Stone Jack Jones – Ancestor

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L’image au verso du dernier album de Stone Jack Jones (portrait de l’artiste au collodion) fait, on ne sait pour quelle raison,  penser aux images de la Grande Dépression Américaine de Dororthea Lange. Regard perçant, peau burinée par le temps. Stone Jack Jones rappelle ces paysans nomades fuyant la pauvreté. Il fait un peu partie de ce monde. Descendant de quatre générations de mineurs de charbon, rejeté du service militaire pour maladie, découragé par le travail dans les mines, il commence à errer et va jusqu’à travailler comme forain. L’homme a connu mille vies et Ancestor son troisième album en est obligatoirement habité.

Profondément méditatif grâce à cette forme de folk ambiant enracinée dans le monde pastoral, Ancestor est marqué par les ambiances brumeuses et anthracites. Rien n’est jamais très net ici. Les errances sont faciles et les fantômes sont nombreux. Produit par Roger Moutenot (connu pour son travail avec Yo La Tengo, Sleater Kinney, They Might Be Giants…) et disposant des collaborations de Patty Griffin, de membres de Lambchop et de Courtney Tidwell, Ancestor se déplace à son propre rythme, lent et régulier. Ce disque est sombre mais profondément poétique. Cela est dû à ce folk hanté par une Americana et une country libre et rêveuse. Alors que toute une génération de songwriters préfère plaire au plus grand nombre avec des références plus modernes, Stone Jack Jones s’inscrit dans la droite lignée du Man In Black, Johnny Cash.  

Le blues crépusculaire de Jackson, la limpidité inquiétante de Black Coal, la fausse légèreté vaporeuse de State I’m In, rappelle encore une fois Dorothea Lange lorsqu’elle dit que l’ « On devrait employer l’appareil photo comme si demain on devenait aveugle ». À la seule différence près que Stone Jack Jones, lui, emploie la musique comme si demain on devenait muet.

Damien

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