Pavement Wowee Zowee :: 20 ans

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2015 est une année particulière pour Pavement. Alors que Domino Records commémore actuellement la réédition vinyle de l’album Slanted & Enchanted (pour être précis, c’est la réédition en format vinyle de la réédition cd + bonus de Slanted & Enchanted : Luxe & Reduxe sortie en 2002), Pavement fête les 20 ans du superbe Wowee Zowee. Une date très importante dans la discographie des kids de Stockton. Car plus rien ne sera comme avant après Wowee Zowee.
À la sortie de l’album le 11 avril 1995, c’est la consternation parmi les fans de Pavement. Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la tête des Américains pour composer un album comme celui-ci ? Plus réfléchi, plus disparate dans ses influences et surtout moins débraillé, Wowee Zowee est ressenti comme une trahison. À l’époque, le magazine Rolling Stone avancera l’hypothèse de la peur du succès pour expliquer ce saccage en règle d’une renommée grimpante (le précédent album, Crooked Rain, Crooked Rain, s’était vendu à presque170 000 exemplaires et a fait jouer le groupe dans les plus grands festivals). Devenus, avec Beck, les fers-de-lance d’un nouveau mouvement baptisé Slacker, Stephen Malkmus et sa bande bottent en touche et répondent à Rolling Stone en annonçant que le groupe était trop défoncé à la marijuana pour vraiment se concentrer sur un style.
Mais la véritable raison est que Stephen Malkmus tient à casser son image de jeune indie rocker dépenaillé. Il préfère montrer qu’il sait aussi composer autre chose que des titres tordus écrits en deux temps trois mouvements avec une guitare mal accordée. Et cela s’entend dès l’entame de l’album avec le morceau d’ouverture « We Dance », une ballade countrysante et léthargique jamais entendue auparavant chez Pavement.

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Derrière cette pochette tirée d’une peinture de Steve Keene (choisie par Stephen Malkmus parce qu’elle lui rappelait l’un de ses albums fétiches (Känguru de Guru Guru)), on passe de la ballade folk au punk débraillé à la pop song parfaite. C’est un déroutage total. Wowee Zowee permet à Pavement de jouer tous les styles. Certains iront même jusqu’à comparer Wowee Zowee avec l’album blanc des Beatles. Il faut attendre le quatrième morceau pour retrouver un semblant de folie bordélique présente depuis Slanted & Enchanted. On comprendra par la suite, avec la parution de Brighton The Corner et Terror Twillight, que ce n’est que le début de la fin pour cette folie qui symbolisait les débuts du groupe. Pavement a mûri et rentre dans une certaine forme d’âge de raison.
Wowee Zowee est un album charnière dans la discographie de Pavement. Il marque le début d’une nouvelle ère pour le groupe. Pavement impose un touché, un style qui ne les quittera plus jusqu’au split.
Aujourd’hui, avec le recul, Wowee Zowee est devenu un album culte pour tous les fans de Pavement. On ne discute plus du caractère anthologique des morceaux tels que « We Dance », « Rattled By The Rush » et « Brinx Job ». Ni même de « Grounded » et « Grave Architecture » qui annoncent avant l’heure ce que fera le groupe sur les albums suivants. Et puis, lorsque l’on regarde la liste des albums sortis la même année et qui furent des classiques immédiats (Mellon Collie and the Infinite Sadness de Smashing Pumpkins, The Bends de Radiohead, Different Class de Pulp, To Bring You My Love de PJ Harvey…), on peut dire que Wowee Zowee n’avait pas trop les armes pour se défendre.
Mais comme bien souvent, c’est à la façon dont les albums traversent les années que l’on mesure leur intemporalité, on peut dire aujourd’hui que Wowee Zowee fait partie des chefs d’œuvres des 90’s, puisque l’on en parle encore 20 ans après.

Damien

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