Steeple Remove :: Position Normal

Habitué des climats embrumés sur fond de rythmes hypnotiques, Steeple Remove a gagné en maîtrise et a su dompter la facilité en la rendant lumineuse et complexe.

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Fin des 90’s. Repéré au détour d’une ruelle de Rouen lors de la fête de la musique par un certain Jean-Pierre Turmel, le groupe sortira son premier disque sur la structure Sordide Sentimental habituée des projets avant-gardistes. Trois albums plus loin, les quatre rouennais reviennent avec leur nouvel LP sur le label de la revue parisienne Gonzaï.
Position Normal reflète leur vision personnelle du krautrock croisé à une exploration vocale héritée des 80’s sur fond de psychédélisme shoegazing. Me suis-je bien fait comprendre ?
Ce qui surprend d’emblée, c’est le chant habité d’Arno Van Colen, manipulé et meurtri, nous renvoyant à Colin Newman, Alan Vega mais aussi Jim Reid, enrobé d’effets métalliques et autres phasers.
Musicalement la trame est somme toute fois assez classique ce qui me fait dire que ses origines sont à chercher avant tout dans le rock&roll sauvage adoubé par une pléthore de synthés maltraités, notamment sur Mirror et Silver Banana. On reste sur la stupéfaction à l’écoute d’ Unclean, énorme reprise de Psychic TV ou comment mélanger The Cramps avec Seefeel. On y retrouve les mêmes traitements guitares et claviers que le groupe culte signé un temps sur Warp et Too pure.
Sensations stupéfiantes sur Sunshine sublimé par la basse mélodique et le chant qui se rapproche ici de Colin Newman de Wire. Il reste le titre le plus pop mutant. Quant à Invisible Light, il renoue avec les ambiances à la Twin Peaks où des chœurs féminins viennent renforcer le côté fantomatique. Calling Up salope le Velvet, guitare et clavier en bataille pour une fin de morceau planante sous tension.
Steeple Remove s’aventure parfois vers l’indus où le beat martial est réchauffé par une constellation de synthé analogique en mode Activation. Imaginary Girl clôt Position Normal sous forme de symphonie noisy pour terminer sur une plage space que Fuxa n’aurait pas renié, laissant place belle aux guitares delay et les orgues mélancoliques.
À l’écoute, on n’en sort pas indemne tant ces 9 titres nous entraînent dans un monde de stupre, de sueur et de déhanchés mécaniques, mais où le psychisme se réservera la part belle du voyage.

Mathieu

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