Rodolphe Burger :: Good

Enregistré sans surprise dans le studio de Sainte-Marie-Aux-Mines qui devient peu à peu un  lieu mythique, co-réalisé avec Christophe Calpini (les deux se sont rencontrés pour l’album ‘Fantaisies Militaires’ de Bashung), Good est le quatrième effort solo qui succède à l’excellent ‘No sport’  paru en 2008.

Neuf années pendant lesquelles, il a travaillé pour d’autres, pour ses autres projets (encore) plus intimistes aussi comme le Cantique des Cantiques, hommage au poète palestinien  Mahmoud Darwich en 2011. A 59 ans, Rodolphe Burger ignore la baisse de régime, regorge d’intentions et continue dans la lignée des albums précédents, personnels, inclassables et insaisissables.

Conteur d’histoires pas drôles, rythmées par des poèmes définitifs  où le chant devient une parole hypnotique  -sur la ballade organique ‘Poème en or’-, proches du mysticisme de Daniel Darc (‘Quand reviendras-tu ?’) où le thème de la mort ou plutôt de l’approche de la mort survole l’album de bout en bout, de la religion (le commandement ‘tu ne tueras pas’ sur ‘Rien ni personne ) avec en exergue cet aphorisme glaçant mais rempli d’espoir ‘si je monte au ciel , tu es là’).

On l’aura compris, cet album n’est pas gai même quand il aborde le thème de l’amour : Des batteries digitales et martiales  (‘FX of love’), une contrebasse et une guitare mélancoliques sur ‘An der Lili’, -texte qu’il emprunte à Goethe lorsqu’il  s’éprend de la jeune et belle Lili Schoenemann–  en duo avec Sarah Murcia.  Rodolphe Burger pioche également dans l’œuvre du poète avant-gardiste EE Cummings pour nous offrir, sans aucun doute, les plus sublimes moments de ce disque, quand il pose sa voix de crooner sur un refrain  fluide ‘Because … your tears are full of …’.

Happy hour’ et son écrin  soul régulièrement interrompu par ces coups de ra puissants et sa guitare distordue n’est qu’une brève parenthèse dans cette musique lourde de fulgurances noires ‘Painkiller’, ‘Providence’, de montées en puissance ‘Good’, de fatalisme ‘This is winter, time passes, make sense’.

Brillant façonneur de paysages sonores, Rodolphe Burger nous livre ici douze titres d’une grande latitude émotionnelle, taillés pour des moments d’introspection et de remise en question ‘Je suis comme fané, squelette éparpillé…. ‘.

Hervé