Shilpa Ray :: Last Year’s Savage

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Être adoubé par l’un de ses paires a de quoi foutre la trouille lorsque l’on commence en musique, d’autant plus lorsqu’il s’agit de Nick Cave. Heureusement, Shilpa Ray n’en est pas à son premier coup d’essai puisqu’elle officiait anonymement dans Forest Fire et de façon plus officielle dans Shilpa Ray with Beat The Devil et Shilpa Ray with Her Happy Hookers.

Aujourd’hui, elle se présente à nous sous son seul patronyme. C’est donc une toute nouvelle Shilpa Ray qui nous est donné d’écouter sur Last Year’s Savage. Elle y apparaît sûre d’elle et n’hésite pas à nous offrir les profondeurs de son âme. Une âme qui se matérialise par une voix unique ne dissimulant en rien ses fragilités et ses émotions. Lorsqu’elle n’est pas rageuse et proche de celle de Patti Smith, sa voix pourfendue de soul et de blues habité touche la corde sensible et nous donne la chair de poule (Burning Bride).

Partie du New Jersey pour s’établir à Brooklyn, Shilpa Ray renferme dans sa musique tout le melting pot musical qu’elle a pu rencontrer dans cette ville cosmopolite qu’est New-York. Son rock sombre et délicat est une combinaison de phrasés free et de rock fiévreux avec toujours comme point commun un harmonium qui rend l’ensemble plus qu’envoûtant. Tour à tour Last Year’s Savage est rempli d’une forme de mystère ghotico-rock et d’une folie punk dont seuls les Cramps étaient dépositaires jusqu’à aujourd’hui.  Profondément marquée par la Big Apple, Shilpa Ray y va de ses petites révérences à la ville qui l’abrite en composant des titres hommages à l’un de ces fameux quartiers (Shilpa Ray on Broadway)  et à l’une des figures emblématiques de la ville (Johnny Thunders Fantasy Space Camp). Ce n’est donc pas une surprise de voir ce sublime Last Year’s Savage sortir chez Nothern Spy, un label new-yorkais qui a l’habitude d’osciller entre musique expérimentale et jazz. Deux styles de musique radicalement opposés dans la forme, mais qui ont en commun avec celui de l’Américaine d’être tout aussi excitant dans le fond.

Maintenant que l’on a écouté Last Year’s Savage, on ne peut qu’être d’accord avec Nick Cave qui a vu juste en annonçant Shilpa Ray comme l’« une des artistes les plus phénoménales de ces derniers temps ».

Damien