ONGAKOTAKU :: SLEEPWALKER, TETUZI AKIYAMA / MICHEL HENRITZI et MIDNIGHT IN TOKYO

VARIOUS ARTISTS Midnight In Tokyo Vol. 3 2LP (Studio Mule)

Quand il est minuit à Tokyo, il est généralement 16h ou 17h en France (putain de changement d’heure). Soit on prend le goûter, soit on se fait chier. Ben au Japon, ils dansent (pas depuis très longtemps, certes). Non, ils ne se font pas chier.
Et quand il est minuit en France, il est généralement 7h ou 8h du matin à Tokyo. Là bon ok, ça rigole moins, tout le monde est au boulot depuis deux heures et galère pour retrouver ses esprits. Pocari Sweat 4 ever.
Bref, Toshiya Kawasaki a bien pris les critiques constructives en compte suite à la parution du volume 2 et rectifie le tir avec un troisième épisode furieusement dansant et hédoniste, faisant la part-belle à ce que les Japonais savent faire de mieux : de la city pop, baka !
Le titre de Yoko Hatanaka en ouverture donne le ton, ça pue le sexe déjà consommé et le groove salement lancinant. Même si les dubs légers de Masumi Hara et Atsuo Fujimoto tempèrent les ardeurs gourmandes de nos petites chanteuses orientales, la sensualité et le stupre MIDI dominent chez Junko Sakurada ou Maiko Okamoto. Get To Paradise, le tube intemporel de Mari Kaneko, et l’Hannya de Tomoko Aran rappellent quant à eux l’effort boogie Chébran de Born Bad, la stupidité hipster en moins. Et viens te prendre cette belle apothéose disco (Eastern Gang, Linda Yamamoto, Tomoko Aran once again) en pleine tête, tu m’en donneras des nouvelles. On aurait peut-être juste pu se passer de la reprise très conventionnelle du Fantasy d’Earth, Wind & Fire par Masako Miyazaki, mais bon je vais pas te chier une pendule pour si peu.

SLEEPWALKER Ichi-Go Ichi-E LP (Sentient Ruin / Annapurna)

Oui bon ok, j’ai quelques mois de retard sur la sortie de ce deuxième opus de Sleepwalker. C’est pas faute d’avoir commandé ma copie au label, mais bon. C’était déjà le même bordel avec le premier, on ne change pas une équipe qui perd, surtout quand elle le fait avec autant de panache. Une bagnole pétée remplace un énigmatique bas de visage, mais la violence reste la même. Tu ressors une nouvelle fois fracassé, concassé et lessivé de l’écoute de ces six titres mêlant euphorie psychédélique (ces riffs venus de l’outre-espace), délires bruitistes aux confins de la beauté brute et hurlements inhumains (comme si Nattram faisait partie d’Oranssi Pazuzu). Tu ne t’en rends pas encore forcément compte, mais Sleepwalker (ou quel que soit son nom) est un groupe important. Sa liberté est précieuse. Son anonymat également. A l’heure où il est de bon ton de coucher son esprit dérangé, toute peinture bavante, sur de belles photos promotionnelles en noir et blanc (le besoin de reconnaissance est un cancer, la scène black metal moderne est en phase terminale), la présence absente de ce mystérieux trio fait un bien fou.

TETUZI AKIYAMA / MICHEL HENRITZI Broken Blues LP (Rekem)

Enregistré par Bunsho Nishikawa (Zeni Geva) à Osaka en 2007, et initialement sorti en CD-R à un tirage de 66 copies la même année, ce très beau blues cassé refait surface en vinyle grâce aux Grecs de Rekem. Une montée chaotique et brinquebalante qui sait laisser place au silence quand nécessaire et qui n’abuse jamais de ses effets de manche mécaniques. Interpellé par ces chocs, l’auditeur ne peut qu’imaginer le couple formé pour l’occasion se débattre avec ses démons intérieurs. Entre deux cordes qui gémissent. Entre deux corps qui subissent (la pression de leur imagination). Le bois résiste aux assauts répétés, de plus en plus violents. Il ne cède pas, malgré la menace qui plane et pèse de plus en plus lourd. Ça finira peut-être mal, mais on n’en est pas encore là. Ça ne m’empêche pas de souffrir pour ces guitares. Ouais. Ecouter Broken Blues, c’est comme regarder un snuff musical. Ça fait mal au bide. Mais il faut des malaises intenses pour contrebalancer la beauté naturelle de la vie. C’est comme la dernière fois que j’ai vu Michel jouer. C’était à Grrrnd Zero, avec la danseuse Yoko Higashi. Durant cette demie-heure de performance sans retour, je suis resté complètement scotché devant cette scène embrasée par la présence fantomatique de la Japonaise, que le lapsteel foutraque du Messin complimentait à merveille.
Tu l’auras donc compris, la musique d’Henritzi (qu’elle soit duelle ou solitaire) se vit au moment où elle se joue plus qu’elle ne s’écoute a posteriori.

Florian