relation que peut avoir l’artiste avec sa groupie.
Al W. Need est différente. Elle part d’un constat simple. Quand on se fait larguer, on entend exactement les mêmes paroles de réconforts et les mêmes conseils foireux qu’on donnerait nous même a quelqu’un qui irait mal de s’être fait lourder. J’ai synthétisé tout ça, j’y ai mis de l’expérience personnelle, vu qu’on parle vraiment bien que de ce qu’on connaît, et ça a donné ce résultat. C’est surtout la 1ere fois que j’écrivais un texte sans la musique, en un seul jet.
C’est pour ça qu’elle est un peu a part dans ce que je fais habituellement. Je n’ai pas posé mon flow sur une musique. On a composé une musique pour aller avec les paroles.

Peux-tu nous expliquer ce qu’est la 3éme loi de Newton ?

C’est le principe des actions réciproques. En gros, si tu vas sur wikipedia tu pourras lire que  tout corps A  exerçant une force sur un corps B subit une force d’intensité égale, de même direction mais de sens opposé, exercée par le corps B.  On appelle ça plus communément le principe d’action/réaction. Ce qui est une simplification pas très précise du phénomène.
Mais on s’en fout un peu. C’était juste une manière cool de régler quelques comptes. Une façon de m’adresser aux quelques personnes qui ont pu dire du mal de moi. Le message est en gros: Si tu m’attaques, je réponds. C’est la petite touche RapGame du disque !

Tes deux premiers EP sont sortis chez Kito Kat Records, un label messin dont le catalogue est fortement marqué par la musique électronique, la pop… Comment s’est faite la rencontre avec le label ?

Assez simplement. Déjà Metz, c’est tout petit. Tu finis vite par connaître tout le monde quand tu fais de la musique. Et en fait je suis copains avec Dr Geo, que j’ai connu a l’époque ou il faisait des trucs avec Robochrist quand nous on avait Champloo.
C’est chez lui que j’ai enregistré la 1ere version de Groupie a l’époque ou je me suis remis a la musique. Il a fait écouter ça a Sam de Chez Kito. Ca lui a plu. Et c’était parti.

Et j’aime bien être le seul rappeur du label. C’est assez confortable comme situation.

Telemaque
Le 9 juin prochain, tu organises la release party de La Haine Ordinaire aux Trinitaires de Metz en compagnie de La Caution, un des groupes les plus atypiques de la scène rap française. Comment se prépare-t-on à un tel événement ?

La Caution, c’est mes idoles Rap. Ça a toujours été mon rêve de jouer avec eux. Quand on nous a offert la possibilité de faire la release, c’est naturellement vers eux que mon choix s’est tourné.

Après c’est une soirée particulière. On a plus l’impression d’organiser une fête qu’un concert.
C’est pas du tout comme lorsqu’on nous a proposé les 1ere parties d’Orelsan ou le Klub des Loosers avec Beat for Sale. La on savait que les organisateurs attendaient de nous qu’on soit réellement professionnels vu qu’il prenait le ‘risque’ de nous faire jouer. Mais on s’en est bien sorti et je pense que du coup les gens savent maintenant qu’on est capable d’assurer un bon show dans des événements de ce genre.  Cette fois-ci on y a va plus décontracté parce qu’on veut que ça se fasse dans la bonne humeur et dans une ambiance décontractée. Y’aura tout nos copains ainsi que nos familles qui seront la.
D’ailleurs le concert qu’on proposera ce soir là est spécialement prévu pour l’occasion. Y’aura plein de copains qui nous rejoindront sur scène et y’aura quelques surprises sympas.

Comment te situes-tu dans la scène rap française ?

La je t’avoue que je peux pas répondre a cette question. J’imagine que c’est les gens qui finissent par te donner ta place a un moment ou un autre. Et pour être honnête, j’ai pas une connaissance incroyable de la scène rap française actuelle. Je n’ai aucune prétention. Je fais de la musique parce que j’aime ça. Et j’en ferai toujours. Que ce soit seul chez moi ou sur une scène. Je m’efforce juste de développer, par mes textes et les thèmes que j’y aborde, une identité qui m’est propre.

Chez Kito Kat Records / Bandcamp