VIDEOTAPEMUSIC

Si les excellents labels de réédition (plus ou moins officiels) abondent, l’on reste encore assez peu nombreux à vouloir mettre une avant une certaine vision de la musique moderne japonaise via nos entreprises discographiques. Il y a le JPU de l’ami Tom Smith à Londres (beaucoup de metalcore, de visual kei, de heavy pop et un peu d’idol, en CD uniquement), le Bam Balam du confrère JJ à Bordeaux, puis on vient juste derrière avec Specific pour tout ce qui nous plaît (mais en vinyle), et c’est à peu près tout. On se sent vite seul et incompris, même parmi ses amis les plus japanophiles.

Heureusement, un nouveau player a débarqué dans le game pas plus tard que l’année dernière avec une première bombe au doux parfum de soufre ensoleillé. Le nom de cette nouvelle structure : 180g. Géré par Max et Greg, et profitant d’une expérience solide sur le marché de la musique nippone (promotion, distribution), le tout jeune label poursuit sa quête d’absolu musical par la mise en lumière des talents qui lui brûlent les oreilles. Faut d’ailleurs avouer que les deux loulous les ont plutôt fines et érudites. Il n’y a qu’à s’engouffrer le premier petit chef d’oeuvre d’Ajate, formidable et méconnue hydre auteure d’un brûlot afro beat oriental, pour s’en convaincre : on se croirait revenu dans les ruelles de Lagos en 1975 (le groupe arpentera d’ailleurs celles de quelques villes de France dans le courant du mois de juin 2018 pour une première tournée s’annonçant immanquable).

Pour sa seconde signature, 180g regarde vers des horizons plus familiers et moins lointains que ceux de l’Afrique psychédélique. Souvenir, le nouvel album de Videotapemusic, fait ainsi la part belle à une chillwave solaire rescapée de ses intrusifs penchants bedroom pop. En exposant sa musique au vent doux d’un cagnard méditerranéen, le producteur japonais gagne ton coeur d’Européen et t’emmène en voyage le long des plages de Kamakura, déroulant sa connaissance encyclopédique des rites sonores asiatiques le long de huit délicieux morceaux aux titres évocateurs (Slumber Party Girl’s Diary, Sultry Night Slow). Son ADN 100% japonaise (le piano à la Hisaishi, immédiatement reconnaissable) se dilue naturellement dans une solution dub insouciante. Emmené par un single au parfum de nostalgie assumé (Hong Kong Night View), le disque met en avant les qualités de bricolage instinctif du Tokyoïte (qui travaille sa musique à partir de vieilles K7 vidéos récupérées çà et là, cf son patronyme) sans négliger pour autant sa sensibilité de mélodiste avertie (Hot Pants In The Summercamp, imparable). Le concept au service de l’écriture et non l’inverse, j’en veux pour preuve le nombre d’invités présents (dont la recherche nominative sur Google t’occupera probablement durant quelques heures). Seul regret : la durée plutôt courte du disque. Eu égard à son terrible pouvoir de séduction, l’on aurait clairement aimé signer pour une petite heure de plus.

Inutile de préciser que je suis également assez excité et curieux à l’idée de découvrir les prochaines trouvailles du label. Si 180g parvient à maintenir ce niveau d’excellence sur les dix prochaines sorties, cela augure d’un avenir parfaitement orgiaque pour les amateurs de musique japonaise.

Florian

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