ONGAKOTAKU :: UMEKO ANDO, MINYO CRUSADERS, TOMBOYS

UMEKO ANDO Ihunke 2LP (Pingipung)

Joueuse de Mukkuri (une harpe traditionnelle en bambou), membre émérite de la Obihiro Ainu Cultural Preservation Society (les Aïnous sont une population du nord du Japon), la chanteuse Umeko Ando a enregistré cet album à l’âge de 70 ans. Sorti en CD uniquement au Japon en 2000, c’était son premier disque. Elle décédera quatre années plus tard.
Pour que sa musique et son esprit vivent à travers les âges, pour que cet art de chant ancestral et traditionnel soit transmis, Andi Otto édite aujourd’hui en vinyle, via son label Pingipung, cette pièce-maîtresse du folklore nord-japonais. Répétitif et hypnotique, doté de vibratos très distincts (ayant probablement eu une influence chez certains artistes Enka, qui sait), le chant aborigène d’Umeko se voit gratifié d’arrangements cristallins sur le premier disque (Oki Kano, joueur de Tonkori – harpe à cinq cordes – est à la manœuvre). Si le caractère est austère, les émotions sont bien réelles, et lorsque les percussions font leur apparition (à partir du sublime Saraba sur le second LP), cette voix aussi tendre qu’abîmée, et les sauvages ou romantiques anecdotes qu’elle conte, s’en retrouve transcendée.
Riches et profonds, d’une fragile et humaine intensité, ces morceaux d’histoire orale sont d’une beauté sans nom.


MINYO CRUSADERS Echoes Of Japan 2LP (P-Vine)

Après la furie afrobeat nigérienne chantée en japonais d’Ajate, l’Archipel nous balance cette bombe mélangeant allègrement, et sans vergogne aucune, min’yo (chanson traditionnelle japonaise), cumbia, beguine et boogaloo. Miraculeuse et osée, la greffe prend dès les premières secondes de Kushimoto Bushi. Pas de question à se poser sur la pertinence du chant nippon, cette langue que tu ne comprends peut-être pas s’adresse avant tout à ton coeur. Quant au groove, il suinte des pores de chaque main maîtrisant des instruments à la douceur cuivrée. Et le pied-bot bat la mesure. Inlassablement.
Chaque titre possède un gimmick instrumental surprenant ou une accroche vocale tellement imparable qu’elle te pourrit la vie. Comme il y a dix morceaux, je te laisse faire le calcul. Sérieux, c’est pas évident de rendre pop et tubesque un matériau aussi figé dans le temps. Et pourtant, c’est encore une fois le tour de force que réussit le collectif tokyoïte. Si j’ajoute à cela le fait que, sans ce disque, le mois de décembre au magasin aurait été infernal (faut dire aussi que Yasugi Bushi est une ballade d’une beauté à faire tomber les masques de ses auteurs), et qu’il a fallu que je résiste à la pression psychologique de tous les amateurs de sono mondiale afin de ne pas le revendre, tu te retrouves avec l’un des 5 meilleurs disques japonais à être sorti en 2018. Oui oui, rien que ça.

THE TOMBOYS Here We Come! (Soundflat)

Le Japon et le rock’n’roll, c’est une longue histoire d’amour. Je ne vais pas te refaire l’historique (il y a assez de compilations pertinentes en circulation pour que je n’ai rien à t’apprendre de plus), mais depuis l’apparition des 5678’s dans Kill Bill (ou depuis Thee Michelle Gun Elephant en vinyle dans les bacs de la Fnac et très tard le soir sur M6, il y a un siècle déjà), nul ne peut l’ignorer. C’est aussi et surtout une romance entre filles, donc, et entre les Helloes, les Let’s Go’s, les Floppy Pinkies ou les Velvet Go! Go!, il y a largement de quoi faire.
Si Kinoco Hotel a élevé la pratique au rang d’art martial limite sado-masochiste (Marianne, fais moi mal), des groupes telles que les Milkees, les Tokyo Killer ou bien The Portugal Japan continuent de préserver la flamme du « garage marrant et détendu de la cravache » au féminin. Avec un rythme de production accru, des tournées régulières en Europe ainsi qu’une signature récente chez les Allemands de Soundflat, les Tomboys tirent leur épingle du jeu. Bon, si on reste dans un registre effectivement plutôt classique qui ne sort jamais vraiment des sentiers battus (pour qui apprécie les compilations Sazanami, bien entendu), Here We Come! te réserve malgré tout de très bons moments au fil de ces 14 bombinettes de powerpop punky fun et légères qui passeraient crème dans un teen movie nippon.
Faut aussi avoir une tolérance certaine aux voix aiguës et à l’anglais approximatif, mais si tu es arrivé jusqu’à la fin de cette chronique, c’est que cela doit forcément être ton cas.

Florian