Peter Gabriel « And I’ll Scratch Yours »

Peter-Gabriel-And-Ill-Scratch-Yours-608x608Faisant écho à l’album de reprises orchestrales Scratch my back  en 2010, voici donc  And I’ll scratch yours  réponse du berger à la bergère.
Tous les artistes repris sur le précédent album ne sont pas présents ici (Thom Yorke devait interpréter  « Wallflower »  suite à la réorchestration controversée  de son « Street Spirit« , mais a finalement décliné.  Il en est de même pour Neil Young).

Cette collection de relectures commence avec la géniale ex tête parlante David Byrne qui redonne un coup de jeune au torturé « I don’t remember « , conçu pour brûler les dancefloors tout en clamant haut et fort ce refrain amnésique.
Justin Vernon insuffle une dimension intimiste et délicate à « Come talk to me«   dans une ambiance très similaire au premier opus de Bon Iver For Emma , Forever Ago.

Stephen Merritt propose une version alien de « Not one of us »  tandis que Joseph Arthur procure la chair de poule sur « Shock the monkey«   qui reprend dans cette version toute sa verve paranoïaque originelle.

Ces douze titres mettent en avant les qualités évidentes de songwriter de Peter Gabriel (qui en doutait ?) mais certaines de ces adaptations ne sont pas toujours réussies.

« Blood of eden » ou « Big Time » respectivement interprétées par Regina Spektor et le grand Randy Newman n’apportent strictement rien de neuf  aux compositions de Gabriel.
Feist et Timber Timbre inversent les rôles sur un « Don’t give up » désincarné et lancinant, les mancuniens d’Elbow,  quant à eux, exécutent une copie carbone du fascinant « Mercy Street » inspiré par la poète Anne Sexton.

Les vraies surprises de cet album sont signées Lou Reed et Brian Eno. L’ex Velvet n’hésite pas à triturer ses guitares et à complètement sortir de l’harmonie d’un « Solsbury Hill » méconnaissable.

Les fans purs et durs de l’ex Genesis n’apprécieront certainement pas ce traitement de choc, mais le résultat final est assez probant.

« Mother of violence« , cauchemardesque au possible, devient un terrain de jeu délicieux pour Eno qui rend finalement justice à ce titre tiré du deuxième album du Gab  souvent sous-estimé.

Arcade Fire, dont le très attendu album Reflektor sortira dans quelques semaines , garde sa propre identité sur « Games without frontiers«   qui est indéniablement la reprise la plus réussie du disque.

L’album se referme sur l’hymne gabriellien « Biko » en hommage au militant anti-apartheid mort en détention en Septembre 1977.
Cette nouvelle version est confiée à Paul Simon. L’auteur de l’album Graceland mise ici sur la sobriété et l’acoustique et fait résonner le texte « Yihla Moja, Yihla Moja , the man is dead  » comme si le titre avait toujours été un standard folk.
Au final, ce disque offre une collection de reprises disparates, parfois rafraichissantes,  parfois convenues mais jamais de mauvais goût.

Reste à attendre patiemment (la patience est une qualité essentielle pour tout fan du Gab…) la suite des aventures de Peter Gabriel et son fameux album  I/O   projet pharaonique sans cesse repoussé depuis bientôt dix ans.

Cyrille