ONGAKOTAKU :: TOMOYO HARADA, SAHO TERAO

TOMOYO HARADA Clover LP / I Could Be Free LP / Blue Orange LP (Craftman Records)

C’est un fait, il y a eu un avant et un après Emmerdale. Le premier album des Cardigans (et son fabuleux successeur, Life) aura fait bien plus que bousculer le petit monde de la pop de salon, faisant naître des vocations de par le monde et influant des carrières dans le bon sens, et notamment au Japon. Pas étonnant, alors, de retrouver le producteur Tore Johansson à la manœuvre derrière le tryptique scandinave de Tomoyo Harada. Le démiurge/faiseur de tubes pour Bonnie Pink (autre grande prêtresse nippone oubliée), Hideki Kaji ou Jenka retravaille à sa sauce l’univers quelque peu formaté « radio/télé » de la chanteuse de Nagasaki et la propulse ainsi au sommet de l’histoire de la J-pop via ces trois albums essentiels que sont Clover, I Could Be Free et Blue Orange, sortis dans la seconde moitié des années 90 et enfin édités pour la première fois en vinyle par les adorables audiophiles de Craftman Records. Après avoir entrepris de balayer la carrière récente de l’ex-égérie de Ryuichi Sakamoto en 2017 (de Music & Me à 音楽と私), ces derniers remettent le couvert par passion pour sa musique (tu sens l’amour véritable dans le remastering) tout en soignant l’enveloppe (trois superbes trifolds, des disques de couleur, de très belles photos d’illustration).
Si tu es allergique à Nina Persson et au chant japonais (ceci dit, j’en doute, autrement tu ne serais pas en train de me lire), je ne puis donc rien de plus pour toi. Tu passeras de fait à côté de merveilleuses chansons toutes en rondeurs pop, arrangées à la perfection et tirant un trait fin et ambitieux entre le Shibuya Kei de Pizzicato Five et la grande musique moderne scandinave (qui n’est donc ni d’ABBA ni d’Immortal). Vingt années nous séparent en effet de ces trois œuvres matricielles, mais rien n’a changé au pays des kushi katsu et l’influence de Tore Johansson reste profonde. Aucun risque, donc, de trouver les chansons de Tomoyo Harada vieillottes ou passées de mode, surtout à l’heure où son formidable nouvel album (L’Heure bleue) vient d’arriver en bac. Le « kurisumasu miraculu », comme on l’appelle à Tokyo.

SAHO TERAO 楕円の夢 LP / たよりないもののために LP (P-Vine)

Echappée belle des foutraquement jazzy Thousand Birdies Legs, la mélancolique Saho Terao erre depuis dix ans déjà dans les limbes d’une carrière solo discrète, délivrant régulièrement sa dose léthale de morgue féminine à qui veut bien l’entendre (Moi ! Moi !). Sa folk titube et frémit mais elle ne faillit pas. Jamais. Elle est portée par de subtiles vibrations électroniques ainsi qu’un sens très aigu (David) de la mise en lumière de ses talents de pianiste. Un don éclatant qu’elle met au service de compositions diluant sa tristesse dans un beau volume de groove 70’s, à mi-chemin entre le Billy Joel de Streetlight Serenade et la Carly Simon de No Secrets, évoquant même parfois l’unique album de Linda Hoyle. Ouais ouais. C’est aussi classe que ça et plutôt intemporel, je dois dire. J’ai juste mis un peu de temps à apprécier à sa juste valeur cette voix blanche un peu trop passe-partout de prime abord. Faut dire, on est très loin de la folie de Sheena Ringo ou de la rudesse de Carmen Maki. Ceci dit, on reste en très bonne compagnie, avec une nette préférence pour son album de 2015, un peu plus enjoué et habité que les précédents.

Florian

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.