Pertti Kurikan Nimipäivät :: The Punk Voyage

En 2012 sortait The Punk Syndrome, un documentaire sur la genèse de l’incroyable groupe punk finlandais, Pertti Kurikan Nimipäivät, constitué de musiciens en situation de handicap mental, et qui deviendra un temps durant le groupe le plus connu en Finlande, et dont le succès finira par dépasser les frontières de ce pays trop méconnu.  En 2017 paraît The Punk Voyage, documentaire sur la fin du groupe et son improbable aventure qui se conclue, notamment, par une apparition remarquée au concours Eurovision de la chanson en 2015.

The Punk Voyage ne connaîtra probablement pas une sortie à la hauteur de ses qualités, tout comme The Punk Syndrome avant lui. Pour autant, The Punk Syndrome a fait son bout de chemin au fil des années et a beaucoup contribué à construire la solide notoriété du groupe en Finlande et au-delà. On peut imaginer, et on le souhaite fortement, que The Punk Voyage connaîtra un sort aussi clément dans le temps. Pourquoi ? Car ce film est à voir absolument, tout comme son prédécesseur.

Revenons brièvement sur The Punk Syndrome. On y voit le groupe sortir son premier vinyle et partir en tournée hors Finlande. On y voit aussi et surtout un groupe profondément humain, sincère, traversé perpétuellement par des crises comme dans les grands classiques du rock’n’roll. Les situations filmées sont souvent drôles et touchantes, voire franchement mémorables. Le groupe, du fait de ses handicaps et de ses paroles sans filtres, aussi absurdes qu’engagées, bouscule bien des codes et redonne ses lettres de noblesse à la musique punk rock. Le punk rock n’a probablement jamais été plus punk. Le succès grandissant du groupe met les relations entre les musiciens à rude épreuve, et plus encore le travail en commun qui s’avère délicat avec d’aussi fortes personnalités combinées. Le film plonge également dans l’intimité de ses protagonistes, et derrière la façade rock’n’roll, on découvre leur condition d’être humain : des artistes talentueux dont le handicap influe sur leur quotidien, pour le meilleur comme pour le pire. Mais surtout pour le meilleur, au final. Le film se situe quelque part entre Spinal Tap et Ex-Drummer, à la différence que celui-ci film la réalité. Ne vous y trompez pas, The Punk Syndrome n’est pas un film sur le handicap, c’est un avant tout un film sur un groupe de punk rock, ses travers, ses peines et ses succès.

Si vous avez aimé The Punk Syndrome, vous ne serez pas dépaysé avec The Punk Voyage puisque c’est le même binôme à la réalisation, soit Jani-Petteri Passi et Jukka Kärkkäinen. Il est important de le préciser car le duo en question, étant devenu très proche du groupe avec les années, jouit d’une proximité et une intimité que nul autre ne pourrait se permettre.

Cette fois-ci l’histoire prend une toute autre dimension. Le groupe, toujours et encore traversé par des crises, voit son avenir compromis, à l’annonce de son leader Pertti Kurikka, de prendre sa retraite à 60 ans, soit dans plus ou moins une année à compter de ce moment-là. Sa décision est irrévocable et tout le monde se doit, tant bien que mal, de l’accepter. Mais cette annonce ne vient pas seule. Sony leur propose de se porter candidat aux sélections finlandaises pour représenter leur pays à l’Eurovision 2015. Le groupe accepte et leur quotidien s’en voit aussitôt bouleversé.

Alors que Sami (le bassiste) se rapproche de Dieu et de la politique, que Toni (le batteur) est aux prises d’un triangle amoureux où lui et Nippe (le fidèle roadie du groupe) se battent pour conquérir le cœur de la même damoiselle, que Kari (le chanteur) sature de la pression dûe, entre autre, au succès et regrette le départ de Sami de leur foyer où tous les deux vivent, et que Pertti (le leader et guitariste), stressé et fatigué de tout ça, attend avec impatience l’heure de la retraite mais semble faire la paix avec les serpents, le groupe est véritablement sous le feu des projecteurs et leur célébrité ne cesse de croître. Quand l’un des présentateurs de ces fameuses sélections finlandaises questionne le groupe avant de monter sur scène, sur la devise du groupe, c’est sans hésitation que Toni répond « Nous sommes des branleurs ! » (« We are the wankers » est un titre du groupe anglais Hard Skin, repris par PKN sur un split, où l’un reprend un morceau de l’autre). Le ton est donné. Le groupe passe avec succès les sélections finlandaises pour l’Eurovision et alors la folie commence.

Pour éventuellement succéder à Conchita Wurscht, le groupe s’envole pour Vienne où se déroule cette année le concours de l’Eurovision. On se rend rapidement compte que le groupe n’est pas franchement à sa place dans cet univers bien trop lisse, consensuel et artificiel pour un groupe de punk constitué de musiciens en situation de handicap mental, qui n’ont ni la langue dans leur poche, ni le niveau d’anglais pour arriver à se faire comprendre correctement des médias et autres personnes du staff de l’Eurovision. Encore une fois, les situations drôles ne manquent pas, par exemple le groupe qui essaye, à la demande d’un journaliste et devant un parterre de ses confrères, d’expliquer le sens des paroles d’une de leurs chansons sur les vaches qui pètent. A cela s’ajoute quelques moments d’émotion forte, le plus intense étant probablement lors de la défaite du groupe. Car oui, le groupe ne passera pas la demi-finale de l’Eurovision. Ils n’en seront pas moins accueillis comme des héros dans leur pays d’origine.

Si dans le film Kari qualifiera ce voyage d’inutile, il n’en est pas moins pour nous, spectateurs, un régal. La tendresse et la fierté dont fait preuve notre joyeuse bande ne peut laisser indifférent. Tous ces contrastes, cette constante alternance entre déclarations de mort et déclarations d’amour, sont une fois encore des moments d’humanité qui bouleversent les codes et les a priori. Cette épopée épique qu’est The Punk Voyage se conclue de la même façon, ou du moins au même endroit, que The Punk Syndrome, sur la même scène d’un festival punk en Finlande, avec tout un public acquis de punks, qui mettent le bordel sur la musique de PKN, et un Kari sur scène, complètement à poil face à ses fans. Comprenez que, avec tout ce qu’il a pu traverser, le groupe est resté fidèle à lui même, et ce du début jusqu’à la fin de sa riche carrière. The Punk Voyage est un film vital, à voir de toute urgence, et qui, dans un monde idéal, devrait siéger aux côtés des plus grand films de l’histoire du rock.

Sachez que le film est achetable ici et que le dvd contient des sous titres en anglais.

Jocelyn H.