Shannon Wright :: Providence

© Jason Maris

Division, le précédent album de Shannon Wright ne devait son salut qu’à une rencontre entre l’américaine et la pianiste classique Katia Labèque. Cette dernière avait redonné le goût de la composition à la protégée de Vicious Circle. Invitée dans le studio romain de la musicienne classique, Shannon Wright avait composé ses premiers morceaux sur un piano Steinway, ce qui lui avait permis de se renouveler de la plus belle des façons en allant vers des atmosphères plus classiques et inattendues.
Cette rencontre a encore des répercutions aujourd’hui, puisque la native de Jacksonville livre un album essentiellement composé autour d’un piano et d’une voix. Dans la lignée de la bande originale composée pour le film de Guillaume Nicloux (Les confins du monde), Shannon Wright continue d’épurer sa musique sans pour autant perdre son pouvoir émotionnel. L’émondage de sa musique va jusqu’à l’extraction de la voix sur le titre qui a donné son nom à l’album. A l’écoute de cet instrumental, on pense forcément à Erik Satie. Pour le reste, c’est plus White Chalk de PJ Harvey qui revient en mémoire.
Magnifié par David Chalmin, Providence a beau connaître une panne d’électricité, il nous insuffle quelques electrochocs insoupçonnés. Il suffit de se laisser bercer par le troublant These Present Arms pour être désarmé par tant de fragilité. Le chant qui ne peut plus être caché derrière quelques notes distordues n’a jamais été aussi maitrisé. En complète autodidacte, l’Américaine joue de son piano avec maestria en privilégiant les notes graves comme lorsqu’elle joue de la guitare. Avec Providence, Shannon Wright se livre sans filtre, sans artifice, comme si, libérée de toute armure, elle voulait nous inviter à pénétrer dans les parties les plus intimes de son esprit. On ne peut que la remercier pour cette invitation.

Damien