ONGAKOTAKU :: Terasima Records Special !

Terasima Records Special !

AKIRA MATSUO TRIO Alone Together LP
TERAMURA YOKO Moods LP
YUKO OHASHI TRIO Buenos Aires 1952 LP
YAMAMOTO REIKO Tempus Fugit LP
TAICHI MINAGAWA QUARTET Minor Mood LP

J’aime bien écouter du jazz avec Jennie. C’est elle qui m’a véritablement ouvert au genre, en partageant ses coups de coeur sur la platine ou en concert (je peux d’ailleurs mourir tranquille, grâce à elle, j’ai pu voir deux fois Wayne Shorter à la Philarmonie du Luxembourg, et cela fait partie des expériences musicales les plus transcendantes que j’ai eu la chance de vivre). C’est une musique que j’apprécie de plus en plus et que je comprends de mieux en mieux. Je prends beaucoup de plaisir à en écouter, en toute circonstance et à tout moment.
Fatalement, j’allais être amené à entrer en collision avec le jazz japonais. J’ai plongé tête la première il y a deux petites années de ça, je dirais. Cela s’était fait au début de façon assez diffuse et chaotique, via des bandes originales principalement, puis ça s’est intensifié grâce à cette avalanche de rééditions plus ou moins excitantes dont certains labels nous abreuvent depuis. Bon, la glorification du passé, c’est bien. Mais quid de la scène japonaise actuelle ?
Si l’un des clichés principaux que tu associes au jazz nippon est son absence flagrante de vision et d’originalité, tu vas ici être servi. Le label tokyoïte Terasima vient en effet de lancer une grande campagne d’édition au format vinyle de ses petits classiques modernes sortis en CD. Point de recherche esthétique ou de réflexion sur le sens de la musique, bref point d’avant-garde free, on reste ici en présence de jeunes gens de bonnes familles, propres sur eux, qui sortent du conservatoire et qui connaissent l’histoire du jazz à papa par coeur. Le genre de gamins et gamines à traîner leurs guêtres du côté du club Blue Note d’Aoyama. Aucun mal à cela, d’autres font le taf depuis des années pour montrer que le jazz japonais peut être original et personnel (Mouse On The Keys, Otomo Yoshihide, Masayoshi Urabe).
Pour te situer un peu plus précisément, parmi de rares (et plutôt bonnes) compositions originales, tu vas retrouver des réinterprétations assez scolaires (mais de bon goût, hein) de classiques d’artistes aussi divers que Leonard Cohen et Hampton Hawes (chez le batteur Akira Matsuo) ou bien encore Quincy Jones et Terry Gibbs (pour la vibraphoniste Yamamoto Reiko). La pianiste Yoko Teramura se lance même dans deux reprises du traditionnellement kitsch Danny Boy. Sinon, les ambiances convoquées sont généralement celles d’un latin jazz dans les clous (le Buenos Aires 1952 du Yuko Ohashi Trio) et hormis un ou deux dérapages étranges versant dans un gentil chaos (chez Yoko Teramura et Yamamoto Reiko, notamment), cette première salve analogique n’apporte rien de vraiment neuf au bordel. Ca tourne à l’agréable démonstration de capacités techniques, faut effectivement aimer le jazz d’ascenseur et la musique sans trop de personnalité, mais bon tu sais très bien que j’ai du mal à résister dès que ça fait du bruit et que ça a les yeux bridés.

(pis franchement je me vois vraiment bien écouter ces cinq disques à la suite ce soir au coin du feu entre deux verres de Pinot noir)

Florian