REVUES EXPRESS

Deux ouvrages consacrés aux Silts. La biographie signée  Zoé Howe  « Silts, des filles atypiques » est des plus complète. Rappelons qu’elles étaient un des rares groupes féminins affiliées au mouvement Punk. Sans tabous et avec bienveillance,  Howe relate l’histoire de ces filles dont le principal tracas était leur manque de confiance. La journaliste est  fancore et a tendance à surestimer les Silts. Avouons-le, la chanteuse Ari Up, 16 ans, avait tout d’une gamine borderline et hystérique, voire insupportable notamment en concert. Les relations de cœur ont joué fortement dans leur mini carrière, même si elles s’en défendent.  Le soutien discret mais efficace de Nora Forster la mère de Ari, qui deviendra l’épouse de Johnny Rotten,  influencera la carrière du groupe. Méticuleusement Zoé Howe nous décrit la vie  de jeunes punkettes de plus en plus influencées par le reggae et le dub mais minées par leur faible niveau technique et les tensions liées à leurs très fortes personnalités On y croise donc tout le Gotta Punk anglais ainsi que Bob Marley et ses musiciens ultras sectaires. Dur à accepter pour ces féministes, qui seront au final autant  déçues par les Rastas que par l’accueil public quasi inexistant. La guitariste des Silts, Viv Albertine,  revient sur cette période dans son livre « De Fringues, de musique et de mecs ». Elle nous parle beaucoup de  sa jeunesse et expédie la période Silts, en la focalisant sur sa personne. La suite est consacrée à sa fausse couche, ses amours, ses problèmes de santé et sa timide résurrection musicale. Témoignage interessant, mais on reste sur sa faim malgré quelques révélations terribles. Qui ne manquent pas  dans « Drugs, Sex and Rock&Roll », signé Billy Idol. On se souvient que le beau gosse du Punk londonien était de tous les coups avec le Bromley Contingent (le fan club des Sex Pistols). Forcément le gars a tout vu, et a fondé un groupe : Génération X. Décrié en Angleterre ou on l’accuse d’être  un poseur, Billy remet les choses en place, assume complètement ses choix et tente sa chance aux Usa après un très bon troisième album enregistré sous le diminutif  Gen X. La suite, on la connait. Un succès mondial – merci MTV- qui va le faire littéralement plonger dans tous les excès inimaginables au côté de son manager psychopathe. A l’américaine, il s’en sortira après  un grave  accident de moto et le soutien de ses parents qui vont le faire décrocher des drogues. Il rejoint la clique des honorables vieux rockers qui se la jouent à Las Vegas et il aime taper le bœuf à Los Angeles avec un certain  Steve Jones. Le guitariste des Sex Pistols  revient sur ses années Punk dans « Lonely Boy » et use d’un ton assez familier pour décrire la saga du groupe anglais. Il ne s’épargne pas, en admettant sa cleptomanie édifiante et son addiction au sexe,  qu’importe peu le ou la partenaire. Les débuts du groupe sont bien décrits,  il devient évident que  pour Steve, la petite frappe cockney, le futur passera soit par la case prison ou par le rock.  Le local de répétition déniché sur Denmark Street devient sa piaule et il passera le plus clair de son temps à jouer avec le batteur et ami Paul Cook. Tout  va changer avec l ‘arrivé de Johnny Rotten au chant, puis Sid Vicious à la basse. A la sortie de Never Mind The Bollocks, Steve ne sera que le témoin d’une situation dont il se sentira de plus en plus étranger, tout en restant proche du manager Malcom McLaren. La suite est édifiante, SDF toxicomane aux USA,  Steve Jones fondera The Professionnals et louera ses services de guitariste à n’importe qui, devient biker au côté de Billy Idol (ah la paire) et finira par décrocher de toutes ses addictions. Animateur d’une émission radio à succès à Los Angeles, il se la coule douce sauf  lorsqu’il invite John Lydon aka Johnny Rotten sur les ondes. Le chanteur de PIL prend un malin plaisir à boire des bières alors que Jones est devenu abstinent et fréquente les réunions d’anciens alcooliques.

Justement c’est l’alcool qui posera un sérieux problème à Lol Tolhurst de The Cure.  Batteur puis clavier avant de se faire virer, Lol revient sur l’histoire incroyable du groupe dans « Cured, Two Imaginary Boys ». Passionnant lorsqu’il raconte les débuts au côté de Robert Smith (son pote), Lol se contente par la suite de narrer des anecdotes intéressantes ou pas, la faute à une mémoire déficiente. On peut regretter le peu d’infos lié aux enregistrements ou à la genèse de titres. Mais la bio retranscrit bien l’atmosphère qui régnait en Angleterre à l’orée des années 80 et la difficile gestion du succès du groupe avant d’en être viré en 1989. Ce qui ne l’empêche pas d’être extrêmement bienveillant envers ses ex camarades, la rédemption en filigrane. Pas vraiment le genre à Bob Mould qui revient sur sa riche carrière musical dans « See A Little Light ». Le plongeon vertigineux dans la scène Punk américaine se lit avec délectation, en suivant la destinée de Hüsker Dü et Sugar , deux groupes majeurs qui marqueront les esprits, évoluant d’un hardcore à un rock alternatif. Ecumant toutes les scènes inimaginables, les conditions de vie sont rudes mais la foi inébranlable. Bob Mould s’épanche aussi sur son parcours personnel, lui qui deviendra une icône gay alternative. Quelques addictions plus tard et entamant une carrière de Dj électro (!) il saura se stabiliser et ne semble n’avoir jamais été en accord avec lui-même que depuis une quinzaine d’années. On peut dire la même chose de Peter Hook qui dans « Substance », nous livre un témoignage époustouflant de la vie dans New Order.

Remarquable lorsque le bassiste parle de musique avec nombreux détails sur  les enregistrements, l’écriture des chansons, les instruments utilisés. Chaque titre d’albums est revu et expliqué, les concerts précisés de façon chronologique. Dramatique quand Hook décrit les faits et gestes d’un groupe en tournée. Enfin plutôt ses errances sous influences, ses prises de tête et ses déboires amoureux. Et finit par se virer lui-même du groupe en 2007, ce qu’il regrettera. Ne ménageant pas les autres membres du groupe et surtout pas le manager Rob Gretton,  tout en n’éludant aucunes responsabilités quant à sa (sale) réputation, Peter Hook  fait amende honorable tout en étant en pleine procédure judiciaire avec son ancien groupe (qu’il perdra). Plus de 700 pages qui vous feront grincer les dents, hurler de rire mais aussi réfléchir sur une époque bien révolue. Epoque que Philippe Carly a connue. Il était au bon endroit, au bon moment avec les bonnes personnes. Donc à Bruxelles, au Plan K pour shooter Joy Division, Echo and the Bunnymen, Section 25, Alan Vega et New Order entre autre. Une centaine de photos et  des témoignages de Peter Hook (Joy Division, New Order), James Nice (LTM Recording), Michel Duval (Les Disques du Crépuscule, Factory Benelux) ou encore Jean-Luc Demeyer (Front 242) réunis dans un beau livre « Au Plan » conçu avec beaucoup de soin et dédié à Annik Honoré, l’organisatrice des concerts au Plan K et amie du photographe. Le  genre d’ouvrage qui passionnerait Moby, le fan inconditionnel de Joy Division. Dans « Porcelaine », il nous plonge en immersion dans la scène rave à  New York. Catho et vegan – il nous le rappelle à de trop nombreuses reprises- le Dj nous entraine dans les soirées Hip Hop et Électro qui se déclineront en soirée House et Techno. Il omet de citer avoir participé au groupe Indé Ultra Vivid Scene et ne cite pas de nombreuses collaborations. Mais de clubs célèbres ou underground, de fêtes privées  aux  scènes mondiales, Moby va foncer tête baissée. Le succès de Go au début des 90’s va changer sa vie. La suite est connu, il cartonne  avec son hit puis se plante avec l’album rock suivant, plonge dans divers excès pour se relever doucement. Le livre se termine avant la sortie de l’album  multi platiné « Play ». Plutôt bien écrite, cette bio se lit comme un roman crépusculaire des 90’s.

Mathieu