ONGAKOTAKU :: YURI URANO, JUN KAMODA, NF ZESSHO

YURI URANO Reed 12’ (autoproduction)

Autrefois Yullippe, la DJette Yuri Urano renaît aujourd’hui de ses cendres sous sa véritable identité et assume enfin la foutraquitude de sa techno industrielle. Autline avait annoncé la couleur (noire comme la fumée qui s’échappe des usines Tepco), Reed enfonce le clou dans ton tympan et la voit filer en totale autoproduction, loin de la pression du rendement labellisé. La hype la suit et elle a bien raison. Sans que cela ne surprenne qui que ce soit (si ce n’est les mécréants peu au fait de ses activités discographiques), ce nouveau quatre titres est bien entendu absolument imparable, d’une évidence folle (chant en trompe-l’oreille, résonance des percussions brouillardeuses), faisant la part belle à des rythmiques puissantes et tribales d’où s’élèvent des mélodies fantomatiques. Un truc profond et habité que tu peux écouter en boucle sans te lasser. Yuri, m’est avis qu’il suffirait juste d’un album pour mettre le monde entier à tes pieds.

JUN KAMODA S/t 2LP (Black Acre)

Trompeur, Surreal Tongue In Northern Osaka, premier morceau de cet album éponyme de Jun Kamoda, l’est assurément. Chaotique, rappé, empli de rythmes cassés et d’anti-mélodies, il paraît tellement à côté de la plaque qu’il semble annoncer une œuvre complètement dérangée. Le mal-nommé Nightmare Club remet cependant les pendules à l’heure de la house pure et dure. C’est vrai quoi, on est là pour danser, pas pour se prendre la tête. Sans trop sortir des dancefloors battus, le Japonais instille malgré tout une petite dose d’originalité sournoise par le biais de dynamiques foncièrement retorses (la guitare d’Hakinowa Disco Strut, la snare de Mt. Woo, les breaks terroristes de D3 – bien vu, le titre), permettant à l’auditeur peu coutumier du genre de ne jamais vraiment se faire chier. Faut dire aussi, le disque est court. Mais il est bon, oui. Aussi bon que la petite BD présente dans le livret.

NF ZESSHO Cure 2LP (Manhattan)

Troisième véritable album pour le rappeur de Fukuoka. A seulement 25 ans : une signature chez Manhattan (le faiseur de rois de Shibuya), un public de plus en plus nombreux à ses concerts et surtout une qualité de beats en hausse par rapport à ses œuvrettes précédentes. Cure pue le feel-good hip-hop à donf sans pour autant tomber dans les travers débilo-gagas de ses confrères (même si je t’aime beaucoup, c’est bien à toi que je pense, Evisbeats!). C’est peut-être grâce à ce flow indolent mais posé ou cet emploi intempestivement romantique du piano. Mais c’est aussi et surtout  en raison de cette science innée du tirage de trait entre passé et futur qui fait sens dans le son. NF Zessho vit avec son temps sans céder aux sirènes des faciles ficelles (pas de trap tapageuse ni de cloud rap mou du cul, pas de refrains vocodeurisés, pas de featurings putassiers – Raitamen, Yoshinuma et Satoo Yuuya, autant dire pas les types les plus blings du rap game nippon), et lorsqu’il est plus inspiré que d’habitude, il te pond une bombe à guitare comme Blono’s Way ou le jazzy Inner Child, deux pierres angulaires d’un double LP qui mérite sincèrement toute ton attention, que tu écoutes du rap ou non.

Florian

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