Spain « Sargent Place »

Spain "Sargent Place"

Ascendance oblige, on a beaucoup évoqué le jazz à propos du groupe Spain. Depuis 1995, et malgré une longue parenthèse de 2001 à 2012, la situation n’a pas changé : Josh Haden, auteur, compositeur, chanteur et bassiste du groupe, « commander in chief » donc, est toujours le fils de son père, le respecté contrebassiste Charlie Haden. L’image est bien évidemment réductrice. Il suffit d’écouter la nouvelle galette du groupe, qui n’aura cette fois pas attendu dix ans pour nous gâter, afin de s’en rendre compte. Sargent Place est un disque de blues. Voire même un disque de blues rock. Au ralenti bien sûr. Exceptés l’irrésistible montée du titre qui ouvre l’album et le « Sunday Morning » de mi-parcours, à la limite du boogie rock avec son riff de guitare métronomique, nos oreilles foulent de prime abord le même terrain sonore qu’auparavant, lent, calme, velouté.

On sent pourtant, tout particulièrement dans la seconde partie du disque, davantage encore dans les deux sublimes épures qui le concluent, une volonté d’aller toujours plus loin dans l’intimité, de trouver une respiration qui tend au chuchotement, de placer l’auditeur dans l’exact état de calme qui entoure les chansons. Dit comme ça, on pourrait presque croire que Spain vire new age et cherche à figurer sur une compilation de musique Feng-Shui chez Nature et Découvertes. Bien heureusement, il n’en est rien. Il se trouve par contre qu’en 2012, quelques mois après le come back du groupe, Josh Haden mettait à disposition sur Bandcamp sept titres ascétiques, basse et voix seules, présentés comme des « chansons religieuses enregistrées dans un format blues ». Il est de toute évidence resté des traces de cette expérimentation mystique sur Sargent Place. Même si Spain n’oublie jamais d’être, également, pop.

Grâce soit enfin rendue aux musiciens qui accompagnent Josh Haden, de ces instrumentistes émérites qui sortent du lot par leur capacité à mettre cette virtuosité en sourdine, avant tout au service d’un paysage sonore désormais familier et pourtant, toujours aussi mystérieux.

Assurément, l’un des très beaux disques de ce début d’année…

Arnaud

Site