Regal :: Two Cycles & A Little More

Ne mâchons pas nos mots. Aujourd’hui, la scène garage est chiante à mourir. Elle est trop prévisible. On se lasse de retrouver partout les mêmes effets de guitares, les mêmes reverbes sur les voix, et surtout les mêmes influences avouées. À force de vivre ensemble et de se regarder le nombril, il règne dans la scène garage actuelle une certaine forme de consanguinité malsaine. On ne compte plus les formations essayant d’être plus royalistes que le roi Ty Segall ou plus excentriques que les doux dingues Black Lips.
Heureusement, il reste encore des groupes pour nous ouvrir l’appétit et nous pousser à remettre le couvert. Regal fait partie de ceux-là.

Regal
Les nouveaux protégés de Born Bad Records explosent les codes du rock garage et ne recherchent surtout pas à ressembler à qui que ce soit. Puisqu’il faut bien commencer à un point pour arriver à un autre, le rock garage n’est ici qu’un prétexte pour explorer d’autres horizons.
Après deux disques sortis sur Azbin Records (label du batteur Xavier), Regal signe une nouvelle fois de nombreux brûlots incendiaires. Comme les précédents albums, les racines de Two Cycles & A Little More sont à chercher vers l’indie rock lo-fi des 90’s ou encore dans le folk dépenaillé de la même décennie. Leur reprise des Country Teasers (Mos Eisley Revenant) est un bon exemple de leur bon goût et de leur vision de ce que doit être selon eux la musique. Comme les Britanniques, Regal n’hésite pas à alterner ballade débraillée (Yaking Life), pop foutraque (le doublé gagnant Refuge, Inconstant time) et garage détraqué (Each to their own). Leur originalité est aussi à remarquer dans l’emploi d’un violon dans un style que l’on entend que trop peu. On n’a jamais vu un violon aussi bien placé dans des morceaux comme Big Smoke et A Fascist Ballad depuis Suds & Soda de dEus.
Loin d’être un groupe de poseurs comme beaucoup de leurs collègues garagistes, Regal se joue des styles en les passant à la moulinette avec une décontraction maîtrisée et une énergie communicative. Ils ne singent personne et sont tout simplement eux-mêmes. Cette sincérité ressentie tout au long du disque fait en sorte que l’on n’est pas prêt à mettre Regal de côté pour un énième groupe garage venu sauver le genre.

Damien

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