Pertti Kurikan Nimipäivät « On n’a peut-être pas gagné l’Eurovision mais on a gagné l’Europe. »

Ils furent plus vrai que Spinal Tap, plus punk qu’Ex-Drummer et les Monty Python leur ont dédié leur morceau Finland sur Youtube, le meilleur groupe du monde, ou en tout cas le plus punk, les finlandais de Pertti Kurikan Nimipäivät, a mis fin à sa carrière en décembre 2016. Constitué de 4 musiciens en situation de handicap mental, celui-ci s’est arrêté car son leader et guitariste, Pertti Kurikka, a décidé de prendre sa retraite le jour de ses 60 ans. En 7 ans de carrière et plus de 300 concerts, le groupe est devenu incontournable dans le paysage musical et médiatique finlandais. En 2015, PKN a bien failli devenir un phénomène mondial en représentant la Finlande à l’Eurovision, soutenu alors par Tom Morello, David Hasselhoff ou encore les Dead Kennedys. Si le groupe a échoué en demi final, ils n’en sont pas moins de véritables rock stars dans leur pays, héritant même de timbres à leur effigie. Deux films relatent l’histoire de ce groupe incroyable, The Punk Syndrome parut en 2012, et The Punk Voyage parut en 2017, qui a déjà fait l’objet de l’une de mes chroniques. Après une telle épopée, cela méritait bien une interview de tout le groupe, qui sera probablement la dernière.

Est-ce que vous avez aimé The Punk Voyage ?

Kari (chant) : Oui. C’était excellent. Un film drôle et génial.

Toni (batterie) : Oui ! A mon avis, c’est le meilleur film qui soit. Kari y a montré sa bite.

Sami (basse) : J’ai aimé le premier (The Punk Syndrome), pas celui-ci. Il est trop personnel.

Pertti (guitare) : J’ai aimé.

Le film est-il bien accueilli par les gens ?

K : Il me semble, pour autant que je sache !

T : Le public l’a aimé !

S : Ils ont dit que le premier film était joyeux, le second tragique.

P : Oui.

Pourquoi avez-vous décidé de participer à l’Eurovision ?

K : Car on a décidé de relever le défi. On est allé en Autriche et on l’a fait.

T : Car on a gagné notre voyage à Vienne. On n’a peut-être pas gagné l’Eurovision mais on a gagné l’Europe.

S : Parce que Pertti voulait y aller. Il aime l’Eurovision. C’est donc à cause de lui.

P : Parce qu’on voulait gagner. Mais on n’a pas gagné. On a terminé quinzième.

Qu’avez-vous le plus et le moins apprécié lors de votre périple à l’Eurovision ?

K : Ce que j’ai le plus apprécié c’est que l’Autriche est un pays génial. Je n’ai pas aimé les interviews. Elles étaient stupides et épuisantes. Les mêmes questions encore et encore.

: Le meilleur moment était l’épisode de Pertti avec les toilettes ! Le pire est que nous ayons échoué lors de la compétition.

S : Jouer sur scène fut le meilleur. Le pire était d’être avec le reste du groupe.

P : Ce que j’ai le plus apprécié c’est notre groupe, tout le reste était de la merde.

Vous êtes-vous senti soutenu par la Finlande lors de votre passage à l’Eurovision ?

K : Oui!

T : Plutôt, oui! Le jury ne nous a pas soutenu. Sami était triste.

S : Oui, également par mes parents. Le plus important journal finlandais a titré « Merci » avec une grande photo de nous.

P : Oui !

PKN est un groupe rock’n’roll. Est-ce que vous pensez que l’Eurovision est rock’n’roll ?

K : Il y a de de la musique rock’n’roll des fois. Toute sorte de musique.

T : Oui ! C’est authentique. Du pur rock’n’roll.

S : Non, ça n’est pas rock’n’roll. C’est plus pop. On était différent. L’Eurovision c’est de la pop stupide.

P : Plus ou moins.

Vous êtes identifié comme un groupe de punk rock. Qu’est-ce que ça signifie qu’être punk pour vous ?

K : Ça signifie que je chante et vis.

T : Punk signifie PKN.

S : C’est une façon d’être. L’égalité.

P : Ça veut dire que quand on joue du vrai punk rock, on joue du vrai punk rock. Comme Ypö-Viis, Kollaa Kestää, Ratsia, Maukka Perusjätkä et Ne Luumäet.

Est-ce que vous diriez que PKN était un groupe politique ?

K : Non… Enfin il y avait de la politique dans mes chansons. Le bassiste (Sami) était politicien mais mes chansons étaient contre la politique. Elles ne respectent pas la politique et les politiciens.

T : Oui, c’était un groupe politique. Je n’aime pas la politique.

S : Bien sûr ! J’adore la politique !

P : Oui.

Pertti, dans le film, on te voit faire face à un serpent. Es-tu maintenant en bons termes avec les serpents (dans The Punk Syndrome on peut constater que Pertti procède régulièrement à un étrange rituel qui consiste à retirer le poison de la manche des gens, manches que Pertti semble considérer comme étant de venimeux serpents. Dans The Punk Voyage il fait la rencontre d’un serpent dans une animalerie, NDLR) ?

: Bien sûr ! Si t’es gentil avec les serpents tu peux les caresser. Mais s’ils sont venimeux, ils peuvent te mordre mortellement.

 

Kari, est-ce que tu découpes toujours la merde de Pertti avec tes mains (comme souvent, et c’est apparemment le cas dans The Punk Voyage, Pertti oublie de tirer la chasse après s’est soulagé. Dans le film, Kari nous explique avec passion et minutie comment il aurait supposément réglé la situation, NDLR) ?

K : Pas question! Même si je suis plutôt branché par les mecs en ce moment, je n’ai aucune envie de découper la merde de Pertti.

Pertti, est-ce que tu penses plus souvent à tirer la chasse dorénavant ?

P : Toujours. J’ai bien tiré la chasse à Vienne mais la merde n’a pas disparu. Kari a alors décidé de la découper et c’est comme ça qu’il s’en est débarrassé. Je remercie Kari de m’avoir aidé dans cette situation difficile.

Sami, on te voit dans le film parler de Dieu. Quelle est ta relation avec Dieu ? Aimes-tu Dieu autant que Whitesnake et Body Count ?

S : Question difficile ! Bien sûr que j’aime Dieu. Je suis un croyant. J’adore la musique de Whitesnake. Et j’aime Body Count à cause d’Ice-T !

Toni, on te voit rechercher l’amour dans The Punk Voyage. C’était déjà le cas dans The Punk Syndrome. As-tu finalement trouvé l’amour aujourd’hui ?

T : Oui! Je suis amoureux de Jutta.

Pertti, dans The Punk Voyage on te voit dans la peau du personnage Kalevi Helvetti. Qui est Kalevi Helvetti ?

P : Il est moi!

Pertti, on t’entend utiliser ce mot « datso » dans le film, mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ?

P : « datso » c’est de l’italien. Il y a une chanson des années 70 par une chorale finlandaise « Tapiolan yhteiskuoro », ils chantent « a-de-do-datso, a-de-do-datso… » (à ce jour « datso » n’a pas encore fait son entrée dans le dictionnaire italien, comprendra donc qui pourra, NDLR).

Pertti, comment c’est d’être retraité ?

P : Sympa. Je passe mon temps sur les marchés aux puces. J’achète des albums de variété finlandaise.

Comment c’était d’être une rock star ?

K : C’était amusant et sympa, des fois ennuyeux.

T : Plutôt cool.

S : C’était le bon vieux temps. Ça faisait du bien d’être sur scène, de rencontrer des gens. Et d’avoir plein de whisky et d’expressos.

P : C’était sympa. J’aime le rock’n’roll. Je n’aime pas la variété mais des fois c’est bien d’en écouter.

Vous avez joué plus de 300 concerts dans différents pays. Quel est le meilleur endroit où vous ayez joué ?

K : Texas, Austin. Parce que j’ai toujours aimé les voitures américaines, les motos, la musique, les films et tout ça. Mais pas le Président.

T : Vastavirta klubi à Tampere, Finlande. Le concert était bon et il y avait des fans. J’ai bu du coca bien frais.

S : Le meilleur concert était notre premier passage au festival Ilosaari Rock en 2011 car il y avait un million de personnes dans le public, et la tournée avec HIM parce que je les adore.

P : Le meilleur endroit était à Austin, Texas. Les enceintes étaient bonnes.

Quel est votre meilleur et votre pire souvenir avec PKN ?

K : Le pire était d’écouter les discours politiques de Sami sur la route. Et après un concert au Kosovo j’étais malade à l’hôpital pendant plusieurs mois. J’étais presque mort mais j’ai survécu. J’ai mangé des poumons de poulet. C’était peut-être à cause de ça ?

T : J’ai acheté du coca, du chocolat, des chips, des cookies, des bonbons et d’autres trucs. Le pire c’était le whisky. Je n’en ai pas acheté.

S : J’ai acheté une casquette de Vienne à Vienne. C’est mon meilleur souvenir. Le pire souvenir c’est ce que je ressentais en étant sur la route avec ces enfoirés.

P : Le voyage au Texas. Il faisait chaud. Le pire c’était l’Islande car il y a de dangereux requins qui marchent et de la pluie froide.

Pourquoi avez-vous essentiellement enregistré sur vinyle ?

K : Les vinyles sont plus simples que les cassettes ou les CD. Ils sont plus grands. Et ils sont plus populaires parmi les collectionneurs. J’ai également quelques CD et cassettes bien sûr, mais j’ai une platine que le père Noël m’a offert, et donc j’ai beaucoup de vinyles. J’ai des enregistrements que tu ne peux pas trouver en CD ou en cassettes mais seulement en vinyle.

T : Car c’est notre manager Kalle qui voulait.

S : Je ne sais pas. Juste parce que !

P : Parce qu’on l’a fait !

Quel est le meilleur morceau que vous ayez écrit ?

K : Kallioon est mon préféré car il parle d’un quartier d’Helsinki où je passe le plus clair de mon temps.

T : La meilleure chanson c’est Naapurissa asuu nainen (« Une femme habite à côté »). Car ma fenêtre est ouverte et je passe la chanson. La femme qui habite à côté n’aime pas ça.

S : Pyhäpäivä (« Jour sacré »). J’aime le message. Tout est dit. Quand t’as besoin de chier, tu dois chier. C’est la vie de tous les jours.

Maintenant que PKN n’existe plus, quel est le meilleur groupe de Finlande ?

K : Popeda.

T : Taikasydän. C’est mon groupe de variété.

S : PKN même si on n’existe plus. Ou HIM.

P : Ne Luumäet.

…et quel est le meilleur groupe du monde ?

K : Les Beach Boys.

T : C’est Sixty sixty… C’est Taikasydän, Howlin’ Dimitri ou Sam Heat.

S : Whitesnake, White Lion, RATT.

P : Hurriganes.

Maintenant que le groupe n’existe plus, que faites-vous ? Quels sont vos projets ?

K : Je joue de la batterie et je chante également. Des fois je visite ma famille et des fois je vois des proches. Je vois mes amis et je m’amuse. Le futur s’annonce bien. Je vais avoir 42 ans dans quelques semaines. C’est plutôt une longue vie en dépit de mon hygiène de vie.

T : Mon projet c’est de travailler sur un ordinateur à la maison et au travail.

S : En ce moment j’enregistre mon album solo sous le nom Sami Heat. Également faire plus de politique.

P : Je passe mon temps dans les marchés aux puces. J’ai prévu de voyager à Pori.

Est-ce que vous pensez que le groupe a eu assez de succès ?

K : Assez oui. On a eu une longue carrière.

T : Pas du succès mais de la défaite (succès en finnois = menestys, défaite = menetys. Comprendra qui pourra, NDLR).

S : On a eu assez de succès. Mais j’aurais aimé jouer 4 années de plus.

P : Je pense que oui.

Beaucoup de grands groupes de rock décident d’arrêter définitivement puis finissent par revenir un jour, souvent pour l’argent. Avez-vous prévu de vous reformer un jour juste pour l’argent ?

K : Si Pertti est d’accord, pourquoi pas. Mais c’est impossible. Peut-être qu’il faudrait le soudoyer avec des cassettes.

T : Non. Même si tu payes.

S : J’espère que ça arrivera un jour. Ça dépend de Pertti. Je serais prêt à le faire pour une bonne cause mais je ne crache pas sur l’argent. Et si on pouvait avoir un autre guitariste à la place de Pertti, alors pourquoi pas. Mais ça n’est pas d’actualité pour l’instant.

Que pourriez-vous dire aux gens pour leur donner envie de voir The Punk Voyage ou d’écouter votre musique ?

K : Sois courageux et sociable dans la vie. Va de l’avant. Oublie les handicaps et fais les choses par toi-même.

T : C’est le meilleur film et la meilleure musique qui soit. Matez-le !

S : Écoutez le groupe ! Et regardez le film si vous osez !

P : Je ne sais pas quoi dire.

Vous venez tous de Finlande. Beaucoup de gens ne connaissent pas la Finlande. Vous pouvez nous en parler un peu ?

K : On a deux langues : le finnois et le suédois. On a des lacs, des forêts, des océans, la nature, des villages, des villes. Des choses à voir dans tout le pays.

T : C’est un grand pays.

S : La Finlande est un magnifique pays avec un peuple tenace, de la bonne nourriture et du boudin noir !

P : La Finlande est un bon pays car on y fait certaines choses.

Avec l’expérience que vous avez, quel conseil pourriez-vous donner aux groupes qui débutent ?

K : Sois courageux et sociable, décide de ce que tu veux faire ou ne pas faire. Dis-le à quelqu’un et ça pourrait bien se réaliser. Mais tout commence avec toi.

T : Il te faut apprendre.

S : Travaille dur.

P : Joue mieux que nous.

Je vous laisse le dernier mot de l’interview. Vous pouvez dire ce que vous voulez.

T : Quand on était en Angleterre, dans la voiture on a fait de l’humour et des blagues. On a parlé de bites, de zobs, de queues et d’autres trucs.

P : Tout mon amour depuis Helsinki ! Kalevi envoie également de l’amour. Est-ce qu’il y a des requins qui marchent ou des crocodiles en France ?

K : Beaucoup d’amour pour toi. J’aimerai bien te voir si tu peux venir en Finlande. Et un joyeux été !

Jocelyn H.

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