Pain Blanc :: Pain Blanc

On sent déjà poindre les clichés venant de ceux qui oseront parler de Pain Blanc. « Ouais c’est normal qu’ils aient le blues.  Ils viennent de l’Est. L’endroit où l’horizon a la couleur gris acier des usines sidérurgiques. Pas étonnant qu’ils n’aient pas le moral. Il y a autant de chômeurs que de vaches là-bas. » Tout est faux bien sur.  Comme s’il fallait être né au Brésil pour savoir jouer de la bossa, en Angleterre pour bien jouer de la pop ou en Allemagne pour faire du krautrock. Il suffit d’aimer la musique.  Son histoire.  Sa mythologie.  C’est  justement dans l’histoire la plus ancienne du blues, que Pain Blanc nous propose de vivre dans un premier album épris de sincérité et d’honnêteté.

Pain Blanc est la somme d’identités connues de ce côté-ci de la France. On retrouve Guillaume de Cellomalabit, Nicolas Moog des regrettés Thee Verduns, Jan Mörgenson et Romain Laurent de Shake The Disease. Ils sont tous amoureux du blues. Chacun dans leur projet personnel fait revivre à sa façon cette musique née dans les champs de coton.

C’est après une soirée concert où chacun était à l’affiche qu’ils ont décidé de créer le groupe et de revisiter quelques standards de la musique du diable. Parmi ces classiques revisités, on retrouve les illustres traditionnels Saint James Infirmary et Wayfaring Stranger. Des classiques indémodables mais ô combien casse gueule lorsqu’il s’agit de les reprendre. C’est souvent là que la différence se fait entre les poseurs et ceux qui savent ce qu’ils chantent. Et autant dire que Pain Blanc, ces blancs becs issus de la plus allemande des villes de France, Metz, ont le blues qui coule dans les veines. Ils savent ce qu’ils chantent et cela se voit dans le choix des morceaux. En plus des deux traditionnels cités plus haut, Leadbelly, Charley Patton, Hank Williams et R.L Burnside sont les quatre figures tutélaires de ce premier essai. On remarquera qu’ils ont eu l’intelligence de ne pas reprendre le multi cité Robert Johnson.
L’album s’ouvre avec Poor Black Mattie. On jurerait entendre les Rolling Stones s’amuser dans les caves de la Villa Nellcotte après avoir enregistré d’autres classiques. S’amuser, il en est fortement question ici. Pain Blanc n’a pas l’intention de rendre une copie parfaite. Les morceaux ont été enregistrés en prise directe avec seulement deux ou trois micros bien placés dans la pièce. Il n’y a certainement pas fallu plus de prises pour enregistrer certains titres. Le jeu est parfois approximatif. Mais ce sont ces défauts et cette candeur qui rendent l’ensemble aussi attachant dès sa première écoute, un peu comme l’a été en son temps Viva Last Blues de Palaces Brothers.

Espérons que ce premier essai réussi se transformera une nouvelle fois avec, pourquoi pas, des titres originaux et toujours avec une pochette dessinée par Jean-Luc Navette.

Damien