ONGAKOTAKU :: UTADA HIKARU, YEN TOWN BAND, MKWAJU ENSEMBLE

UTADA HIKARU 初恋 2LP (Epic)

Je ne t’en voudrais certainement pas de ne pas connaître Utada Hikaru. Bien qu’elle soit la chanteuse japonaise la plus célèbre au monde (derrière Hatsune Miku, s’entend), du fait notamment de ses nombreux albums en anglais, personne n’en a quelque chose à foutre ici (en France, je veux dire), hormis peut-être un mec qui passe de temps en temps au magasin (et qui sourira probablement en lisant cette chronique).
En même temps, je comprends.
Hikki-chan pratique une pop vraiment très grand public, méga coulante et complètement japonaise. Des arrangements déjà datés (rythmiques, cuivres et cordes toujours bloqués dans les 90’s… Bordel H.G. Wells, faites quelque chose!), des mélodies over the top (Hikaru a senti le virage black music un peu tard, ça hume la cocotte de fin de ligne pour faire comme Toni ou Mariah), une pochette qui rappelle son First Love sorti en 1999 ainsi qu’une voix altière puissante et typique de ces chanteuses de variété du début du millénaire… Bref, faudra être déjà plus ou moins acquis à la cause de cette éternelle demoiselle pour supporter son nouvel album en entier. Le livret accompagnant le disque est en revanche superbe et vaut à lui seul l’achat de la galette, montrant avec éclat l’emprise impossible du temps sur son céleste visage.
Pas totalement convaincu par la musique, donc (y’a néanmoins de très bons morceaux de r’n’b chaloupé tels ‘Forevermore’ ou ‘Too Proud’, par exemple), mais sa sortie représente malgré tout un petit événement en soi dans le monde très fermé des otakus du vinyle, considérant le fait que Fantôme (l’opus du retour, excellentissime et datant de 2016) n’avait pas connu le traitement analogique… Puis quand tu vois également le prix plutôt élevé des exemplaires d’occasion de ses trois premiers titres (entre 80 et 150 balles en moyenne, quand tu as de la chance), tu te dis qu’il serait judicieux de ne pas passer à côté.
Oui voilà, je l’ai chopé histoire de me payer une retraite digne de ce nom.

YEN TOWN BAND Montage LP (Universal)

Yen Town Band est le groupe dans lequel officie Chara quand elle ne s’épanouit pas en solo. Produite par Takeshi Kobayashi, elle y exprime ici son amour pour une pop électrique décomplexée et mélancolique, tubesque par essence. Initialement sorti en 1996 en CD, Montage avait ensuite été édité en vinyle en 2015, puis rapidement épuisé. Toutes les copies disponibles, généralement vendues par Kupiku sur Discogs (basée au Japon, Kupiku est en fait une boîte fondée par un américain spécialisé dans le pressage japonais ; ce dernier vend régulièrement des disques que tu peux trouver 4 à 5 fois moins chers au bled ou sur d’autres marketplaces), dépassaient allègrement les 100 € tout en atteignant parfois les 500 € (pour un exemplaire neuf scellé). Une spéculation indécente dont ce vendeur s’est fait le spécialiste et à qui je te déconseille sincèrement de donner le moindre Yen. Bon, après, tu fais ce que tu veux, hein. Une chose est sûre en tout cas, cette réédition de 2018 arrive à point nommé pour casser ces pratiques d’escroc.
Remasterisé aux studios Metropolis de Londres par Tim Young (un CV long comme l’outil de Peter North), Montage propose huit titres de J-pop particulièrement bien écrits auxquels Chara apporte sa sensibilité d’écorchée vive. C’est touchant sans être pompeux, arrangé comme il faut pour ne jamais être pompier, ça s’incruste dans ton cerveau au bout de deux écoutes et ça ne te lâche plus jamais (contrairement à Diverse Journey, son successeur sorti en 2016). Pétard !, même la reprise de ‘My Way’ n’est pas à jeter au feu (‘fin, ça dépend des jours).

MKWAJU ENSEMBLE Mkwaju LP (We Release Whatever The Fuck We Want)

Les petits Suisses ont de la suite dans les idées (c’est pas un truc que j’ai déjà écrit, ça?). Après avoir réanimé KI-Motion (premier album du Mkwaju Ensemble), ils ressuscitent le chef-d’œuvre éponyme. Le monde de la musique ne sera, dès lors, plus jamais orphelin (jusqu’à ce que cette réédition soit épuisée).
Bien plus que Through The Looking Glass (son premier effort solo de 1983), Mkwaju est le pinacle de la carrière musicale de Midori Takada. Son insurpassable sommet. Un album sorti en 1981 et qui démarre avec une telle bombe d’ambient techno, comment dire… ? On ferme sa gueule, on écoute et on se pète la nuque.  Les préceptes énoncés dans le premier opus sont ici poussés dans leurs derniers retranchements, le travail sur les percussions est d’une précision monumentale (les contre-temps de Tira-Rin, bordel), l’apport de rythmiques électroniques leur donne une dimension véritablement insoupçonnée, à tel point que tu as l’impression d’écouter un album édité quarante ans après sa sortie. Les plages ambiantes, à la fois apaisantes et morbides, n’en sont que plus impressionnantes, puis quand arrive ce monstre tribalo-ascétique qu’est ‘Flash-Back’, tu te dis que l’univers peut finalement s’auto-dévorer : tu viens d’écouter l’un des plus beaux disques que le Japon ait jamais produit.

Florian

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