Rivière de Corps :: Sang et Corne

Alors pour le coup, je suis un peu en retard car cet EP est sorti le 16 mai, sur le label Grande Rousse Disque et Vague à l’âme…

Et en même temps, ça tombe bien : le soleil est de retour, il fait beau, il fait chaud, il y a du foot à la télé, c’est l’été, le moment des bières en terrasse… alors moi je n’ai qu’une envie : me terrer au fond d’une grotte sombre, glissante, humide et froide, où plane une odeur de mort, de putréfaction, de moisi. En écoutant Rivière de corps.

J’ai une affection toute particulière pour la musique qui bouscule et qui m’évoque / qui provoque des transes chamaniques et hypnotiques… et là j’avoue que je suis tombée amoureuse.

Ce drôle de nom, Rivière de Corps, équivoque, est à mettre en parallèle avec La-Rivière-de-Corps, une petite ville de 3200 habitants, située dans l’Aube. Apparemment, cette ville tiendrait son nom de la bataille des champs catalauniques, les plaines voisines de Troyes, le 21 juin 451 ; là où Attila le Hun aurait connu la défaite face aux Romains et aux Francs. La bataille n’aurait duré qu’une après-midi, mais elle fut terrible, particulièrement sanglante, une véritable tuerie. Alors, la Vienne, fleuve local, aurait débordé du fait de la présence importante des cadavres, et nourrie par le sang des corps, se muant en un torrent impétueux (Attila, se retirant, y aurait laissé 300 000 hommes).  Tout un programme.

Adrien « Moineau » Clergeot, artiste  originaire de Troyes, par ailleurs membre du groupe de drone-darkwave Satellite (responsable de l’excellent EP La Plainte, sorti en 2017, mais que j’ai découvert au détours de la rédaction de cette chronique) a ainsi choisi ce nom, synonyme de tuerie de masse, de barbarie, de l’horreur des hommes qui prend le pas sur la nature jusqu’à la défigurer, pour son projet solo. Il s’agit ici de son premier EP, Sang et Corne. La tonalité et la thématique sont claires et sans ambiguïté.

En termes de style, on va chercher du côté de la dark wave, de dark ambient, de dungeon synth, de drone, d’indus… Tu vois ? Non ? Ben en gros, c’est lourd, avec des synthés qui dégueulent de distorsion, de reverb, de delay, une voix lointaine, aux propos inintelligibles. Des morceaux linéaires et évolutifs.

Cet EP s’ouvre sur le morceau ‘Viande Noire’, long de presque 8 minutes qui donne le ton d’emblée : ça va être sombre, hypnotique, introspectif, lent, répétitif.

On dirait du Scorpion Violente (parallèle entre un ‘Christopher Walken’ du premier opus des Messins et ‘Échec critique’ du Troyen) en moins poppy et en encore plus sombre.

On dirait du Camilla Sparksss (‘Innocent 8’ rappelle terriblement le merveilleux ‘This is Huge‘), la puissante colère féminine de Barbara Lehnhoff en moins.

A chacun ses références musicales…

Mais là où Scorpion Violente et Camilla Sparksss usent des boîtes à rythmes à outrance, et offrent une certaine fraîcheur, ou tout du moins, un brin de dynamisme, dans Sang et Corne de Rivière de Corps, il n’y a pas d’éclaircie, et la boîte à rythmes est utilisée de manière parcimonieuse. Des titres tels que ‘La Métamorphose Des Sorcières’ en sont complètement dépourvus, rajoutant au caractère introspectif de la musique. ‘Retour Du Dieu Plutonium‘ par exemple est un morceau court de 2 minutes et des brouettes qui n’est qu’une accumulation de couches de notes jouées au synthé, avec un effet distordu intense. C’est massif et saisissant.

En revanche, ‘Faux Frère’ ou ‘Innocent 8‘ ont recours à de gros beats ; gros voire grossiers et naïfs, qui s’épaississent au fur et à mesure du titre et  imposent à nos corps une espèce de transe dansante, lancinante, ondulante, et rythmique.

Si comme moi tu kiffes l’ombre et la noirceur ; si comme mes tripes, les tiennes vibrent aux sons hypnotiques, sombres et lourds ; si comme ma peau, la tienne frissonne aux sons distos ; si toi aussi tu aimes la transe dissociative amenée par des ondes qui te pénètrent par les oreilles… écoute Sang et Corne de Rivière de Corps. Et sinon… bah… on va se prendre une bière en terrasse ?

Elissa.