Sheena Ringo :: Reimport Vol. 2 – Civil Aviation Bureau

Tiens, en trois mois de temps, je n’ai encore jamais parlé de Sheena Ringo. C’est marrant. Je pourrais pourtant en chier des paragraphes tous les jours.

Sheena est une déesse.

Non mais vraiment.

Les comparaisons habituelles avec Björk ne tiennent pas la route. Qui c’est ça, d’ailleurs ? La petite vermine islandaise n’atteindra jamais ne serait-ce que le millième du talent rageur viscéral de la native de Saitama. Sheena, elle respire et le monde s’écroule. Elle pose les yeux sur toi, ton coeur s’arrête. Alors t’imagines quand elle se met à chanter… Sa voix te déchire l’âme. Ecoute Gamble. Ecoute ce putain de chef-d’oeuvre, cette chanson tellement vitale qu’elle fout des sanglots dans la voix du plus dur des légionnaires. Ringo est capable d’écrire des refrains aptes à réduire des galaxies en cendres. Pose un de ses albums sur une platine, et le temps se fige.

Je te le dis. Sheena est une déesse.

Dans la pomme, il n’y a rien à jeter. Chaque pépin est capable de donner naissance à des univers riches et entiers. Du punky ‘Muzai Moratorium’ au collaboratif album avec Saito Neko et Soil & Pimp Sessions, en passant par l’introspectif et douloureux ‘Shouso Strip’, sans oublier le groupe-somme Tokyo Jihen avec le génie Ryosuke Nagaoka. Artiste intouchable, belle comme l’infini, torturée par l’existence… Ok, tu dois à ce moment avoir l’impression que j’en fais, mais alors vraiment !, beaucoup trop. T’auras peut-être raison. Mais ça voudra aussi dire que tu n’auras encore jamais écouté un seul de ses morceaux.

Au bout de 20 années d’une carrière riche et complexe, qu’attendre d’un nouvel album de la déesse ? Facile : Civil Reimport constitue une synthèse des obsessions musicales de Sheena. Des entrelacs jazz bigger than life, un amour immodéré pour des arrangements classiques d’une justesse incroyable, du rock psychédélique et désespérée ingéré puis digéré et recraché sous une forme si personnelle que tu n’en retrouves nulle part ailleurs. Sa J-pop furieusement radicale devrait faire le tour du monde et tout brûler sur son passage. Au lieu de ça, l’artiste reste cantonnée à une polie confidentialité auprès des amateurs de musique populaire exigeante. Barrière de la langue (ses textes sont des labyrinthes où les émotions sont mises à nues), emprise de la pompière K-pop sur l’industrie musicale asiatique : les raisons sont probablement multiples.

De part son côté « compendium équilibré », Reimport Vol. 2 – Civil Aviation Bureau est, selon moi, une bonne façon de découvrir l’univers de la Ringo. Surtout qu’il est le premier album de la reine à être sorti en vinyle depuis 2007, date à laquelle ses quatre premiers chefs-d’œuvre avaient été pour la première édités dans ce format. 1500 exemplaires par disque, sold-out en une heure, et des copies qui se revendent aujourd’hui à des prix totalement débiles. Autant te dire qu’il ne faut vraiment pas traîner si tu veux acquérir ce dernier joyau.

Florian