Supercar :: Three Out Change, Jump Up et Futurama rééedités par Great Tracks

SUPERCAR… Non mais ces Japonais, franchement… Tu imagines appeler ton groupe SUPERBU… Ouais non bon, ok.

Afin de célébrer le vingtième anniversaire de la sortie de « Cream Soda », premier single du groupe, Great Tracks (sous-label appartenant à Sony, qui a remis ses presses domestiques en route en 2017, tiens donc) édite pour la première fois en vinyle trois albums cultes du quartet. Actif de 1995 à 2005, totalement inconnu en dehors de son pays, SUPERCAR laissa la scène rock japonaise à la fois exsangue et coi (Three Out Change, le premier album paru en 1998, est de ces chefs-d’oeuvre impérissables où tout est déjà magistralement dit) en lui ouvrant bien grand le champ des possibles (sans lui, Shiina Ringo n’aurait jamais sorti Muzai Moratorium un an plus tard).

Influence indirecte de toute la vague Oshiare Pop de la fin des années 2000 (de TOKYO KARANKORON à KANA-BOON), SUPERCAR pose dès 1998 les bases d’un son hérité de l’indie shoegaze anglais (SLOWDIVE, LUSH, COMPULSION) qu’il se plaira malicieusement à détourner avec Jump Up, second opus beaucoup plus pop mélancolique et apaisé que son prédécesseur, et qui verra Furukawa Miki (basse) se mettre vocalement en retrait de son acolyte Nakamura Koji (guitare). Généralement, c’est plutôt pour me déplaire, mais dans ce cas précis il y a clairement « un truc qui se passe« , une alchimie sonore d’une douce beauté à la fois irréelle et pénétrante. Peut-être ce don pour l’écriture qui transcende la barrière de l’idiome, ou cette science de l’arrangement qui ne nécessite plus d’artifices bigger than life (« Jump », « My Girl »). Peut-être cette intelligence à naviguer dans des eaux plus dream pop que d’habitude, sans pour autant en oublier son ADN nippone (refrains imparables et cristallins, claviers aux petits oignons).

Comme tout bon groupe japonais qui se respecte, SUPERCAR est évidemment surproductif et ne sait pas tenir en place (et encore, je ne parle même pas des singles). En plus de Jump Up, il fait paraître la même année un album concept en deux volumes (OOKeah!! et OOYeah!!), puis enchaîne avec le massif Futurama en 2000, détruisant encore un peu plus l’édifice sonique qu’il s’était pourtant donné tant de mal à ériger deux ans plus tôt. Opus d’une générosité vomitive, Futurama offre à entendre un groupe insaisissable et méconnaissable, qui n’hésite plus à inclure des éléments électroniques à sa musique. Parfois discret et pertinent (« Flava », « Playstar Vista »), souvent pompier et grossier (les beats stadium techno de « Changes » et « Fairway »), cet enrichissement stylistique divise alors les fans de la première heure en deux camps distincts.

Au final, on préfèrera toujours revenir vers Three Out Change et ses trois balles de baseball, pierre angulaire d’une musique qui pourrait être comprise par l’Univers tout entier si elle n’était pas chantée dans sa langue d’origine : parce que les tubes entêtants se comptent à la pelle (« Cream Soda », « Smart », « Automatic Wing », « 333 »), parce que le rock japonais n’a jamais été aussi éloigné des clichés qui lui sont généralement associés (ils sont petits et nerveux, ils ont des coupes de cheveux marrantes, ils ont des sons un peu kitsch, leurs mélodies sont simplistes, MAIS FERME DONC VOIR UN PEU TA GUEULE), parce qu’il réussit cet exploit de passionner son auditeur tout du long de ses 75 minutes (et putain, Satan sait que ça peut parfois paraître très long).

Suite au split de SUPERCAR en 2005, Miki et Koji retomberont sur leurs pattes, fonderont LAMA et poursuivront des carrières solos parallèles sans toutefois connaître le succès public et critique de leur formation initiale. Pas de bol. On se réjouira donc sans arrière pensée de la réédition de leur varié catalogue, Highvision et Answer ayant effectivement prévu de débarquer dans les bacs japonais le 28 mars prochain, histoire de compléter les trous laissés béants dans nos étagères suédoises. Inutile de te préciser que mes copies ont déjà été précommandées.

Florian Schall