PASSCODE :: Zenith

19 Octobre 2011 : sortie de Nerve, premier single de BIS.
4 Juillet 2012 : sortie d’Headbangerrrr!!, second single de BABYMETAL.

Ces deux dates, aussi insignifiantes soient-elles pour l’amateur averti de musique éclairante, ont contribué à changer la face du petit monde des idols japonaises. De fond en comble. Un putain de séisme donnant à voir de la terre craquelée sortir autant de vocations violemment dérangeantes pour l’ambivalente société nippone.

On ne les compte plus depuis, tous ces groupes éphémères, toutes ces étoiles filantes qui ont ou vont exploser en plein vol sans que l’on ne s’en soucie véritablement, à la merci d’un public de plus en plus fanatiquement exigeant, prises au piège d’un système qui exige la réussite absolue ou la mort dans l’indifférence. Même les starlettes du genre (je pense bien entendu à Pour Lui, frontwoman de BIS) ont fait les frais de cette cruelle fuite en avant, ravalant leur fierté et remettant à l’affiche le nom qui aura rempli frigo et compte en banque réunis.

Dans ce paradis inversé où tout n’est que luxure, ténèbres et danger (bon ok, c’est le Japon quand même, faut gentiment relativiser), certaines formations tirent leur épingle du jeu. BISH affole les otakus du monde entier avec ses blitzkrieg releases, les goules sexy de NECRONOMIDOL collectent de plus en plus d’âmes… et PASSCODE repousse indéfiniment les limites du bon goût et de l’acceptablement écoutable. C’est même là sa force. All Is Vanity (2014) et VIRTUAL (2016) n’étaient que des amuses-gueule, une préparation au choc que représente aujourd’hui la sortie de Zenith (dispo depuis février en CD et tout juste édité en vinyle pour les Fêtes). Troisième opus au titre confondant de pertinence, il offre douze titres paroxysmiques (oui oui, insistons sur les métaphores vulcanologiques) à ne pas mettre entre toutes les oreilles.

Le postulat de départ est simple. Comme tout bon groupe d’anti-idol qui se respecte, la musique du quatuor de Tokyo détourne des codes. En l’occurrence, ceux du post-hardcore. Pas celui que j’ai connu dans les années 90, non. Celui qui a très mal tourné à l’orée du nouveau millénaire avec Myspace, les tatoués à mèche et les synthétiseurs. L’horreur absolue. Le pire du pire. Le cauchemar de l’esthète. Ces putains de crabcore et post-synthcore. Mais PASSCODE réalise l’impensable sur Zenith. Transformer la merde en or. Faire passer son mélange improbable entre MOMOIRO CLOVER Z et ABANDON ALL SHIPS pour quelque chose de totalement naturel. Tout est tellement over the top sur ce disque (confection sonore abusée qui ferait chier Ross Robinson dans son baggy, structures ultra-complexes pour une musique aussi grand public, auto-tune à tous les étages) qu’il éveille l’intérêt dès les premières secondes avant d’emporter l’adhésion à la fin de la première face. Vrai. J’te jure. J’y croyais pas moi-même.

Agressive, hystérique et bigger than life, la musique de PASSCODE n’offre absolument aucun répit à l’auditeur qui ne s’attendait pas à tant de furie de la part d’aussi kawaii demoiselles. C’est là toute sa force. Aller au bout de son concept. Quitte à perdre en route ou épuiser. Plus que jamais, le style confectionné par les Japonaises, et perfectionné au fil des années, n’est pas pour tout le monde. Mais les curieux courageux sauront être récompensés. Les singles bite the bullet, ONE STEP BEYOND et MISS UNLIMITED sont de véritables tubes en puissance, mêlant riffs néo-métal acérés, rythmiques sur-speedées et serpentantes vocalises. Le tryptique Scarlet Night / TRACE / Same to you offre à entendre un groupe en pleine possession de ses moyens, capable de diversifier son noyau dur stylistique sans l’abâtardir (dynamique discoïde, pop universelle), un groupe qui ne lâchera rien jusqu’à la dernière seconde. PASSCODE a appris des erreurs de ses prédécesseurs (la dispersion musicale de BIS, la baudruche Metal Resistance de BABYMETAL). Zenith s’appréhende comme une nouvelle étape cruciale dans l’évolution d’un des genres underground les plus étonnants de ces dix dernières années. Un disque exigeant, passionnant et sur le fil du rasoir, demandant un abandon total et sans a priori.

Florian

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