Sir Richard Bischop :: Tangier Session

Les belles rencontres font souvent de beaux albums. Sur Tangier Sessions, il s’agit en l’occurrence de la rencontre entre Richard Bishop et son instrument fétiche, la guitare. Avec plus de 30 années de carrière derrière lui, Richard Bishop est connu pour avoir formé, avec son frère Alan, le groupe Sun City Girls. Guitariste virtuose avec un jeu expérimental reconnu par tout le monde, Richard Bishop nous offre une belle rencontre musicale avec son nouvel album.

© Uwe_Faltermeier

© Uwe Faltermeier

Alors à Genève, Richard Bischop écume les magasins d’instruments à la recherche d’une guitare qui pourrait l’accompagner n’importe où, n’importe quand. Dans une échoppe d’un luthier obscure, on lui présente une guitare de 1890 ne possédant aucune marque si ce n’est une étiquette avec une inscription  « C. Bruno, New-York ».
C’est le coup de foudre. La guitare sonne à merveille, mais il ne peut pas l’acheter, car celle-ci est trop chère. La guitare hante l’artiste plusieurs jours et il se décide tout de même à l’acheter.
Durant l’été qui suit, pendant un voyage au Maroc où il doit jouer, Richard Bishop compose et enregistre Tangier Session dans sa chambre d’hôtel. Mais seulement, la nuit car le bruit de la ville perturbe l’écriture. C’est cette rencontre presque magique entre un homme et sa guitare qui nous est donnée d’entendre sur Tangier Session.
Tangier Session est un album d’une beauté ascétique. L’auditeur n’entendra ici que le musicien et sa guitare. C’est une rencontre sans paroles. La musique parle d’elle-même, d’une langue issue des traditions orientales et hispaniques. La guitare sonne parfois comme un oud et rend la musique encore plus troublante. Quelle est la part d’improvisation et d’écriture dans ces sept morceaux ? On ne sait pas, mais l’important est de fermer les yeux et de se laisser emporter par les mélodies. Même si souvent la virtuosité rebute et ennuie l’auditeur, ici la magie opère.
Richard Bishop défend ici une musique cosmopolite sans frontières en totale contradiction avec la profonde intimité qui se dégage de l’album. Une intimité semblable à une relation charnelle entre le musicien et la guitare. Comme toutes les relations, celle-ci est tour à tour tendue (Safe House), libre (Frontier), exotique (Bound In Morrocco) et amoureuse (Hadija)…
Jamais l’expression « Faire corps avec son instrument » n’a pris autant son sens ici.
Une rencontre unique.

Damien

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