Shannon Wright :: Division

Shannon Wright a toujours été cette artiste à fleur de peau. Chaque parution d’album a failli être l’ultime témoignage d’une musicienne qui n’a jamais vraiment eu la reconnaissance qu’elle méritait. Il s’en est fallu de peu pour qu’In Film Sound (2013) soit le dernier album d’une discographie exemplaire. Heureusement qu’il y a eu cette rencontre avec la pianiste classique Katia Labèque à la sortie d’un concert qui a redonné le goût de l’écriture à la native de Jacksonville.
Invitée dans le studio romain de la musicienne classique, Shannon Wright a composé ses premiers morceaux sur un piano Steinway, ce qui a permis à l’Américaine de renouveler le style des précédents albums en l’emmenant vers des atmosphères plus classiques. Mais ce qui est vraiment déroutant sur Division, ce sont les ajouts de claviers cheap et de boîte à rythmes. Des instruments jusqu’alors inédits chez l’auteure de Secret Blood. Tout semblait être un assemblage contre nature sur le papier. C’est tout le contraire qui se produit à l’écoute de ce dixième album. L’organique côtoie l’électronique, le cheap frivole avec le classique. Division rassemble les contraires pour en faire quelque chose d’unique et de merveilleusement beau. Même si sur le morceau qui donne son titre à l’album ainsi que sur « The Thirst », on perçoit à tour de rôle l’ambiance de To Bring You My Love et de White Chalk de PJ Harvey, c’est bel et bien une Shannon Wright en pleine possession de son art que l’on entend sur Division. S’il fallait tout de même faire une comparaison avec un précédent album, on pourrait essayer de trouver à Division des similitudes avec l’album qu’elle a enregistré avec Yann Tiersen en 2004. L’électricité n’a plus droit de cité ici. La rage est catalysée dans la sobriété et la virtuosité.
Ce qui ne change heureusement pas dans tous les albums de Shannon Wright, c’est que l’on est toujours sensible à cette fragilité en équilibre sur chaque mélodie et à cette émotion présente sur chaque note.

Damien